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Athènes, le 12 juin 2008 

 

M. Kyprianou : Je suis particulièrement heureux et honoré d'accueillir ici aujourd'hui la ministre des Affaires étrangères de Grèce, madame Dora Bakoyannis. Depuis mon entrée en fonctions, notre coopération est étroite et constante, aussi bien lorsque nous nous sommes rencontrés à Athènes la première semaine de ma prise de fonctions, avec le Président de la République, que lors des Conseil européens dans le cadre des différentes instances européennes auxquelles nous participons.

 

Cette visite revêt une importance particulière. En effet, elle est la première depuis l’entrée en fonctions du nouveau gouvernement et est effectuée à une période cruciale pour le dossier chypriote. Nul besoin de souligner le soutien sans faille apporté par la Grèce, soutien politique et pas seulement, notamment pour ce qui est de notre question nationale.

 

Nous avons eu l’occasion de passer en revue la question chypriote, mais aussi d’aborder des questions européennes qui unissent nos deux ministères, des questions d'ordre institutionnel et politique. Notre discussion a été très constructive. Elle s’est déroulée dans un climat particulièrement cordial. Nous avons pu échanger nos vues de manière ouverte et libre et sommes convenue d’une coopération et coordination ultérieurs s’agissant de diverses questions, notamment dans le cadre de l’Union européenne.

 

 

Mme Bakoyannis : J’aimerais à mon tour remercier mon ami Marco pour son accueil chaleureux. Je le remercie vivement, au nom des députés du présidium du Comité grecque Affaires étrangères et Défense nationale qui m'accompagne, de M. Varvitsiotis et Mme Kefalogianni ainsi que tous mes collaborateurs.

 

Il est très important que nous puissions parler en détail sur la grande question qui préoccupe la Grèce et Chypre, le combat que livrent conjointement Athènes et Nicosie en vue de résoudre la question chypriote.

 

Notre constatation commune est que le chemin que nous devrons traverser pour réaliser notre objectif, celui d’une Chypre européenne stable, pacifique et prospère, sera semé d’embûches. Dans le même temps, nous avons tous deux constaté que ce combat est bon, c'est un combat auquel on croit et un combat que nous sommes décidés à mener de toutes nos forces en vue d'une solution équitable, durable et fonctionnelle, dans l'intérêt de tous les Chypriotes.

 

La volonté ferme d’Athènes et de Nicosie est ici. Nos positions claires sont connues de tous, le cadre des principes est acquis et doit être respecté de tous. Seule une fédération bizonale et bicommunautaire peut ouvrir des perspectives et donner l'élan nécessaire pour un meilleur avenir dans l'île. Un avenir de paix, de croissance et de sécurité, sans la présence illégale de forces de l’occupation, sans droits d'intervention de tiers et systèmes de garanties dépassés. Ces notions et pratiques sont étrangères à la réalité européenne. Elles n'ont pas lieu d'être dans le contexte européen. Dans la famille européenne à laquelle appartiendra l’île réunifiée et l’ensemble des Chypriotes grecs et Chypriotes turcs, et Athènes et Nicosie espèrent qu’une solution sera atteinte, conformément aux décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies et des valeurs et principes européens.

 

La Grèce espère et aspire à parvenir à ces développements lors des consultations intercommunautaires dans le cadre des groupes de travail et des comités techniques qui permettront l'ouverture d'une négociation bien préparée et substantielle. Une négociation qui pourra être couronnée de succès. Qui pourra conduire à un résultat acceptable par les deux communautés, par le peuple de Chypre, qui sera le juge final.

 

Athènes, comme toujours, est le fervent défenseur et soutient les efforts de la République de Chypre, le Président Christofias et la classe dirigeante chypriote. J’espère qu’Ankara, dont la voix compte, encouragera la classe politique chypriote turque dans le bon sens, celui de la modération et de l’attitude constructive.

 

Les développements internes et les antagonismes politiques ne peuvent être utilisés comme alibi lorsqu’on a un passé fait de divisions, méfiance et intransigeance qui est opposé à un avenir meilleur. Le soutien franc de la Grèce et de Chypre à la perspective d’adhésion stratégique de la Turquie dans l’Union européenne est connu. Ce n’est toutefois pas un chèque en blanc.

 

 

Journaliste : S’agissant de la question des garanties – l’une des plus graves questions dans le cadre du processus de règlement de la question chypriote –  et compte tenu de l’attitude insistante de la partie turque qui veut maintenir ses droits de garantie à Chypre, la Grèce s’inquiète-t-elle de savoir quelle sera sa propre attitude? Ses propres droits de garantie seront-ils renouvelés en cas d’un éventuel accord sur cette question?

 

 

Mme Bakoyannis : Nous n’avons pas encore abordé cette question. Nous sommes en train de présenter notre position, à savoir que nous voulons une Chypre européenne, unifiée qui n’a pas besoin de la logique des garanties et des droits d’intervention. Telle est la position de la Grèce et je l’ai présentée en toute clarté. Cela dit, nous verrons les évolutions tout au cours de la négociation.

 

Journaliste : Quels risques  présente la crise intérieure en Turquie et comment pourrait-on y faire face ?

 

Mme Bakoyannis : Tout d’abord, je pense, qu’à l’heure actuelle ce n’est pas à nous d’analyser des difficultés intérieures de la Turquie. Nous suivons de près et avec une grande attention les évolutions en Turquie. C’est une question qui nous préoccupe tout comme nos partenaires européens. Cela dit, nous attendons de voir comment les choses évolueront. Nous pensons qu’aucun problème intérieur ne doit servir d’alibi pour entraver les efforts substantiels en faveur du règlement de la question chypriote.

   

Question: Avant-hier, en Slovénie, le Président des Etats-Unis, M. Bush a demandé d’un ton impérieux aux 27 d’accepter la Turquie en tant qu’Etat membre de l’UE. Mais n’avez-vous pas dit tout à l’heure qu’il ne s’agissait pas d’un chèque  en blanc...

 

 

Mme Bakoyannis : Il faut être clair sur cette question. La Grèce pense que la Turquie doit avoir la possibilité – à condition que celle-ci respecte tous les critères et les modalités de l’UE – de devenir membre de l’UE. Nous pensons que les efforts de reforme de la Turquie doivent être poursuivis. Cela dit, les critères sont les mêmes pour tous les pays candidats qui doivent les respecter. Dans ces conditions, la Grèce soutient fermement la perspective européenne de la Turquie. Quand je dis qu’il ne s’agit pas d’un chèque en blanc, j’entends par-là que cela présuppose l’adaptation européenne de la Turquie, à savoir que la logique européenne, ledit acquis communautaire, l’acquis européen, deviennent aussi l’acquis de la Turquie. Par exemple, cela présuppose que le Protocole d’Ankara soit appliqué. Il y a aussi beaucoup d’autres exemples.

 

Question : Il semblerait que la position selon laquelle la Turquie aurait un statut spécial, une association spéciale avec l’UE gagne du terrain. Qu’arrivera-t-il dans ce cas ?

 

Mme Bakoyannis : Tout d’abord, cela n’est pas le cas. Il y a des différents points de vue au sein de l’UE. Vous avez raison. Le Président français, M. Sarkozy a exprimé ses points de vue, Mme Merkel aussi. Il existe de nombreux points de vue. A l’heure actuelle, il y a une décision rendue par les 27. Nous procédons sur la base de cette décision. Cette décision fixe les critères et les modalités. Tous les 27 ont décidé de geler les huit chapitres – ces chapitres ont été gelés à cause de la non application de la part de la Turquie du Protocole d’Ankara. Telle est la situation au sein de l’UE. Je pense qu’il serait prématuré de discuter de ce qu’il arrivera si l’UE change d’opinion. Toutefois, la perspective européenne de la Turquie n’est pas la seule source de pression pour le règlement de la question chypriote. C’est aussi la nécessité de régler la question chypriote. Toute la communauté internationale a réalisé que ce problème qui dure depuis plus de 30 ans devait être réglé et qu’il fallait parvenir à une solution juste, viable et fonctionnelle. Par conséquent, je pense que sont nombreux ceux au sein de la communauté internationale et bien entendu de l’UE, qui soutiennent Chypre et la Grèce dans cette lutte.

 

 





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