Athènes, le 18 mars 2007
Journaliste : Madame la ministre, après la signature de l’accord sur l’oléoduc et le départ de M. Poutine, pouvez-vous nous dire franchement si à un moment donné les relations entre la Grèce et la Russie ont connu des problèmes?
Mme Bakoyannis : Très honnêtement non. Vous savez d'ailleurs que je compte parmi ceux qui ont travaillé durement pour améliorer et revaloriser les relations Grèce – Russie. Je vous rappellerais seulement qu’au cours de cette dernière année j’ai rencontré cinq fois le ministre russe des Affaires étrangères. Les relations Grèce – Russie, sous notre gouvernement, se sont nettement renforcées et il existe des exemples concrets au profit des deux peuples. C’est pourquoi nous sommes particulièrement satisfaits et je pense que la partie russe l’est aussi.
Journaliste : Le Premier ministre a-t-il été contrarié par les déclarations sur la défense anti-missile des Etats-Unis ?
Mme Bakoyannis : Je pense que des réponses claires ont été données par le Premier ministre lui-même. Il n’a pas été question de contrariété. Dans d’autres domaines, les ministres peuvent éventuellement exprimer des vues différentes de celles du Premier ministre, voire même à un moment donné faire cavalier seul. Quoi qu’il en soit, le ministre des Affaires étrangères et le ministre de la Défense nationale ne peuvent être en désaccord avec le Premier ministre du pays. Cela est inconcevable. Ayant moi-même fait partie de ceux qui ont vécu d’autres périodes, où il y avait des désaccords à ce niveau, je peux vous assurer que je ne me permettrais jamais une telle chose.
Journaliste : Dix jours se sont écoulés et vous n’avez toujours pas fait de commentaire sur le nouveau report de la visite Gul à Athènes. Que M. Gul trouve le temps de visiter tout le monde, mais qu’il n’ait pas le temps d’effectuer une visite en Grèce, n’est-il pas un peu provocateur pour notre pays ?
Mme Bakoyannis : Je pense que cette logique diplomatique est totalement dépassée. C’est par choix que je n’ai pas commenté le report de cette visite. Car quiconque connaît le processus interne qui se produit aujourd’hui en Turquie, n’essaie pas de donner une mauvaise interprétation de certaines décisions.
Je pense que les relations gréco-turques se trouvent au même niveau qu’elles étaient. On ne peut parler ni d’amélioration spectaculaire, ni de dégradation spectaculaire. J’ai, à plusieurs reprises, dit que nos relations avec le pays voisin connaîtront des hauts et des bas. L’essentiel étant que les arbres ne cachent pas la forêt. Notre objectif est bien clair. Il importe que nos relations bilatérales s’améliorent, que nous défendions principalement nos droits souverains et nos points de vue. Prenez par exemple la question d’Agios Efstratios ; tous les arguments du droit international penchent en faveur de la Grèce.
Journaliste : Mais là encore, malgré les problèmes qu’elle rencontre au niveau interne, la Turquie ne cesse d’élever de nouvelles prétentions. Sans doute n’y a-t-il pas de dégradation spectaculaire comme vous dîtes, mais vous devez reconnaître que nos relations se dégradent et qu’il y a des inquiétudes au sujet des dangers qui pèsent sur elles.
Mme Bakoyannis : Nous devons êtres réalistes dans nos évaluations sur la Turquie. Il ne faut ni idéaliser les problèmes qui existent, ni les sous-estimer. En politique étrangère, il ne faut ni relâcher sa vigilance, ni avoir des réactions démesurées.
Je n’ai jamais caché au peuple grecque que le rapprochement gréco-turc est une entreprise difficile, dont les résultats mettront du temps à se concrétiser. Or, tous les pas qui sont faits dans la bonne direction sont un point positif. Nous continuerons de servir nos objectifs au mieux, sans anxiété, ni manque de confiance en soi.
Journaliste : Ne voyez-vous pas un changement d’attitude de la part d’Ankara, après la fin de lα crise euro-turque de décembre ? N’est-elle pas devenue plus agressive ?
Mme Bakoyannis : Je ne vois aucun changement dans l’attitude de la Turquie. Et étant donné que dans ce pays nous avons tendance à nous regarder le nombril, nous pensons parfois que nous sommes le centre du monde. A l’heure qu’il est, nous ne sommes pas la préoccupation première de la Turquie. La Turquie a des questions relevant de sa politique intérieure qui sont toujours ouvertes. Par ailleurs, il existe la question cruciale de l’impact que peuvent avoir les développements en Irak. Dans un même temps, des développements sur le plan interne ont lieu, qui revêtent indéniablement une importance politique majeure. Donc, ces trois derniers mois, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, il n’y a ni amélioration spectaculaire, ni dégradation spectaculaire.
Journaliste : Finalement, Mme la ministre, le gouvernement a-t-il une position claire concernant le fameux plan de protection antimissile des Etats-Unis ? M. Karamanlis a déclaré que cette question devait faire l’objet d’une discussion entre l’OTAN et la Russie. Mais cela n’est pas une position claire.
Mme Bakoyannis : Il s’agissait d’une position claire. Toutefois, je l’analyserai un peu plus. La Grèce exerce une politique étrangère qui est axée sur des positions de principes. Un de ces principes est que chaque pays a des droits de souveraineté inaliénables. Cela n’est pas seulement valable pour la Grèce mais pour les autres pays, comme par exemple les Etats-Unis ou la Russie.
Toutefois, s’il est une question qui suscite des interrogations à un autre pays et porte sur l’ensemble de la sécurité de l’Europe, cette question doit être discutée. Qu’a donc dit le gouvernement grec ? Avant toute autre chose, que cette question devait être discutée entre l’OTAN et la Russie.
Journaliste : Mais ce n’est probablement pas ce que souhaitent les Etats-Unis. Car s’ils souhaitaient un dialogue de ce genre, ils l’auraient démarré. Et je me demande si cette position du gouvernement grec satisfait Mme Rice que vous rencontrerez le 22 du mois courant…
Mme Bakoyannis : La question n’est pas de savoir qui sera satisfait, mais ce que nous défendons. Chaque pays doit faire preuve de constance et de cohésion quand il défend ses positions. Ces positions doivent refléter une politique de principes. Telle est la position de notre pays, telle est la position que nous défendons qui est d’ailleurs celle soutenue par la grande majorité des pays européens ainsi que par la Présidence allemande…
Journaliste: Le gouvernement grec est-il satisfait de la qualité des relations gréco - américaines ? Sans doute allez-vous me répondre « oui », mais la Grèce est le seul pays de la première vague d’élargissements de l’UE à avoir été exempté du programme de suppression des visas.
Mme Bakoyannis : Permettez-moi de signaler que c’est moi qui ai de nouveau soulevé cette question lors de ma visite l’année dernière aux Etats-Unis. Dès lors que notre pays dispose désormais des nouveaux passeports, qui sont modernes et fiables, il doit jouir du même traitement que les autres pays. Telle est ma position. Et, en ce moment des procédures internes de discussions sont en cours et, évidemment je soulèverai cette question lors de ma visite aux Etats-Unis. Toutefois, je pense que c’est désormais une question de temps.