Athènes, le 18 juin 2008
M.G. KOUMOUTSAKOS : Mesdames et messieurs, bonjour. Comme d’habitude, la ministre des Affaires étrangères fera une courte introduction et par la suite vous pourrez poser vos questions. Madame la ministre vous avez la parole.
Mme BAKOYANNIS : Bonjour. La rencontre d’aujourd’hui instaure d’une certaine manière la pratique de rencontres similaires plus fréquentes. Des rencontres qui offriront l’opportunité et la possibilité d’une information générale sur l’évolution des questions relevant de la politique étrangère du pays.
A titre d’introduction, je voudrais faire deux courtes remarques.
Première remarque : le résultat négatif du référendum irlandais suscite sans aucun doute des inquiétudes et même, dirais-je, justifie certains doutes quant à l’évolution ultérieure de la construction d’une Europe démocratique, efficace et par conséquent plus puissante. Toutefois, cela ne justifie pas le manque de volonté et de détermination. Nous devons dans les plus brefs délais évaluer tous les paramètres de ce nouvel état de choses de sorte que nous puissions procéder aussi rapidement à des décisions. Notre objectif est de ne pas laisser l’Union européenne se replier de nouveau sur elle-même et se plonger dans une réflexion contreproductive et une inaction invertie. Le premier pas à entreprendre doit être la poursuite du processus de ratification par les 8 Etats membres qui n’ont pas encore ratifié le Traité de Lisbonne.
Deuxième remarque : le résultat du referendum irlandais vient ajouter un autre élément en suspens à cette instabilité générale qui caractérise cette période transitoire au niveau international.
L’Union européenne est de nouveau à la recherche des moyens qui lui permettront de relever avec plus de confiance en elle-même et plus d’efficacité les défis d’un environnement international particulièrement compétitif et mondialisé. Des défis et des problèmes dont les effets sont d’ores et déjà de plus en plus ressentis par le citoyen européen dans sa vie quotidienne.
Dans un même temps, les Etats-Unis sont à quelques mois avant les élections présidentielles. Indépendamment du résultat de ces élections, celles-ci conduiront au changement de l’administration américaine ce qui aura probablement un impact sur la politique étrangère américaine.
Pour ce qui est des Balkans, les évolutions relatives à la question du Kosovo revêtent une importance particulière en raison du nouvel état de choses créé par la proclamation d’indépendance unilatérale. L’indépendance du Kosovo a été reconnue par toute une série d’Etats de la communauté internationale parmi lesquels la majorité de nos partenaires et alliés de l’Union européenne et de l’OTAN. Toutefois, comme vous le savez, quatre pays de l’UE n’ont pas reconnu l’indépendance du Kosovo.
Une question particulièrement importante sera le parcours de la Serbie vers sa perspective européenne et euro-atlantique.
Les incidents survenus avant et après le processus électoral récent en Ancienne République yougoslave de Macédoine suscite des inquiétudes. Nous attendons l’instauration d’un gouvernement solide et efficace qui renoncera à la rhétorique nationaliste parfois extrémiste.
Nous continuons à œuvrer en faveur d’une solution mutuellement acceptable à la question du nom dans l’intérêt des relations bilatérales, de la stabilité et de la coopération régionales, des ambitions européennes et euro-atlantiques du pays voisin et de la stabilité dans la région.
La Turquie est à la recherche de moyens pour sortir de la situation générée par les récentes évolutions. Dans un même temps, il est évident que sa perspective européenne a besoin d’un nouvel élan qui ne sera possible qu’à travers des décisions substantielles sur la poursuite des efforts de reforme.
Pour ce qui est de la question chypriote, nous nous trouvons de nouveau à une étape critique. Les messages généraux et le bon climat qui caractérisent les contacts entre les deux communautés justifient un certain sentiment d’optimisme. Toutefois, la voie vers une solution, une solution juste, viable et fonctionnelle sur la base d’une fédération bicommunautaire et bizonale, sera semée d’embûches.
Dans la région du Proche-Orient, en dépit de certains signes d’amélioration, la situation politique et diplomatique demeure malheureusement difficile.
Par conséquent, nous traversons mesdames et messieurs une période d’instabilité, une période transitoire qui semble-t-il sera longue. Dans ce contexte international, la Grèce exercera une politique étrangère bien élaborée, attentive et déterminée à tous les niveaux. Une politique de principes et de réalisme qui combinera ses choix stratégiques fermes et les adaptations nécessaires selon les actions à entreprendre.
Notre objectif est de défendre et de promouvoir les priorités et les intérêts de notre pays dans un environnement complexe et en constante évolution. Telle est mon intervention introductive sur la situation actuelle. Je voudrais également vous parler d’un projet de loi qui sera soumis par le ministère des Affaires étrangères. M. Kassimis vous présentera toutes les détails y relatifs.
Deux mots sur un changement nécessaire de nature administrative dans le cadre du fonctionnement du ministère. Après 40 ans de fonctionnement du service de traduction du ministère des Affaires étrangères, il a été jugé nécessaire de restructurer ce service sur une base plus adaptée aux demandes d’aujourd’hui.
Un nouveau projet de loi concernant le service de traductions sera soumis au parlement. La hausse considérable du nombre de langues à traduire, la multiplication des utilisateurs, le nombre croissant de traductions en raison de l’élargissement de l’UE et du grand nombre d’immigrants, la large utilisation de documents officiels provenant des pays étrangers et à destination de ceux-ci et le développement de nouvelles technologies ont eu des conséquences négatives sur le service de traductions.
Le projet de loi du ministère des Affaires étrangères s’est basé sur une étude effectuée dans les pays de l’Union européenne et auprès des Nations Unies. Il vise à renforcer le travail des traducteurs en leur fournissant des outils modernes, en assurant un contrôle qualité des traductions, en informatisant tout le réseau et les mécanismes de contrôle, en décentralisant avec la création de postes de traducteurs dans tous les départements du pays, en réduisant le coût pour le citoyen, en accélérant les délais et en fournissant des services de traduction et de savoir-faire à des pays tiers.
Après la séance questions-réponses, M. Kassimis présentera en détail le nouveau projet de loi.
M.G. KOUMOUTSAKOS : La séance questions-réponses commence.
M. KOTARRIDIS: Mme Bakoyannis, Skopje a déclaré que pour parvenir à une solution à la question du nom, la Grèce devait accepter d’abord l’existence d’une ethnicité et d’une langue macédoniennes, je voudrais que vous répétiez la position de la Grèce sur cette question. Et, deuxièmement, quel est l’objet de nos discussions avec Skopje ?
Mme BAKOYANNIS : Notre position est claire. Nous voulons parvenir à une solution mutuellement acceptable à la question du nom. J’ai à plusieurs reprises affirmé que cette négociation porte sur une seule question. Nous ne voulons pas nous laisser entraîner dans une discussion qui pourrait dévier les efforts de négociation de leur objet principal.
M. KAPOUTSIS : Madame la ministre, y a-t-il des développements relatifs à l’exercice militaire de l’OTAN dans la région d’Agios Efstratios qui a été suspendu ?
Mme BAKOYANNIS : Non, il n’y a rien de nouveau. Il n’y a que le communiqué du ministère de la Défense
M. KALARRITIS : Madame la ministre, il ressort des déclarations du Premier ministre turc et du ministre des Affaires étrangères que nous avons engagé un dialogue bilatéral avec Ankara sur la question des minorités et certes sur une base mutuelle. Cela est-il valable ? Les déclarations de la Turquie sont-elles valables ? Quel est l’objet de nos discussions ? Discutons-nous de la question des minorités ?
Mme BAKOYANNIS : Tout d’abord, il faut clarifier ce que signifie une base mutuelle. Respect et application mutuelles des politiques de protection des droits de l’homme sont inconcevables à l’époque actuelle. Car c’est le devoir des Etats démocratiques de respecter les droits et d’appliquer les politiques y relatives.
Pour ce qui est de la minorité musulmane de Thrace, la Grèce applique et approfondit la politique d’égalité devant la loi et l’Etat tout en respectant les principes et les dispositions y relatifs du Traité de Lausanne. Pour sa part, la Turquie doit faire de même et ce, non pas dans une logique de respect mutuel, d’ « associations » et « de compensations ».
Elle se doit de faire la même chose pour une raison très simple : en tant que pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne, elle a pris l’engagement de respecter des principes, des critères et modalités, dont le respect de la liberté religieuse, la protection des minorités et le respect de leurs droits. Lorsque des questions comme celles-ci sont en jeu, la logique des compensations et associations n’a pas sa place.
Dans ce contexte, la Grèce- en tant que membre de l’Union européenne mais aussi en raison de son intérêt particulier- soulève des questions relatives au Patriarcat œcuménique, à la Faculté théologique de Chalki, aux Grecs de Constantinople et à leurs biens et aux îles d’Imvros et de Tenedos.
Ces questions sont soulevées de notre part en tant que paramètre très important de la discussion portant sur la perspective européenne de la Turquie et pas seulement en tant que questions bilatérales. Tel est le cadre des discussions, mesdames et messieurs. C’est sur cette base que nous envisageons des questions relatives à la minorité musulmane lorsque la Turquie soulève ces questions en adoptant son attitude bien connue.
M. MELETIS : Madame la ministre, est-ce que lors de la réunion demain et après-demain, vous chercherez à ce que mention soit faite aux conditions d’ouverture des négociations d’adhésion, à savoir le règlement de la question du nom.
Deuxième question : à l’occasion de votre réponse à la question précédente, le fait que le ministère des Affaires étrangères n’ait pas fait appel du jugement de la Cour des droits de l’homme sur la question des « associations » turques à Thrace, qu’est-ce que cela signifie-t-il exactement ? Cela signifie que nous acceptons l’argumentation de la partie turque ?
Mme BAKOYANNIS : Pour ce qui est de votre deuxième question, vos informations ne sont pas correctes. Après une étude détaillée qui a été menée par le ministère, il a été décidé que la Grèce ferait appel de ce jugement.
Pour ce qui est de votre première question, comme vous le savez, lors du Conseil « Affaires générales » une discussion très intense a été menée, ce qui a été justement rapporté par vos correspondants à Bruxelles.
Le texte final du Conseil « Affaires générales » est satisfaisant. L’élaboration et la discussion portant sur le texte de conclusions du Conseil européen sont en cours à l’heure actuelle et selon le point de vue de la Grèce le texte doit comporter des messages clairs.
M. STAVROULAKIS : Que pensez-vous de la situation politique intérieure à Skopje, telle qu’elle a été établie après la fin des élections, à savoir pouvons-nous nous entendre avec M. Gruevski ?
Mme BAKOYANNIS : Le processus dans le pays voisin est terminé ou semble être terminé après la répétition des élections dans 187 circonscriptions électorales du pays. Il reste encore deux à trois circonscriptions où se déroulera de nouveau le processus électoral.
Par conséquent, le processus électoral s’achève à travers un processus qui n’est pas prévu par la législation électorale de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine. Tout comme les organisations internationales compétentes et nos partenaires à l’Union européenne, la Grèce constate que le processus électoral a été marqué par des incidents violents qui ont souvent conduit à des irrégularités flagrantes.
Toutefois, au même titre, je pense que personne ne peut négliger le fait qu’il y ait un résultat bien spécifique, un résultat qui a fait de « VMRO » et de son chef un facteur puissant de la vie politique de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine.
Par conséquent, nous attendons avec intérêt la mise en place d’un gouvernement solide, d’un gouvernement qui assurera le parcours sans heurts et la cohésion de ce pays voisin multinational, loin des rhétoriques extrémistes qui ne peuvent que provoquer des problèmes.
La Grèce, aujourd’hui et dans le passé, est un voisin responsable qui croit à la nécessité d’une ARYM stable et espère que le pays voisin entreprendra les pas nécessaires en vue d’assurer sa perspective européenne et euro-atlantique.
L’élément fondamental de cette perspective, comme vous le savez déjà, est le respect tangible des principes de relations de bon voisinage. Inutile d’ajouter que dans ce cadre, une solution mutuellement acceptable constitue une condition pour nous nous et nous œuvrons dans ce sens.
Mme ADAM : Deux questions. La première porte sur le Kosovo, après la Constitution, la majorité des pays ayant reconnu Skopje, ouvriront des ambassades. Les pays qui ne l’ont pas reconnu, parmi lesquels figure également la Grèce, ont reçu des demandes pour ouvrir un bureau de liaison au Kosovo. Qu’entendez-vous faire ? Telle est ma première question.
Mme BAKOYANNIS : Mme ADAM, il y a un bureau de liaison au Kosovo depuis très longtemps.
Mme ADAM : Je demande si ce bureau sera situé à Athènes.
Mme BAKOYANNIS : Il y a un bureau de liaison au Kosovo qui fonctionne depuis longtemps. La reconnaissance est une condition préalable afin que celui-ci devienne une ambassade.
Mme ADAM : C’est-à-dire, il n’y pas…
Mme BAKOYANNIS : Non, il n’y a pas en ce moment.
Mme ADAM: Je demande s’il y a un bureau de liaison du Kosovo à Athènes. Telle est ma question.
Mme BAKOYANNIS : Non, il n’y a pas eu une proposition de ce genre. J’ai compris que vous parliez de notre bureau de liaison.
Mme ADAM: Non, non.
Mme BAKOYANNIS : Nous avons un bureau à Pristina. C’est un bureau de liaison qui fonctionne depuis longtemps. Nous n’avons pas reçu une demande de la part de Kosovo pour ouvrir un bureau de liaison. Si une telle demande est formulée sur une base mutuelle, nous n’avons aucune raison de ne pas l’accepter.
Mme ADAM : La deuxième question est plus générale. Avez-vous pu éclaircir le mystère des factures de votre collaborateur M. Dragoumanou qui ont été trouvées dans le dossier personnel de M. Christoforakos et qui sont en suspens depuis des mois?
Mme BAKOYANNIS : Certainement. Madame Adam, nous avons donné toutes les explications et comme vous voulez soulever cette question générale de Siemens, je vous recommanderais de recourir à mon interview du 8 février parue dans le journal « KATHIMERINI » où j’avais affirmé que les autorités judiciaires grecques et allemandes doivent éclaircir l’affaire SIEMENS car celle-ci met en jeu l’honneur et la réputation du milieu politique du pays et qu’après le plein éclaircissement de l’affaire, si cela est jugé nécessaire, un Comité d’examen sera mis sur pieds au cours de l’été.
Mme KOURBELA : Madame Bakoyannis, puisque nous avons abordé la question relative aux Balkans occidentaux lors de la dernière réunion, je voudrais à cette occasion vous demander s’il y a eu des évolutions relatives au financement de l’ESOAB dans la région.
Mme BAKOYANNIS : Nous sommes satisfaits de l’évolution de l’ESOAB qui progresse rapidement. Plus particulièrement, dans le domaine des investissements privés nous avons d’ores et déjà approuvé des subventions à hauteur de 42 millions d’euros, ce qui correspond à un pourcentage d’absorption de 38%.
Dans le domaine des investissements publics, nous avons achevé la construction du bâtiment d’amitié Grèce-Bosnie-Herzégovine tandis que deux autres projets sont en cours de réalisation. La revalorisation de la liaison routière Saghiada-Konispolis-Agioi Saranta en Albanie où a été choisi le constructeur du projet « See Light », un réseau de fibres optiques de haute vitesse pour l’interconnexion des communautés universitaires en Europe du Sud-est.
Pour ce qui est du plus important projet, à savoir le couloir paneuropéen « 10 », celui-ci progresse de manière satisfaisante et force est de souligner que l’ESOAB nous a permis de mobiliser non seulement des fonds grecs mais aussi les fonds européens en vue de sa mise en œuvre puisque le projet sera d’ores et déjà financé tant par la Banque européenne d’investissements que par la Commission européenne. Il s’agit d’une évolution qui garantit la réalisation intégrée de ce projet d’importance majeure qui reliera la Grèce aux Balkans occidentaux et à l’Europe.
M. SANTAMOURIS : Vous avez dit que les Européens devaient prendre dans les plus brefs délais des décisions sur l’avenir de l’Union européenne. Les décisions précipitées conduisent éventuellement à des « cercles de fonctionnement » de l’Union européenne et à des « cercles concentriques » des Etats membres.
La question est si l’Europe à plusieurs vitesses lutte contre ces dysfonctionnements actuels et quelle sera-t-elle l’application en cas d’une décision de reconnaissance du Kosovo par une Europe à plusieurs vitesses ?
Une deuxième question : En répondant à une question du journal « ELEFTHEROTYPIA », M. Ali Ahmeti, le vainqueur parmi les partis albanais de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, a déclaré que le règlement de la question du nom devait être une solution convenue qui prendrait en considération l’identité de tous les citoyens du pays ainsi que les sensibilités grecques. Pensez-vous que cela constitue une description satisfaisante de la solution qui pourrait être convenue ? Merci.
MME BAKOYANNIS : De manière générale, je dirais que cette déclaration s'efforce de décrire une réalité, telle qu'elle est perçue par M. Ahmeti. Cela étant, en ce qui concerne l’Europe, il y a des questions qui peuvent faire l’objet de décisions européennes et d’autres qui ne le peuvent pas. Aucune décision de l’Union européenne ne peut imposer à un Etat membre de reconnaître un autre Etat. C'est un droit souverain de chaque pays membre, quel qu'il soit, et la décision de reconnaître le Kosovo sera prise par l'Etat grec. Pour répondre à la première question.
Maintenant vous parlez de coopération renforcée. La coopération renforcée a, en effet, été mise en application à plusieurs reprises, comme par exemple dans la zone Euro ou dans l'Espace Schengen, qui sont deux exemples probants de la coopération renforcée.
L’objectif, à l’heure actuelle, n’est pas de nous diriger vers des cycles institutionnalisés. Nul en Europe ne parle de cela. Notre objectif est de parvenir à l'accord des 27. Nous avons l’expérience en la matière, ce n’est pas la première fois. Si les 26 pays ratifient jusqu’à la fin de l'année - un scénario très plausible à l'heure actuelle – on peut s’attendre à des surprises. Sans doute, s’agissant de l’Irlande, faudra-t-il encore un peu de temps pour parvenir à une solution.
J’aimerais redire ce qu’ai exposé hier devant le parlement grec. Pour la Grèce, une Europe forte est tout ce qui a de plus important en politique extérieure. Pour longtemps, les citoyens considèrent que les avantages de l'Europe sont acquis, notamment les pays qui sont depuis longtemps membres de l'Union européenne.
Les problèmes, ou si vous voulez, les désavantages de la mondialisation, auxquels sont aujourd'hui confrontés les citoyens, peuvent être mieux envisagés par une Europe unie et forte, que par des Etats membres séparément. Ce qui signifie que la Grèce sera à l'avant-garde des pays qui livreront une bataille pour plus d'Europe encore, pour une Europe plus puissante.
Mme SPANOU : J’aimerais en venir à la question de la facture que M. Dragoumanos n'a pas payée, ce qui l'a contraint de démissionner. Vous avez dit : nous vous avons donné toutes les explications. Si je me souviens bien, dans votre interview au quotidien «KATHIMERINI» vous n’aviez pas expliqué comment ladite facture avait été trouvée dans le dossier personnel de M. Christoforakos, qui faisait un travail particulier avec SIEMENS, ce qui a été prouvé par la suite.
Ma deuxième question est la suivante : Est-ce que M. Dragoumanos avait été inquiété par SIEMENS pendant tous ces mois parce qu’il ne s’acquittait pas de son dû, comme l’aurait fait tout autre citoyen. Merci.
MME BAKOYANNIS : Je vous ai répondu. Si je le savais, je vous l’aurais dit. Je ne le savais pas. Lorsque la question a été soulevée, M. Dragoumanos a assumé ses responsabilités. J’ai été très peinée de cette affaire. Je l'ai déclaré catégoriquement, j'ai payé la facture. Si vous me posez des questions sur les affaires internes de SIEMENS je ne suis pas en mesure de savoir ce qui s’est passé.
M. MILAKAS : Madame la ministre, tout gouvernement européen ayant osé interroger son peuple sur la constitution européenne a obtenu un «non» en guise de réponse. Que se passe-t-il, est-ce que les peuples de tous les pays sont frappés de cécité et la classe dirigeante, elle, est clairvoyante? Comment expliquer ce refus des peuples de renforcer la démocratie et la règle de droit?
MME BAKOYANNIS : Je veux être claire. Il est très difficile de répondre par un simple «oui» ou «non» à un traité aussi complexe, comme sont les traités de l’Union européenne.
Le résultat est que les peuples répondent aux questions qui les préoccupent fortement au moment donné. Les «non» pouvant être éventuellement consignés au sein des partis, ont différents points de départ.
Le «non» de M. Alavanou, par exemple, ne peut s'identifier au «non» des Irlandais, qui sont particulièrement sensibles à la question des avortements et sont en faveur de l’interdiction des avortements. Je ne pense pas que cela reflète la position du parti Synaspismos.
Les Irlandais, par ailleurs, craignent qu’une Europe plus sociale imposerait des règles plus strictes à la libre économie et à la concurrence; je ne pense pas que le non irlandais soit en rapport avec le non du Parti communiste grec.
Il faut procéder à une analyse plus profonde et juste de toutes les données pour parvenir à des conclusions.
Notre point de vue est que le peuple grec est pleinement conscient de l’importance de l’Europe, de la puissance et de la sécurité qu’offre l’Europe. Les Grecs comptent parmi les peuples les plus pro-européens.
Essayer de changer l'objet de la question principale et d'identifier, comme ce fut le cas avec l’Irlande, diverses questions isolées qui dérangent ou sensibilisent le monde et ne sont pas en rapport avec le Traité, est une activité relevant des partis ou non, mais une activité qui malheureusement est négative pour l'ensemble.
J’ajouterais une chose. Lorsque l’ensemble de la classe politique irlandaise, tous les partis, se positionnent en faveur du Traité, vous pensez sérieusement que dans un système démocratique avec des élus, ces derniers puissent faire des choses qui soient contraires aux intérêts de leur peuple ? Je ne le crois pas.
Je pense simplement qu’avec la logique du oui ou du non, c’est-à-dire la logique du moindre dénominateur commun, des réponses simplifiées à des questions complexes aboutissent à des conclusions erronées.
M. ATHANASSOPOULOS : Madame la ministre, après la décision d’Athènes de ne pas consentir à l’invitation d’adhésion de Skopje au Sommet de Bucarest, il s’est produit toute une série d’incidents qui attestent d’un certain refroidissement des relations gréco-américaines. Je n’entrerais pas dans les détails, tout le monde connaît ces déclarations.
Dans ce contexte, qu’attendez-vous de votre rencontre avec Mme Rice qui aura lieu mardi prochain et combien ce refroidissement vous préoccupe-t-il, compte tenu de la question chypriote et que vendredi dernier on a pu avoir un avant-goût de l’attitude américaine, concernant l’approbation de la décision sur le renouvellement du mandat de la force de paix à Chypre. Merci.
MME BAKOYANNIS : Les relations gréco-américaines sont bonnes. Ce sont des relations d’alliance, fondées sur l'amitié historique qui unit les deux peuples et à l'heure actuelle il existe une activité plurielle dans les domaines économique, politique et de l'alliance.
Cela étant, les positions grecques et américaines ne convergent pas toujours. Pour la question de Skopje par exemple.
Dans le passé, nous avions exprimé notre fort mécontentement à la décision des Etats-Unis de reconnaître Skopje sous son nom constitutionnel. La position que nous soutenons est différente.
Cela étant dit, durant mes entretiens avec Mme Rice – les points de l’ordre du jour n’ont pas encore été définis – nous aborderons toutes les questions d'intérêt commun, comme le veut la tradition s'agissant de rencontres entre ministres des Affaires étrangères, avec honnêteté, franchise et dans un climat indéniablement amical.
Mme FRYSSA : En ce qui concerne la Turquie. Le Commissaire compétent, Oli Rehn a indiqué que le procès d’AKP influencera la perspective européenne de la Turquie. En revanche, le ministre des Affaires étrangères de Slovénie a indiqué que les deux questions étaient sans rapport. Quelle est notre position?
MME BAKOYANNIS : Notre position est que nous souhaitons à la Turquie qu’il y ait des développements, dans le respect des principes et valeurs européens, à savoir le fonctionnement démocratique du pays et que le pays voisin ne traversera pas une crise qui suscitera des préoccupations auprès des amis et partenaires de l’Union européenne.
M. GILSON : Madame la ministre, après votre récent voyage à Chypre, pouvez-vous confirmer les rumeurs faisait état d’ouverture de consultations directes entre le Président Christofias et M. Talat et pensez-vous que la résolution sur le renouvellement du mandat de l'UNFICYP soit une référence directe au Plan Annan.
MME BAKOYANNIS : Je ne pense pas que le dernier projet de résolution sur l’UNFICYP renvoie au plan Annan, je ne pense pas qu'il y ait un rapport, c’est pourquoi la partie chypriote a exprimé sa satisfaction.
Savoir maintenant quand les négociations seront lancées entre le Président Christofias et M. Talat, c’est au Président Christofias de le décider, je n'ai rien d'autre à ajouter.
M. BOGDANOVSKI : De l’agence de presse russe. Madame la ministre, le sommet UE – Russie se tiendra le 26 juin à Khanty-Mansiysk (Russie). A ce sujet, j'aimerais savoir ce que vous attendez de ce sommet et de manière plus générale quelle est votre point de vue concernant le rapprochement de l’Union européenne avec la Russie?
MME BAKOYANNIS : Notre position est bien connue, elle a été exprimée à plusieurs reprises. La Russie est un partenaire très important pour l'Europe.
Les relations UE – Russie doivent être particulièrement étroites. Nous pensons qu’un très bon travail préparatif a été fait et que des pays ayant des réserves jusqu'à maintenant n'en ont plus et je pense que ce sommet sera couronné de succès.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Le tour des agences de presse étrangères est venu, je vois.
Mme FLORES (Agence espagnole) Madame la ministre, dans le cadre de la proposition de M. Sarkozy relative à l'Union pour la Méditerranée, quelles sont les attentes de la Grèce dans ce domaine et en pratique, quelle participation veut-elle avoir, quel rôle veut-elle jouer?
MME BAKOYANNIS : La Grèce, tout comme le reste des pays méditerranéens, approuvent la proposition de M. Sarkozy. Nous avons fourni un travail laborieux et au ministère des Affaires étrangères aussi, en coopération avec la partie française, mais aussi avec tous nos partenaires arabes, lors de différents déplacements effectués ces derniers mois afin que nous puissions mettre en œuvre des initiatives et des actions bien précises, qui permettront de renforcer la coopération des pays méditerranéens, et de tout autre pays désireux de participer à cet effort.
L'Union pour la Méditerranée présente un intérêt particulier, en fait nous axons tous nos efforts sur différents projets. Des projets bien précis portant sur la coopération nord-sud et je pense que tout cela sera dans notre intérêt à tous. La première question qui nécessite une coopération plus étroite entre toutes les parties est bien entendu, l’immigration clandestine, par exemple.
M. HADOULIS : (hors micro) S’agissant de la question de l’appel concernant les associations « turques », pouvez-vous nous donner de plus amples renseignements ? Par exemple à quelles décisions la Grèce est-elle opposée et est-ce qu’elle a l’intention d’interjeter appel?
MME BAKOYANNIS : Permettez-moi de vous dire d’attendre jusqu’à ce que cela soit annoncé.
M. G. KOUMOUTSAKOS: La conférence de presse prend fin dans deux minutes.
M. BARAKAT : Pouvez-vous nous dire deux mots sur la situation au Proche-Orient et quelle est la position de la Grèce à ce sujet après tout ce qui s'y passe?
MME BAKOYANNIS : En ce qui concerne le Liban, les derniers développements ne peuvent que nous laisser un goût d'optimisme, à savoir qu’une solution plus stable peut être trouvée au problème du Liban.
La Grèce participera à la Conférence de Vienne qui se penchera sur le problème des réfugiés palestiniens au Liban, afin que nous puissions les soutenir financièrement, après toute cette aventure.
Il est certain que la situation instable au Proche-Orient suscite une vive problématique, parmi tous les pays de l’Union européenne. La Conférence à Berlin sera très importante et des questions relatives à la sécurité seront débattues.
Comme vous le savez, la Grèce est présente à tous les débats sur le Proche-Orient et espère que la partie impliquée qui défend fermement et de manière responsable la paix dans la région obtiendra gain de cause.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Dernière question M. Mihail.
M. MIHAÏL : Madame Bakoyannis, permettez-moi de passer à un autre sujet. Pensez-vous que la crise de ce moment au sein du PASOK, due à l'expulsion de M. Simitis du Parti, est à l'avantage de l'image et de prestige de notre pays à l'étranger car M. Simitis est une personnalité hautement respectée, du moins au sein de l'Union européenne.
MME BAKOYANNIS : Aucun grand parti, M. Mihail et aucun parti au pouvoir ne peut se réjouir des crises qui éclatent au sein d’un autre parti. S’en réjouir sera une approche erronée et à courte vue. Nous espérons que le PASOK trouvera sa voie.
T. MALINOV : De l’agence de presse russe. La Grèce a signé à Moscou l’accord portant sur la construction de la section grecque du gazoduc South Stream. Comment la Grèce perçoit-elle son rôle dans cette région compte tenu des grands projets de pétrole et de gaz naturel?
MME BAKOYANNIS : La Grèce pense que son rôle énergétique est très important. Après les décisions de notre gouvernement, elle est devenue un centre énergétique.
Un centre énergétique, qui inclut l’accord portant sur l’oléoduc Bourgas – Alexandroupolis, l’accord sur le gazoduc qui relie la Turquie à l’Italie en passant par la Grèce.
Et bien entendu l’accord sur le South Stream, un accord qui, comme vous le savez, a été signé par MM. Karamanlis et Poutine à Moscou.
J’ajouterais, à ce stade, le rôle très important que joue pour la sécurité énergétique, l'industrie maritime grecque. L’industrie maritime grecque, qui a acquis des cargo et pétroliers ainsi que des bateaux transportant du gaz naturel liquéfié ou pressurisé.
Tout cela fait de la Grèce un facteur très important. Nous avons également signé des accords avec l'Algérie et l'Egypte portant sur le gaz naturel. Nous suivons fidèlement la politique européenne et sommes conformes à la Commission.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Merci beaucoup.
M. T. KASSIMIS : J’aimerais dire deux mots sur le service de traduction. Au cours des cinq premiers mois de l'année 2008, le volume de pages traduites était équivalent au volume de toute l’année 2007. Cette augmentation est tout aussi importante que l’augmentation du nombre de langues.
Ce sont 740 postes de traducteurs assermentés qui sont créés en Grèce, traducteurs ayant le statut de libéral. Le nombre de traducteurs et les langues ont été sélectionnés sur la base des statistiques des 15 dernières années selon les besoins de chaque département.
Les postes seront attribués par voie de concours qui portera non seulement sur la langue, mais aussi le niveau de la langue et la spécialisation, médicale, technique, etc.
JOURNALISTE: Par le biais d’un concours de l’ASEP?
M. T. KASSIMIS : Non.
MME BAKOYANNIS : Ces traducteurs auront le statut de libéral, ils ne seront pas nommés.
M. T. KASSIMIS : Ce sont des libéraux, il ne s’agit pas de nominations. C'est un peu comme les notaires. Le contrôle qualité de la traduction est institué et on introduit la notion de révision de la traduction.
Le flux de traductions sera informatisé et il y aura des archives électroniques des traductions, ce qui est très important.
Une base de données est créée avec les traductions et tous les traducteurs peuvent avoir accès aux bases de l’UE et des Nations Unies. Cela a été garanti par le gouvernement pour tous les traducteurs.
Ceux qui travaillent aujourd’hui avec le ministère des Affaires étrangères, occupent des positions permanentes jusqu’à leur départ à la retraite. Cela signifie que tout le monde garde son travail.
Leurs coordonnées et adresses figureront sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères et dans chaque préfecture. Quiconque souhaite traduire un document pourra s’adresser au traducteur de la langue désirée.
Une nouvelle section de traduction est créée au ministère des Affaires étrangères avec 40 postes, l'objectif étant de fournir des services de haute qualité au gouvernement et à la présidence de la République et au Parlement. Autrement dit, il y aura des traducteurs de textes juridiques, de textes techniques, scientifiques, etc.
Ils seront bien entendu assistés des traducteurs assermentés qui travailleront pour le ministère en freelance. C’est tout ce que je voulais dire.
A partir de septembre, le service de traduction sera transféré rue Akadimias et Kriezotou, à l’ancien siège du Secrétariat général de la Presse.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Une minute, pardonnez-moi. En ce qui concerne le Service de traduction, vous recevrez une note avec plus de détails.
Je souhaite former un voeu, que la prochaine rencontre ait lieu dans les nouvelles installations du Centre de presse, en septembre - octobre, je l’espère.