Athènes, le 17 mars 2008
La ministre grecque des Affaires étrangères, Mme Dora Bakoyannis a accordé une interview à la correspondante du Süddeutsche Zeitung à Athènes, Mme Christiane Schlötzer. L’interview, publiée aujourd’hui, est intitulée «Un compromis ne signifie pas humiliation» et le sous-titre est «la ministre grecque des Affaires étrangères, Mme Bakoyannis parle du différend avec la « Macédoine » portant sur le nom, mais aussi de la question chypriote et de la reconnaissance du Kosovo».
S.Z.: Mme Bakoyannis, le Grèce exerce une pression sur la « Macédoine », tandis que le gouvernement de Skopje est en pleine crise. Quelles actions le gouvernement de Skopje pourrait-il entreprendre s’agissant de cette question particulière ?
Mme Bakoyannis : La situation dans les Balkans est difficile. L’Histoire est toujours présente aujourd’hui. Pour cette raison, nous devons bâtir l’avenir sur des bases stables. Cet avenir ne peut être qu’européen. Cela est valable pour la région tout entière.
S.Z.: La «Macédoine», toutefois, veut adhérer à l’UE et à l’OTAN et la Grèce menace d’empêcher une telle perspective.
Mme Bakoyannis : Pour la Grèce, ce qui est valable depuis 17 ans est que le mot « Macédoine » ne doit pas être contenu dans l’appellation du pays voisin. Cela n’est pas dû au hasard, mais est tout à fait motivé. Depuis, toutefois, nous nous sommes écartés de notre position initiale. Il y a trois mois, nous avons clairement signalé au Parlement que nous n’accepterions que le nom qui inclurait un adjectif qualificatif, indiquant que l’objectif n’est pas une grande Macédoine. Nous devons trouver une appellation, qui représentera ce peuple multiethnique, mais sans constituer une base de propagande donnant lieu à des revendications sur le territoire d’un autre Etat. Cela est important pour la stabilité de la région.
S.Z.: Skopje, ces derniers jours, a publié des articles dans la presse internationale, assortis d’une photo de troupes « macédoniennes » à Kaboul. Le gouvernement de Skopje souligne que le pays mérite d’adhérer à l’OTAN. Que ferez-vous si un compromis n’est pas atteint ?
Mme Bakoyannis : Dans ce cas, nous empêcherons leur adhésion. L’Europe a été bâtie sur des compromis. Un compromis n’est pas synonyme d’humiliation.
S.Z.: Mais cela vaut aussi pour la Grèce.
Mme Bakoyannis : Nous avons déjà fait ce compromis. Cela n’a pas été facile pour nous non plus, le risque politique a été grand. Toutefois, pour parvenir à un compromis, il faut être deux, comme pour le tango. Nous avons besoin de la bonne volonté de Skopje concernant cette question. Skopje a beaucoup à y gagner : son adhésion à l’OTAN et à l’UE. D’ailleurs, nous sommes voisins, on ne choisit pas son voisin, tout comme on ne choisit pas sa famille. La Grèce est le plus gros investisseur dans la région. Nous y avons investi de grosses sommes d’argent.
S.Z.: C’est là que réside la contradiction. La Grèce a de très bonnes relations économiques avec la «Macédoine», c’est pourquoi cette confrontation ne correspond pas à la réalité présente.
Mme Bakoyannis : Notre politique est une politique d’avenir. Nous avons essayé, des années durant, d’envoyer des messages positifs, nous considérons nos voisins comme nos amis, non nos ennemis. Nous devons coopérer le plus possible. Dans cette région, aucun pays ne peut toutefois dissimuler les problèmes, car ceux-ci resurgiront à un moment donné. On a pu d’ailleurs voir une photo du Premier ministre Gruevski, le représentant entrain de déposer des fleurs sur un monument montrant la Grande Macédoine. La Macédoine, en tant que région géographique, appartient à 50% à la Grèce et à 30% à la Bulgarie. Ces éléments ne favorisent pas une bonne coopération. Nous devons laisser derrière nous ces histoires qui appartiennent au passé.
S.Z.: Est-ce que le nom d’un pays peut constituer un obstacle aux crises nationalistes