Athènes, le 15 octobre 2007
Ces derniers temps, la question de Skopje figure en haut de l’ordre du jour du ministère des Affaires étrangères. Pourquoi cette période est-elle cruciale et pourquoi les tons montent-ils ?
Les tons ne montent pas, dans la mesure où le gouvernement de la Nouvelle Démocratie n’a pas laissé cette question devenir un objet de conflit interne au niveau des partis pendant la période électorale. Nous n’escomptons pas tirer un quelconque avantage politique ou autre de cette discussion relative à la question du nom. Nous devons clarifier le fait qu’à l’heure actuelle nous nous trouvons à un point crucial, à un moment où Skopje peut recevoir une invitation d’adhésion à l’OTAN. L’heure des décisions est venue. Et c’est là que la Grèce intervient, sans sentimentalisme et l’esprit tourné vers l’avenir, pour dire quelque chose de simple. A savoir que pour pouvoir être réellement efficace et relever les défis posés par l’avenir en matière de politique de sécurité et de stabilité dans la région, l’Alliance doit reposer sur des fondations solides. Nous ne pouvons faire semblant d’ignorer les problèmes des Balkans, à l’heure où plusieurs questions demeurent en suspens, comme la Bosnie et notamment le Kosovo. L’heure est venue de résoudre ces problèmes. Cela est très simple : Skopje et la Grèce ont pris l’engagement de résoudre la question de l’appellation. Nous devons donc répondre à nos engagements.
Voyez-vous – vous personnellement ou bien le gouvernement Karamanlis – dans le processus d’adhésion à l’OTAN du pays voisin une occasion de résoudre cette question ? Êtes-vous déterminée à mettre en valeur ce processus pour en finir avec cette question ?
Exactement. Notre objectif est de résoudre une question qui perdure depuis 15 ans, une question qui empoisonne les relations des deux pays et de la région en général. Nous disons à Skopje : « Venez, que nous honorions nos engagements ». La Grèce s’est engagée à soutenir Skopje et elle l’a fait. Nous sommes les plus grands investisseurs de la région, nous avons créé le plus d’emplois. Nous sommes en mesure de soutenir Skopje au niveau politique, économique et institutionnel et au niveau du développement. Nous voulons les meilleures relations possibles avec cette république. La question pour nous est l’engagement officiel qu’ils ont pris. Ils se sont engagés à contribuer à la négociation en cours sous l’égide de l’ONU et de M. Nimetz afin de parvenir à une solution mutuellement acceptable. Mutuellement acceptable signifie que ni Skopje, ni nous n’en resterons à notre position initiale. Je les invite donc, à travers cette interview, à avancer et à parvenir à cette solution, car cela est notamment dans l’intérêt de Skopje, qui pourra laisser derrière lui le passé et regarder dynamiquement vers l’avenir.
Dans votre discours devant le Parlement grec, vous vous êtes référée à une solution d’appellation composée. Est-ce vers cette solution-là que nous allons ? Si oui, le Conseil des chefs de partis doit-il être convoqué pour qu’une telle décision soit prise ?
Une telle question ne se pose pas à l’heure actuelle. Mais lorsque je parle de solution mutuellement acceptable, je vous répondrais très honnêtement que j’entends par là une appellation composée. Cela s’inscrit dans la logique que j’ai exposée auparavant, à savoir que si chacun campe sur ses positions initiales, aucune solution ne sera jamais trouvée.
Qu’entendez-vous par appellation composée? Quelle appellation la partie grecque rejètera-t-elle d’emblée ?
L’appellation «République de Macédoine» ne peut certes être acceptée, cela va de soi. Cette appellation-là est la position initiale de Skopje. Notre position initiale à nous est que ni le mot Macédoine, ni aucun de ses dérivés ne figure dans l’appellation. Une solution mutuellement acceptable doit suivre la logique d’une appellation distincte. Le pays en question ne peut être confondu avec la région géographique restante de la Macédoine, avec la Macédoine grecque ou avec une partie de cette région qui appartient à la Bulgarie.
Avec l’unité géographique.
Et avec les logiques irrédentistes, qui sont des logiques du passé. Des propagandes irrédentistes de ce genre ne sont appliquées que par les Etats éventuellement confrontés à des problèmes, problèmes que nous avons réussi à surmonter il y a de nombreuses années. Ce qui est offert à Skopje aujourd’hui est l’avenir. Un avenir plein d’espoir. Un avenir de démocratie, de sécurité, de stabilité, de développement et de prospérité. Telle est en fait la proposition de la Grèce. J’espère que Skopje le prendra tout aussi positivement que la façon dont nous envoyons ce message.
La partie grecque est-elle prête à aller aux extrêmes, à exploiter la perspective d’adhésion de Skopje à l’OTAN, à utiliser tous les moyens et possibilités qui s’offrent à elle ?
La réponse est oui. La partie grecque estime que le bon voisinage et la résolution des problèmes est la condition préalable à une participation à une Alliance.
Une solution de compromis s’agissant de la question du nom s’inscrit-elle dans la logique du bon voisinage ?
Oui, car cela répond à toutes les questions de propagande, de logiques irrédentistes, etc… Nous sommes dans un cercle vicieux que nous devons briser. La politique de l’autruche n’a pas lieu d’être en politique étrangère. L’heure est venue pour nous tous de faire les pas nécessaires en vue d’un meilleur lendemain.
Nos interlocuteurs étrangers ont-ils pris conscience de notre détermination à résoudre cette question ? Vous attendez-vous à des pressions croissantes visant à nous faire accepter une adhésion sans règlement préalable de la question du nom ?
Ecoutez, je pense que certains partenaires comprendront la position de la Grèce, d’autres auront des difficultés. Il y aura différentes prises de position, que je respecte. La Grèce pense que cette question doit être résolue, et elle doit être résolue très rapidement. Je pense que nous pouvons nous baser sur la compréhension et la solidarité des partenaires et alliés, qui comprendront bien qu’un gouvernement ne peut faire une déclaration expresse de ce genre, s’il n’est pas emprunt d’une détermination profonde.
A-t-on des indications sur la façon dont le médiateur des Nations Unies, M. Nimetz compte procéder à l’avenir ?
Nous savons que M. Nimetz a des contacts, il poursuivra ces contacts. A un moment donné, les deux ambassadeurs – négociateurs se rencontreront. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à recevoir une proposition, qui sera constructive et ira dans le sens du règlement définitif.
Est-ce que le niveau des pourparlers sera éventuellement valorisé ?
Il n’y a eu aucune proposition jusqu’à maintenant. Si M. Nimetz le propose, toujours dans le cadre du processus en cours sous l’égide de l’ONU, nous sommes prêts à répondre à toute proposition positive de sa part, susceptible de mener à la résolution de la question.
Si un processus est engagé et un accord conclu entre les deux parties, pensez-vous que cet accord ne sera pas soumis au Parlement en raison de la faible majorité du gouvernement ou de la pression résultant de la représentation au Parlement du parti de M. Karatzaferis ?
Je pense que le monde politique grec a le sens des responsabilités et du devoir et fait preuve de maturité. Les contacts que j’ai eus jusqu’à présent et l’expérience que je tire de ma coopération avec l’ensemble des partis politiques et des représentants compétents pour les questions de politique étrangère sont particulièrement positifs. Ils démentissent tous ceux qui ont tendance à mépriser trop facilement les hommes politiques du pays.
La solution la plus anodine pour le gouvernement serait de renvoyer la question aux calendes grecques, d’invoquer l’accord intermédiaire, de consentir à une adhésion à l’OTAN sous l’appellation FYROM et de prolonger la question demeurée en suspens. Pourquoi n’avez-vous pas choisi cette voie ?
Les solutions anodines du point de vue politique ne sont pas dans l’intérêt national. La politique de l’autruche a toujours un coût, tout comme la lâcheté politique. En outre, l’attitude de M. Kérim lors de l’Assemblée générale de l’ONU atteste du fait que Skopje utilise l’appallation FYROM lors des fora internationaux.
Espérez-vous un soutien de la part du PASOK s’agissant de la solution de l’appellation composée ?
Oui.
Est-ce que la gestion politique de cette question vous effraie ? Est-ce que le gouvernement de votre père a été marqué par cette question ?
Laissez-moi vous dire quelque chose, que vous ne devez pas prendre comme de grandes paroles. Lorsqu’une personne prête serment au moment d’assumer des fonctions politiques cruciales et responsables, il y a une chose qu’elle ne peut pas faire : mettre ses intérêts personnels ou du parti au dessus des intérêts du pays. Et le gouvernement de la Nouvelle Démocratie en est bien conscient.
Comment la situation au Kosovo évoluera-t-elle selon vous ?
Voilà une autre raison pour laquelle nous devrions résoudre les questions demeurées en suspens dans la région. Le Kosovo est une question difficile qui exige avant tout une unité au sein de l’Union européenne. C’est une question européenne par excellence et il est faux de croire que ce problème peut être résolu par des tiers. Pour nous, la solution au problème ne doit humilier aucune des deux parties. C’est pourquoi, il faut d’une part respecter les particularités des problèmes, d’autre part faire preuve de détermination pour pouvoir les résoudre. Ma perception concernant la région élargie est que la co-existence de différentes nationalités, religions et origines culturelles est une voie sans issue. Il y a des mentalités qui ne reflètent pas la façon dont je perçois les choses. Cette co-existence est possible sous la bannière européenne, avec la stabilité, la sécurité et en même temps la garantie démocratique offertes par la famille européenne.
C’est un objectif, ce n’est pas une carotte, c’est une vision. Il faudra beaucoup travailler, il y aura des revers de situation, des mauvais jour, mais nous ne devrons pas perdre de vue notre vision.
En ce qui concerne les questions gréco-turques, il y a eu une période d’inertie en raison des élections en Turquie et en Grèce. Doit-on s’attendre prochainement à des développements, à une mobilité dans les contacts bilatéraux ?
Nous attendons la visite de M. Barbacan en Grèce. J’ai eu l’occasion de lui réitérer à New York la position du gouvernement grec. Nous souhaitons un approfondissement du dialogue avec la Turquie. Nous souhaitons avancer. Mais il faut être deux. Je pense que l’année 2008 offre des opportunités pour les deux pays, avec deux nouveaux gouvernements forts et un mandat du peuple renouvelé. Certes, je ne sous-estime pas les problèmes auxquels chacune des parties pourrait être confrontée s’agissant de classer les thèmes de l’agenda de la politique étrangère par priorité. Je pense que la Turquie souhaite poursuivre son cheminement vers l’Union européenne. La Grèce le souhaite aussi à condition toutefois que cela se traduise par la mise en œuvre des changements et des réformes nécessaires.