Athènes, le 25 juillet 2007
Mme Bakoyannis : Je souhaite la bienvenue à Athènes à Mme Erato Marcoullis, ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre qui effectue sa première visite en sa qualité de ministre des Affaires étrangères et je lui souhaite tout le succès dans ses nouvelles fonctions.
Mme Marcoullis est certes une diplomate très expérimentée. Toutefois, les vœux de succès sont toujours utiles lorsqu’il s’agit des questions extrêmement complexes et difficiles, comme la question chypriote en ce moment très critique.
Nous avons eu l’occasion de faire un tour d’horizon de la situation et d’évaluer les perspectives après les élections récentes en Turquie. Le fait que la Turquie ait un gouvernement stable et doté d’une légalisation démocratique est un élément positif. A cela s’ajoute le fait que le Premier ministre turc, M. Erdogan, lors de ses premières déclarations, a exprimé sa volonté en faveur d’une Turquie orientée vers son parcours européen et les reformes nécessaires que cela présuppose.
Il faut bien entendu que le nouveau gouvernement turc entreprenne des actions concrètes qui mèneront à des résultats surs. Cela est également valable pour la question chypriote.
Comme vous le savez, pour ce qui est de l’application de l’Accord du 8 juillet de l’année dernière et de l’ouverture du processus de Gambari, nous traversons une période de stagnation à cause de la partie Chypriote turque qui a adopté et continue d’adopter une politique d’atermoiement en usant de prétextes et de rétractations manifestées au dernier moment.
Il y a également eu le refus de M. Talat de rencontrer le Président de la République chypriote, sur initiative de ce dernier pour sortir de cette situation actuelle contreproductive de stagnation.
Nous avons également discuté du parcours européen de la Turquie en mettant l’accent sur les aspects relatifs à l’obligation de la Turquie, en tant que pays candidat, de normaliser ses relations avec la République chypriote qui est membre de l’Union européenne.
Mme Marcoullis et moi avons confirmé la coopération et la coordination constante et étroite entre Athènes et Nicosie, dans leur effort qui a comme objectif stratégique ferme l’atteinte d’une solution équitable, durable et fonctionnelle en faveur de la réunification de Chypre, où les Chypriotes grecs et turcs, sans la présence des forces de l’occupation, pourront jouir des avantages qui découlent de leur participation à l’Union européenne.
Ma chère Erato, c’est avec un grand plaisir que je vous souhaite de nouveau la bienvenue à Athènes.
Mme E. MARCOULLIS : Je vous remercie beaucoup Mme la ministre, Mme Dora Bakoyannis. Je suis particulièrement heureuse de me trouver ici pour ce premier voyage, qui traditionnellement a toujours lieu en Grèce, depuis que le Président de la République de Chypre m’a confié cette mission difficile, afin que nous puissions échanger des vues, confirmer les liens très étroits qui unissent nos deux pays et nous entretenir sur des dossiers importants pour Chypre et la Grèce, mais aussi l’espace européen en général.
En ce qui concerne la question de la Turquie, je suis totalement d’accord avec tout ce que vous avez dit. J’aimerais seulement ajouter que ce qui nous préoccupe particulièrement est l’entrée du parti nationaliste de M. Bahceli au Parlement turc. Ce parti a une tradition très négative en ce qui concerne les questions nationales en général, mais aussi la question chypriote en particulier.
Certes, la victoire du parti de M. Erdogan, qui a non seulement recueilli la majorité des suffrages, mais aussi a enregistré une hausse importante de ses pourcentages, constitue un développement très important pour la Turquie et permet la poursuite des réformes et du parcours d’adhésion de ce pays.
Certes, il importera de savoir dans quelle mesure le Premier ministre du pays pourra réussir dans cette difficile mission et réduire le rôle de l'armée dans le processus politique global de la Turquie.
En ce qui concerne la question chypriote, la Turquie a fait preuve d’intransigeance jusqu’à présent, et c'est le gouvernement turc, la Turquie en tant qu'ensemble, qui joue le rôle de premier plan; nous espérons qu’avec l'élection du Premier ministre, M. Erdogan, nous aurons une position plus constructive de la part du gouvernement turc et du dirigeant turc, afin que le processus Gambari puisse enfin commencer, seul processus à être sur la table et qui, s'il est appliqué comme il se doit, conduira à la préparation d'un nouveau processus de négociation, qui, nous l'espérons, permettra d'aboutir à un règlement équitable de la question chypriote, conformément aux décisions des Nations Unies, du Droit européen et international et sur la base d'une Fédération bizonale et bicommunautaire.
J’ai été particulièrement satisfaite de cette visite.
J’aimerais vous remercier chaleureusement et je suis certaine que nos relations étroites et notre coopération, entre nous, mais aussi entre nos ministères qui est certes étroite, se poursuivra pour le bien de nos deux pays, mais aussi de notre région en général.