Dimanche, le 28 juin 2009
Chers collègues,
La bataille navale des îles de Sybota a eu lieu en 433 avant J.-C. dans le canal maritime entre Corfou et Epire. C’était la plus grande bataille navale entre les cités-Etats de l’époque.
Cette bataille navale a été le catalyseur qui a déclenché la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte. Et ce conflit qui, après 27 ans a complètement détruit le système, a corrompu Athènes et a changé l’aspect de la Grèce.
Thucydide, général et historien athénien qui a combattu dans cette guerre, a raconté la guerre à tout crin entre les Etats.
Mais il ne s’est pas contenté de décrire seulement les champs de bataille. Il a également décrit la dégradation de l’environnement, l’exploitation des êtres humains et l’effondrement des économies.
Thucydide a soutenu que son histoire n’était pas un essai visant à être salué de louanges de la part de ses contemporains. Il voulait que son œuvre soit transmise en héritage aux générations futures.
Il savait que l’histoire du genre humain était un cycle continu et répétitif. Nous savons tous très bien ce qui arrive quand les sociétés humaines s’affrontent. Aujourd’hui, nous jouissons des fruits de la paix. Toutefois, il existe encore des plaies ouvertes sur notre continent et ailleurs.
A travers des négociations difficiles, nos sociétés ont réussi à jeter les fondements pour une paix durable, tout en adoptant un ensemble de principes fondamentaux, un acquis indéniable.
Cet acquis constitue la pierre angulaire de notre sécurité globale, une sécurité fondamentale pour notre prospérité. Telle est la raison pour laquelle nous sommes réunis à Corfou.
Hier, lors du dîner, nous avons eu l’occasion d’aborder la situation de notre paix commune et indivisible. Nous avons reconnu qu’il y avait de grands défis à relever. Toutefois, les opinions divergent sur les causes.
Quoi qu’il en soit, on doit reconnaitre que les conflits continus, les tensions nationales et les différends frontaliers irrésolus, demeurent et continuent d’influer sur une grande partie de la région de l’OSCE.
Les processus de transition démocratique dans certains pays de l’OSCE doivent être réalisés à un rythme soutenu tandis que dans certains cas ces processus doivent être dotés d’un nouvel élan.
La structure principale de l’Europe pour le contrôle et la répression des armes et la création des dispositifs visant à limiter les armements doit devenir de nouveau opérationnelle.
En outre, la tension et le manque de confiance dans l’Europe élargie continuent de faire obstacle à la solidarité face aux menaces provenant du voisinage de l’OSCE.
Malgré la nécessité impérieuse d’engager un dialogue de haut niveau sur la sécurité européenne en Europe, il n’y a pas eu jusqu’à présent un accord sur les objectifs, le contenu et le cadre d’un tel dialogue.
Notre intention aujourd’hui est d’arrêter le jeu de la critique et de parvenir à des solutions communes afin de pouvoir donner un élan au dialogue européen.
Cela viendra concrétiser le processus qui a été lancé en décembre dernier à Helsinki. Je peux vous assurer que la présidence hellénique qui dès le début a fait tout ce qui était dans son pouvoir pour offrir le cadre approprié pour ce dialogue indispensable, demeure fermement attachée à ce processus.
Nous devons aujourd’hui examiner toutes les modalités de promotion d’un processus qui apportera des résultats.
Nous devons confirmer de nouveau nos exploits communs dans le cadre du développement global de la sécurité. Par ailleurs, nous ne devons pas cacher les défauts ou les faiblesses dans notre approche face aux défis du 21e siècle.
Mais ces échecs ne devons pas entraver notre volonté de surmonter les préjugés et les malentendus liés à des opinions désuètes ou à d’autres inquiétudes à l’égard de la question de la sécurité.
Une estimation commune des défis et des dangers actuels serait un moyen utile qui nous permettra de considérer ensemble la question de la sécurité européenne au cours de la prochaine décennie.
Lors de la dernière décennie, la politique européenne de sécurité a été dans sa majeure partie dominée par des approches unilatérales et conflictuelles. Cela n’est pas conforme au principe de la sécurité coopérative à l’égard duquel nous avons pris des engagements lors de l’adoption de la Charge de Paris en 1999.
Le manque de confiance a été très grand. Même si les relations européennes s’améliorent, il faudra des années pour régler les questions et les conflits qui ont surgi.
Il est évident que la crise financière actuelle constitue probablement la menace la plus directe et la plus grave qui pèse sur la sécurité internationale.
Les Etats participants de l’OSCE ne pourront faire face à la crise économique que s’ils font preuve de solidarité. Cela est bien entendu plus facile à dire qu’à faire, car chaque Etat est confronté à ses propres problèmes. Mais si l’on ne parvient pas à faire preuve de solidarité, un jour nous souffriront tous.
Lançons donc ce processus à travers un dialogue structuré qui sera axé sur l’OSCE. L’OSCE à travers son approche globale à l’égard de la sécurité englobe toutes les trois dimensions. Il s’agit du forum idéal pour lancer un dialogue de ce genre.
C’est pourquoi, nous, représentants des Etats participants de l’OSCE, devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour saisir l’occasion et assurer que l’OSCE deviendra le cadre du dialogue européen sur la sécurité.
Dans le cadre de la promotion de ce dialogue, nous devons rappeler que le rapprochement entre les différentes opinions requiert du temps. Lorsque les chefs d’Etat et de gouvernement se sont réunis à Helsinki en 1975, les Etats participants avaient déjà participé à 2 400 réunions tenues à Genève et ils s’étaient convenus sur 4 660 propositions. Par conséquent, nous nous trouvons probablement au début d’un processus qui sera éventuellement long et difficile.
Chers collègues, 35 ans après l’Acte final d’Helsinki, la vision d’une Europe unie, libre et pacifique demeure un objectif et non pas une réalité.
Toutefois, cet objectif est sans aucun doute réalisable. Ici à Corfou, à deux pas de l’Ithaque homérique, l’odyssée vers la sécurité européenne vient de commencer.
Merci.