Athènes, le 29 janvier 2008
Mme Bakoyannis : Cette visite était importante car c’était la première visite officielle d’un chef de gouvernement grec depuis 1959. Par conséquent, cette visite a été non seulement symbolique, mais aussi substantielle. Je n’aborderai que quelques points. Tout d’abord les deux Premiers ministres de la Turquie et de la Grèce ont transmis un message politique très fort ; ils ont déclaré qu’ils souhaitaient l’amélioration des relations gréco-turques, qu’ils voulaient surmonter les problèmes du passé et qu’ils étaient déterminés à œuvrer en faveur de cet objectif. Je pense que dans leurs propos il y a un message politique bien fort adressé au peuple de la Grèce et de la Turquie.
Comme vous le savez, il existe des problèmes dans les relations gréco-turques. Toutefois, un progrès considérable a été réalisé sur le plan notamment des relations économiques, de la coopération dans le domaine de l’énergie, du tourisme et de la culture. Par conséquent, cette amélioration dans les relations des deux pays se fait sentir au sein des deux sociétés.
Maintenant nous devons aussi travailler pour régler les questions demeurées au suspens.
Journaliste : Toutefois, Madame la ministre vous n’avez pas du tout abordé d’autres dossiers, comme la question chypriote à l’égard de laquelle les points de vue grec et turc divergents, ou encore les combats aériens quotidiens en mer Egée avec la participation des appareils des deux pays. Il s’agit des questions très importantes sur lesquelles les deux pays sont divisés.
Mme Bakoyannis : Les contacts exploratoires progressent s’agissant de la question de la mer Egée relative au plateau continental. En ce qui concerne la question chypriote – une question internationale qui, comme vous le savez, influe sur les relations bilatérales entre les deux pays – nous pensons et espérons qu’après les élections chypriotes en février, il y aura une « fenêtre d’opportunité » sur la base du cadre convenu par les Nations Unies.
Nous avons également discuté de la perspective européenne de la Turquie. La Grèce compte parmi les pays européens qui ont un message clair concernant la perspective européenne de la Turquie. Nous croyons à la formule double, à savoir à la pleine satisfaction, pleine adhésion, et sommes bien clairs sur ce point. Nous pensons que si la Turquie procède à toutes les réformes nécessaires et accepte l’acquis communautaire, alors l’Europe devra être à ses côtés et maintenir l’objectif de la pleine adhésion pour la Turquie.
Journaliste : Attendez-vous donc de la Turquie qu’elle change d’attitude vis-à-vis de ces deux questions? La Grèce est-elle prête à faire des concessions ?
Mme Bakoyannis : Les deux parties doivent œuvrer dans ce sens. La Turquie a, comme vous le savez, une grande responsabilité s’agissant de Chypre. La Turquie a accepté de signer et d’appliquer le Protocole d’Ankara et nous attendons à ce que l’application ait lieu.
Journaliste : Est-ce qu’il y a eu du progrès pour ce qui est de la question du statut du Patriarcat orthodoxe grec ?
Mme Bakoyannis : Je pense tout simplement que la Turquie a compris que le meilleur ambassadeur pour une Turquie européenne était le Patriarche œcuménique de Constantinople. Le Patriarche œcuménique est, comme vous le savez, un citoyen turc et un fervent partisan d’une Turquie européenne. Par conséquent, la Turquie doit assurer la survie du Patriarcat. Cela signifie l’ouverture de la Faculté théologique de Chalki afin que cette dernière accueille une nouvelle génération de prêtres et l’acceptation de la liberté religieuse. Le message positif de cette visite – et permettez-moi de revenir sur ce que je vous ai dit au début – est que les deux Premiers ministres ont faire part de leur volonté politique de surmonter les problèmes du passé et de franchir une nouvelle étape pour l’avenir.