Athènes, le 28 février 2008
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie pour votre présence ici aujourd’hui. Cette année, le ministère des Affaires étrangères présente pour la première fois le bilan des activités de la diplomatie économique pour l’année 2007 et notre programme pour l’année 2008. Notre objectif est d’informer le milieu des affaires et de mieux coordonner nos actions avec les initiatives prises par les sociétés grecques souhaitant s’ouvrir à l’international.
La présentation d’aujourd’hui a lieu avec la coopération avec la Fédération hellénique des entreprises (SEV) et l’Association panhellénique des Exportateurs (PSE) dans le cadre de la coopération plus étroite engagée en milieu d’année passée avec le secteur privé. Une coopération pilote est mise en œuvre avec un certain nombre d’acteurs du secteur privé, sur la base du principe du co-financement et vise à promouvoir en commun les actions de la diplomatie économique.
Mesdames et Messieurs,
La mission centrale de tout ministère des Affaires étrangères est d’établir des relations d’amitié, de paix et de coopération, autrement dit des relations politiques avec les pays voisins, mais aussi avec tous les pays du monde. Une mission qui a bien entendu des résultats économiques positifs. Soit parce qu’elle réduit les importantes dépenses consacrées à l’armement, soit parce qu’elle créé l’environnement politique approprié, un facteur essentiel pour la coopération économique.
Comme vous avez pu le constater ces jours-ci, la mission politique de notre ministère est au cœur de nos préoccupations, puisque des questions importantes pour notre politique étrangère se trouvent à un stade crucial et des développements importants ont lieu dans notre région élargie. En dépit de tout cela, nous poursuivons notre mission économique avec autant d’ardeur. A preuve non seulement notre présence à tous aujourd’hui ici. Mais aussi le fait que trois grandes missions d’affaires ont, d’ores et déjà, été réalisées, alors que nous nous n’en sommes qu’au deuxième mois de l’année, ce qui atteste de l’importance que nous accordons à la diplomatie économique. Ces trois missions ont eu lieu en Turquie, en même temps que la visite du Premier ministre, en Syrie, à l’initiative du ministre adjoint compétent, M. Doukas et une plus petite en Algérie, composée de représentants du secteur privé, dans le cadre de ma visite dans ce pays au début de la semaine. Cette dernière mission était la première dans ce pays important d’Afrique du Nord.
Le ministre adjoint compétent, à savoir M. Pétros Doukas et le Secrétaire général des Relations économiques internationales et de la Coopération au Développement, M. Skylakakis, vous présenteront par la suite en détail le bilan de l’année passé et le programme pour l’année 2008. Pour ma part, j’aimerais vous parler de la nouvelle approche du ministère des Affaires étrangères en matière de diplomatie économique et le rôle que ce dernier joue dans le succès de la politique d’extraversion globale menée par le gouvernement depuis 2004.
Dans l’environnement économique international, l’économie grecque pour survivre doit s’ouvrir à l’international. La période pendant laquelle notre croissance reposait sur la demande croissante de notre marché intérieur, en raison non seulement du niveau élevé de l’emprunt – public ou privé –, mais aussi des subventions européennes sans cesse croissantes, est bientôt révolue. L’emprunt des ménages – notamment en vue de la construction de nouvelles habitations – n’augmente plus au rythme effréné des années passées et le pourcentage du PIB qu’il représente se rapproche progressivement de la moyenne européenne. Les fonds européens seront certes conséquents pour les prochaines années, après une négociation réussie du gouvernement dans le cadre du 4e CCA et une meilleure valorisation des projets co-financés que dans le passé. Toutefois, à partir de l’année prochaine, les fonds européens n’augmenteront plus en terme de pourcentage du PIB et commenceront à diminuer à un moment donné.
Par conséquent, nous devons rechercher aujourd’hui de nouvelles sources de développement, qui ne peuvent que provenir de l’étranger, des exportations, des investissements étrangers et de l’internationalisation de nos entreprises. Et ce, dans un contexte concurrentiel international sans cesse croissant et à un moment où l’économie internationale entre probablement dans une phase de ralentissement économique, après une très longue croissance économique.
Réalisant combien tout cela était important, le gouvernement s’est attaché, dès 2004, date à laquelle il a pris le pouvoir, à mettre l’accent sur l’extraversion de l’économie. Il sait de fait très bien qu’il existe deux principaux outils pour la réalisation de cet objectif. La compétitivité et la diplomatie économique.
La diplomatie économique créé les conditions. C’est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Car la compétitivité par la suite détermine les capacités réelles de développement de l’extraversion. Et la clé de la compétitivité est le progrès des réformes structurelles, qui constituent le cœur de la politique économique du gouvernement.
C’est sur le plan des réformes structurelles, qui se trouvent actuellement à un stade crucial, que sera finalement jugé le parcours de notre économie à long terme. C’est le grand pari engagé par ce gouvernement, c’est avec détermination que nous nous mobilisons pour remporter ce pari. Un pari qui, s’il est gagné, ne fera pas seulement le succès du gouvernement, mais avant tout garantira la prospérité du peuple grec.
Dans un monde idéal, selon les économistes, la compétitivité aurait suffi à déterminer nos performances en matière d’extraversion. Notre monde néanmoins est complexe. Il existe environ 200 pays différents, avec des taxes et fiscalités différentes, des règlements différents, des démarches administratives différentes et bien entendu un niveau de risque politique différent.
Le succès de l’extraversion d’une économie est lié à de nombreux autres facteurs. Dans de nombreux marchés, notamment en dehors de l’espace communautaire et surtout dans les marchés de services, la diplomatie économique revêt une importance particulière dans l’attrait d’investissements étrangers et l’internationalisation des entreprises grecques.
Elle est importante à plusieurs niveaux :
1. Elle crée l’environnement politique approprié et le cadre réglementaire correspondant, facilitant les échanges économiques, à une époque où la mondialisation exige que l’on soit capable de pénétrer les marchés étrangers dans chaque région de la planète.
2. Elle fournit les informations nécessaires. Je ne me réfère pas ici aux informations générales d’ordre économique que l’on peut trouver sur le Web. Je me réfère à l’information fiable, spécialisée et objective sur des entreprises et des marchés bien précis, qui exige une bonne connaissance du marché local et qui ne peut être détenue par chaque entreprise séparément pour tous les marchés du monde.
3. Elle facilite la mise en réseaux de nos entreprises, en particulier celles qui exercent une activité dans le secteur des services, où les relations personnelles et les contacts humains sont la clé du succès.
4. Elle met en valeur notre pays, afin d’attirer des investissements.
5. Elle apporte un soutien concret à nos entreprises présentes sur des marchés étrangers lorsque celles-ci sont confrontées à des problèmes bureaucratiques, à une concurrence déloyale ou à un mauvais traitement de la part des autorités locales.
Mesdames et Messieurs,
L’orientation vers la diplomatie économique et en particulier son élargissement aux pays en développement rapide – en dehors des Balkans et de l’UE – comme la Chine, les pays arabes, la Russie, etc., mais aussi le volet de la diplomatie énergétique qui est venu s’y ajouter, sont certes l’initiative et l’œuvre de notre gouvernement.
Pendant notre mandat, le ministère des Affaires étrangères a progressivement acquis un rôle qui s’écarte de sa mission traditionnelle. Il est envisagé non seulement comme un ministère politique, mais aussi comme un ministère productif. Un ministère dont la mission principale est de promouvoir la diplomatie économique. Comme c’est d’ailleurs le cas dans de nombreux autres pays.
Ce développement implique un changement de mentalité profond du personnel du ministère. Ce changement de mentalité ne pourra certes avoir lieu du jour au lendemain. Toutefois ce changement a d’ores et déjà commencé et nous l’appuyons par le biais de réformes institutionnelles, de ressources financières et de mesures pratiques.
Au niveau institutionnel, dans le cadre des nouveaux statuts du ministère des Affaires étrangères et des modifications qu’ils apportent, les chefs de nos missions diplomatiques unissent désormais leurs forces aux employés des bureaux des Affaires économiques et commerciales, en s’engageant plus activement. Dans le même temps, la diplomatie économique constitue désormais un champ d’action central pour tous ceux qui commencent une nouvelle carrière diplomatique, notamment pour les jeunes diplomatiques qui réussiront au concours se déroulant en ce moment au ministère des Affaires étrangères.
Au chapitre des ressources financières, nous avons, pour la première fois en 2007, assuré un budget pour les nouvelles activités de la diplomatie économique. Cela nous a permis d’engager des coopérations pilotes avec les acteurs du secteur privé. Néanmoins, une condition était nécessaire au co-financement de ces activités. Que nous ayons notre propre part au budget et que nous nous voyons octroyer des ressources supplémentaires pour mener les actions de la diplomatie économique par le biais du quatrième cadre communautaire d’appui. Enfin, nous considérons l’aide pour le développement du commerce (aid for trade) comme une priorité première de notre politique de développement. Notre aide au développement augmentera considérablement au cours des prochaines années, en raison de nos obligations européennes, et cette aide sera valorisée à cette fin.
Ces ressources supplémentaires nous permettront de valoriser de manière plus efficace les Bureaux des affaires économiques et commerciales qui opèrent dans le cadre de nos autorités diplomatiques à l’étranger. Nous avons 58 Bureaux des affaires économiques et commerciales et 148 ambassades, consulats généraux, consulats et bureaux de liaison dans 87 pays. Il s’agit d’un réseau élargi mais qui jusqu’à présent n’était pas financé pour développer des programmes et des initiatives dans le domaine économique. L’Etat donc a investi beaucoup d’argent dans la création de ce réseau qui, demeurant actuellement un mécanisme d’information et de règlement des problèmes, n’a pas pu être valorisé en tant que mécanisme de promotion et de mise en réseau des entreprises à l’étranger.
Toutefois, depuis 2007 des changements sont mis en route. Cela nous permet de développer une série d’actions et de mesures pratiques. Des mesures d’ordre organisationnel, comme le renforcement du personnel sur place et des infrastructures des Bureaux et la mise en place d’un système d’évaluation des services fournis par les Bureaux des affaires économiques et commerciales. En outre, la création d’un portail électronique pour les affaires économiques et commerciales marquera le début de la prestation de services par la voie électronique. Par ailleurs, des actions de promotion et de mise en réseau sont développées en coopération avec les différentes branches du secteur privé. Nous avons d’ores et déjà signé des mémorandums y relatifs et mis en place des synergies avec la Fédération hellénique des Aquaculteurs, l’EDOAO, à savoir les producteurs de vins, l’Association grecque d’aluminium et l’Association hellénique des cabinets-conseil tandis que nous sommes sur le point de signer des mémorandums y relatifs avec le secteur de la Fourrure et la Chambre technique.
Tous ces efforts sont axés sur un plan stratégique global qui comporte également des aspects géographiques. L’économie grecque pèse assez lourdement au niveau mondial en raison de son revenu per capita qui est plus élevé que le revenu per capita moyen mondial. Toutefois, notre marché est petit tandis que l’économie de services représente 70% de l’économie dans son ensemble. Par conséquent, nous devons profiter de toute sorte d’avantages que nous avons à notre disposition. Et l’un de ces avantages est l’image positive de notre pays à l’international dans de grandes régions où nos concurrents ne jouissent pas de la même bonne acceptation politique. S’agissant des produits à l’exportation, l’avantage est relativement limité puisque les exportations des produits dépendent principalement du prix, de la qualité et de la politique de marketing. Toutefois, pour ce qui est des exportations de services, de l’attrait des investissements et de la réalisation d’investissements par nos entreprises qui deviennent internationales, l’évolution des bonnes relations politiques en relations économiques constitue un objectif réalisable. Et ce, notamment dans de nombreux et importants pays non occidentaux où l’Etat et le cadre politique jouent un rôle très important dans les décisions d’affaires.
Du point de vue géographique, nous œuvrons dans ce sens en conquérant des marchés – en dehors des Balkans- au Proche-Orient, en Afrique du nord, en Chine, en Russie, dans les pays du Caucase et de l’Asie centrale. Nos actions s’articulent autour des axes suivants : visites officielles, missions d’affaires, mobilisation de nos ambassades, renforcement des bureaux des affaires économiques et commerciales et création de nouveaux bureaux si cela est jugé nécessaire. Il est important pour nous de réaliser que dans ces pays les possibilités sont immenses mais les profits ne sont visibles dans l’immédiat. Le coût que représente la conquête de ces marchés - de ces marchés difficiles- est important et la diplomatie économique a besoin de temps pour établir les contacts nécessaires permettant de renforcer nos relations économiques avec ces pays. Nous devons donc persister dans nos efforts et œuvrer ensemble de manière coordonnée et systématique.
Chers amis,
Le secteur privé grec a déjà fait preuve de sa capacité à concurrencer efficacement avec les acteurs internationaux. Témoin la conquête de la région difficile des Balkans où vous avez œuvré avec insistance, flexibilité et patience. Vous avez prouvé que vous étiez en mesure de conquérir ces marchés sans recourir à l’aide de l’Etat grec seulement, mais grâce à vos propres capacités. Par ailleurs, bon nombre d’entre vous ne demandent pas d’aide. Ils demandent à ce que les obstacles soient levés.
Aujourd’hui, il est nécessaire de relancer cette entreprise dans un espace géographique plus élargi. Pour ma part, je vous assure que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que le ministère des Affaires étrangères vous assiste dans ces efforts. Et nous, Grecs, avons prouvé que, lorsque nous travaillons ensemble selon des objectifs et des plans précis, nous pouvons avancer à très grands pas. Nous l’avons prouvé à la veille des Jeux Olympiques lorsque personne ne croyait que nous pourrions y parvenir. Je pense que nous pouvons de nouveau le prouver en relevant le grand défi de l’extraversion de notre économie. Atteindre cet objectif est pour nous une nécessité impérieuse, une nécessité nationale.
Je vous remercie