Athènes, le 21 mars 2008
M. BASHA : J’ai eu l’honneur d’accueillir aujourd’hui à Tirana la ministre grecque des Affaires étrangères, Mme Bakoyannis, une bonne amie de longue date de l’Albanie et de son peuple.
La visite de la ministre grecque des Affaires étrangères s’effectue à un moment très important pour notre pays : nos relations bilatérales ont beaucoup évolué en contribuant à l’établissement de très bonnes relations politiques et économiques entre nos deux pays.
Cette visite s’effectue à un moment critique pour la perspective euro-atlantique de l’Albanie et de la région tout entière. Cette visite se déroule quelques jours après les tristes événements survenus le 15 mars dans le village de Gërdec. Le Premier ministre, M. Karamanlis et la ministre des Affaires étrangères, Mme Bakoyannis, par leurs messages et l’aide qu’ils nous ont apportés, ont de nouveau fait preuve de leur solidarité et de leur attachement aux relations de bon voisinage.
Suite à l’accident tragique, Mme Bakoyannis m’a joint par téléphone pour exprimer ses condoléances et m’assurer du soutien de la Grèce qui s’est dit prête à apporter une aide concrète à l’Albanie.
Peu après notre conversation téléphonique, une équipe de médecins grecs s’est rendue à Tirana et, pendant deux jours, a assisté les médecins albanais dans leur travail.
La Grèce a envoyé une aide médicale tandis que six blessés albanais ont été hospitalisés à Thessalonique et à Ioannina.
J’ai saisi cette occasion pour remercier Mme Bakoyannis et le gouvernement grec pour l’aide apportée en ces moments difficiles.
Comme je l’ai d’ores et déjà affirmé, les relations politiques entre nos deux pays sont très bonnes. Elles sont axées sur la perspective commune que nous avons pour la région. La Grèce soutient fermement les ambitions européennes et euro-atlantiques de l’Albanie.
La Grèce figure également parmi les partenaires les plus importants de l’Albanie, tant sur le plan des investissements que sur celui des échanges commerciaux. De nombreux albanais vivent et travaillent en Grèce. Ils apportent une contribution précieuse à leurs familles en Albanie, à l’économie albanaise ainsi qu’à l’économie de notre pays voisin. Nos deux pays partagent les mêmes aspirations pour l’avenir et les mêmes valeurs.
Pour renforcer davantage cette coopération, ces liens d’amitié qui unissent les deux partenaires et les deux peuples, nos deux gouvernements œuvrent en faveur du règlement des questions entre nos deux pays. Plus particulièrement, la Grèce demeure un partenaire important de l’Albanie en participant à de nombreux programmes de coopération et de développement en Albanie, notamment dans le domaine des infrastructures, s’agissant plus particulièrement de la construction de l’axe routier Konispolis-Aghioi Saranta ainsi qu’ à des programmes dans le domaine de l’énergie.
Aujourd’hui, nous avons discuté des actions concrètes à entreprendre concernant la réunion des deux Comités mixtes chargés de la question du plateau continental, des ressources en eau (eau douce) et sommes convenus de convoquer ces deux comités en temps utile. Nous avons également discuté de l’intensification de notre coopération économique et de la possibilité de fournir les facilités nécessaires aux investisseurs grecs en Albanie.
Nous avons aussi parlé du Sommet de l’OTAN qui se tiendra à Bucarest et j’ai remercié la Grèce et Mme Bakoyannis pour le soutien de son pays. Nous avons bien entendu discuté de la situation dans la région. Nos principes et nos objectifs sont communs : la stabilité et les perspectives européennes et euro-atlantiques de la région.
Nous avons également abordé d’autres questions relatives à notre coopération bilatérale et j’ai souligné l’intérêt important manifesté par les autorités albanaises pour la minorité grecque en Albanie, et notamment pour l’éducation, l’utilisation de la langue grecque ainsi que pour d’autres questions.
Nous avons aussi discuté de l’enterrement des Grecs tombés pendant la guerre gréco - italienne. Il s’agit d’une question sensible d’un point de vue humanitaire et éthique. La partie albanaise a décidé d’apporter sa contribution en vue de régler cette question dans les plus brefs délais.
Nous avons bien entendu discuté de la question du patrimoine des citoyens albanais en Grèce, de l’examen de cette question dans le cadre du Pacte d’amité et de coopération entre les deux pays, sur une base individuelle, juridique et technique.
Mme BAKOYANNIS : Mesdames et messieurs les journalistes, je voudrais tout d’abord faire part de mes condoléances les plus sincères à toutes les familles qui ont perdu leurs proches lors de cet accident tragique et exprimer au nom du peuple grec le soutien et la solidarité de la Grèce. Nous sommes voisins et amis ; c’est pourquoi la Grèce a été présente et j’espère que ces tristes événements ne se reproduiront pas à l’avenir.
Je suis très contente de visiter l’Albanie, un pays voisin et ami et j’aimerais remercier le ministre des Affaires étrangères, M. Basha pour l’accueil qu’il a réservé aux membres de la délégation grecque et à moi personnellement.
Il s’agit d’une visite de travail importante qui nous offre non seulement l’occasion de discuter dans un climat particulièrement amical des questions relevant de nos relations bilatérales, mais aussi de jeter les bases pour la promotion de solutions concrètes s’agissant des questions qui préoccupent nos deux pays.
Comme le ministre l’a d’ores et déjà affirmé, nous avons aujourd’hui convenu d’organiser début avril une rencontre d’experts des deux pays en vue de délimiter le plateau continental entre la Grèce et l’Albanie.
Je suis également satisfaite que nous ayons pu décider du règlement d’une question de nature humanitaire et morale, à savoir celle des cimetières des soldats grecs qui sont tombés pendant la Seconde guerre mondiale.
Le niveau des relations politiques et économique entre nos deux pays est excellent. Toutefois, je suis certaine qu’il y a matière à amélioration dans ce domaine. Plus spécifiquement dans le secteur de l’économie, la Grèce est un investisseur stratégique dans votre pays. C'est pourquoi, des mesures devront être prises afin de renforcer cette coopération, et ce, dans l'intérêt des deux parties. Il faudra, entre autres, régler les questions qui préoccupent les investisseurs grecs en Albanie.
Vous savez tous que la Grèce a fait un choix stratégique qui concerne l’avenir de la région tout entière. Le choix de soutenir fermement la perspective européenne et euro-atlantique de nos voisins. Et l’Albanie s’intègre bien entendu dans cette stratégie. Nous vous soutenons. Dans le même temps, le parcours vers l’Union européenne ne pourra être accompli que si des conditions et critères bien précis sont remplis et que les principes et valeurs régissant sa raison d’être et son fonctionnement sont respectés.
En ce qui concerne votre invitation à adhérer à l'OTAN, la position de mon pays est bien connue. Nous pensons que l’Albanie a fait d'importants pas en avant vers cet objectif. Elle participe activement à la coopération régionale et croit fermement aux relations de bon voisinage. Elle peut s’attendre à être invitée à devenir membre de l’Alliance lors du prochain sommet de l’OTAN à Bucarest. Vous pouvez compter sur notre appui. Il en va de même de la Croatie.
Toutefois, je ne peux en dire de même de l’ARYM en raison de l’impasse sur les négociations qui dure depuis 17 ans concernant la question grave du nom. Cette question pendante a un impact négatif sur les relations de bon voisinage ainsi que la coopération régionale et la stabilité.
L’avenir européen de la région peut et doit être mérité. Cela implique de parvenir à un consensus, de faire preuve de détermination, et de veiller au respect du droit international, des valeurs et principes fondamentaux européens, dont le respect des droits de l’homme et des minorités occupe une place prépondérante.
La minorité nationale grecque est un facteur de renforcement des relations entre nos deux pays et nos deux peuples. Elle doit être considérée en tant que tel.
Le grand nombre de vos compatriotes qui vivent, travaillent et prospèrent dans notre pays, au profit de l’économie albanaise, constitue un lien supplémentaire d'amitié.
Cher Lulzim, je pense très sincèrement que le renforcement de la coopération entre nos deux pays est la base d'un meilleur avenir de paix et de croissance économique, non seulement pour la Grèce et l'Albanie, mais pour la région tout entière. Tel est le pari que nous devons remporter, en prenant des décisions qui ne sont pas enracinées dans le passé, mais tournées vers l’avenir.