Athènes, le 11 juin 2008
Monsieur le Président,
Chers collègues,
Cette séance plénière constitue la dernière ligne droite vers la ratification du Traité modificatif. Plus de la moitié des Etats membres de l’Union européenne ont d’ores et déjà ratifié le Traité par la voie parlementaire et dans quelques heures se déroulera en Irlande le référendum y relatif. J’espère que le résultat sera positif. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : il existe un consensus élargi, selon lequel l’Europe doit sortir de l'embarras et de l'introversion de ces dernières années. Et c'est exactement l’objectif du Traité.
Et à ce point, je me sens obligé de répondre- pour la nième fois- à tous ceux qui parlent de référendum dans un effort d’attirer l’attention.
S’agissant de la ratification du traité de Lisbonne, nous suivons la pratique parlementaire qui a aussi été suivie les années précédentes et à chaque étape de notre parcours européen.
Ce « concours d’impressions » et les propositions de référendum de plus en plus nombreuses pour chaque question importante n’attestent que du refus d’assumer des responsabilités. Nous ne fuyons pas nos responsabilités, nous les assumons et rendrons compte de nos actes.
Toutefois, en adoptant cette attitude, vous risquez de contribuer à la dévalorisation de la politique. Car si proposition est en apparence démocratique, elle apporte au fond de l’eau au moulin de ceux qui contestent la possibilité du parlement de représenter la société.
Lorsque à chaque question qui surgit, on recourt au référendum, je me demande honnêtement comment vous allez faire pour persuader vos électeurs de la valeur de votre propre présence et de votre participation au parlement. Si toutes les questions sont soumises au vote des citoyens, alors « pourquoi avoir des députés » ?
On peut facilement s’imaginer dans quelles histoires nous aurions pu nous embarquer si Konstantinos Karamanlis n’avait pas réfuté avec détermination les propositions qui avaient été formulées à l’époque et dont l’objectif était « créer des impressions ». Si la Grèce, au lieu d’être aujourd’hui au cœur de l’Europe et de juger le parcours européen de la Turquie, de Skopje et d’autres pays balkaniques, elle était dans l’antichambre de l’Europe.
Je pense que pour le gouvernement et la majorité des forces politiques du pays, l’heureuse issue du processus de ratification transmet un message novateur et tangible de notre engagement dans la perspective d’un avenir commun européen. Elle atteste de notre volonté de demeurer la force motrice du noyau dur de l’Union et de toutes les politiques et coopérations sur lesquelles est axée l’Europe moderne.
Nous n’aurons de cesse de répéter que, nonobstant les fautes commises et qui continueront d’être commises, nonobstant les faiblesses qui existent et continueront d’exister, le renforcement de l’intégration européenne promeut de manière efficace les intérêts nationaux. Grâce à notre participation à l’Union européenne, notre pays a acquis en confiance, il est devenu plus puissant sur le plan diplomatique et politique et s’est doté des moyens d’influence au niveau international. Nos avantages ont été renforcés, notre espace stratégique s’est élargi et nous sommes devenus des acteurs de stabilité, de coopération, de sécurité, de développement et de prospérité.
Tout cela ne va pas de soi. Cela est le résultat d’une planification stratégique intégrée, d’une présence continuelle et active, d’une dure négociation et des initiatives qui promeuvent les intérêts nationaux.
Chers collègues,
Le paysage européen est en train de changer. Il devient plus difficile, plus complexe et plus exigeant qu’autrefois. L’élaboration des politiques au niveau de l’UE n’est pas considérée par tous comme la nécessité d’une coopération et d’une divergence plus étroites.
La détermination des 27 de procéder à une Europe plus politique n’est pas acquise.
Le Traité modificatif constitue un compromis à la fois considérable et complexe qui est, toutefois, positif pour l’Europe des 27 ainsi que pour la Grèce qui fait partie du noyau dur et est à l’avant-garde européenne.
Le Traité est positif pour notre pays car : a. la démocratie et la légalisation démocratique de l’Union se voient renforcées, b. les conditions d’efficacité de l’Union des 27 sont améliorées, c. les clauses de sauvegarde favorisant une action extérieure européenne plus cohérente sont élargies. Force est de souligner l’importance que revêt la clause d’assistance mutuelle, une clause que vous sous-estimez, car elle est un objectif ferme que la Grèce a poursuivi et continuera de poursuivre. Pour un pays, comme la Grèce, situé dans la région probablement la plus sensible de l’Union, la clause d’assistance mutuelle revêt une grande importance tant du point de vue militaire et politique, que diplomatique.
Par ailleurs, cette disposition – car nous devons considérer le parcours européen comme un processus dynamique et évolutif – combinée à une autre disposition relative à la possibilité « d’une coopération permanente structurée » dans le domaine de la défense constitue un pas important vers l’objectif ferme de notre pays. Je voudrais m’adresser à tous ceux qui ont des doutes sur la valeur pratique de ces dispositions et leur poser la question suivante :
Qu’est-ce qui serait mieux pour un Etat membre comme la Grèce, compte tenu des conditions de sécurité actuelles, les dispositions actuelles, même si elles ne sont pas encore au niveau souhaité, ou bien l’Union avant le Traité modificatif où ces dispositions n’existaient pas ? Ou bien serait-il mieux que la Grèce ne soit pas membre de l’Union ?
Je poursuis, le traité est positif pour notre pays car :
d. des possibilités substantielles sont sauvegardées pour élaborer des politiques et mener des actions dans de nouveaux domaines revêtant une importance particulière pour la vie quotidienne des citoyens grecs, à savoir le caractère insulaire, le tourisme, l’énergie et l’environnement.
D’importants changements ont été faits au niveau de la politique régionale à travers l’instauration de la notion de « cohésion territoriale » et sa reconnaissance en tant que compétence de l’Union, suite aux demandes insistantes du gouvernement grec.
En outre, les régions qui relèvent de cette politique sont déterminées de manière plus complète et détaillée. Il s’agit des régions rurales, des régions touchées par de graves problèmes naturels et démographiques, comme les régions insulaires, transfrontalières et montagneuses.
Pour notre pays, la principale priorité de notre stratégie a été la valorisation de la valeur ajoutée de ces régions et notamment de nos îles ainsi que la lutte contre les défis auxquels sont confrontées ces régions dans un cadre stratégique intégré qui ira au-delà des frontières nationales.
Les îles grecques constituent un exemple typique de régions présentant des désavantages géographiques qui sont souvent plus aigus par rapport aux autres îles de l’UE.
C’est pourquoi, l’objectif clair de notre gouvernement est de faire de ces besoins et perspectives des régions côtières et des îles, notamment les plus éloignées, le centre d’intérêt de l’UE.
Ainsi seront créées les conditions nécessaires afin que nos îles profitent de la prospérité européenne et que leurs habitants puissent jouir des avantages tangibles offerts au citoyen européen.
Un autre changement important est l’inclusion du tourisme parmi les domaines où l’Union peut mener des actions complémentaires de soutien et de coordination. Pour la première fois, suite à une proposition grecque, le tourisme a été inclus dans le traité, ce qui permettra désormais la prise de mesures spécifiques en faveur de son renforcement.
Enfin, mesdames et messieurs, le traité est positif car d’importants pas ont été effectués dans un autre domaine critique pour notre pays, celui de la gestion des frontières extérieures et de la lutte commune contre l’immigration clandestine. Un nouvel objectif est fixé visant à la création progressive d’un système intégré de gestion commune des frontières extérieures de l’Union à travers la mise en place de l’agence FRONTEX.
La question de l’immigration clandestine concerne toute l’UE et notamment les pays – comme la Grèce qui a des frontières maritimes très étendues – dont les frontières nationales sont en même temps les frontières extérieures de l’Union.
Le nouveau cadre du Traité vient renforcer les initiatives qui ont été entreprises jusqu’à présent, parmi lesquelles la proposition du Premier ministre grec de créer progressivement un garde-côte européen occupe une place prépondérante. Il s’agit d’une idée qui commence à susciter un vif intérêt.
Par ailleurs, des discussions ont été récemment engagées sur cette proposition lors de la visite du Président français, M. Sarkozy. Le progrès réalisé atteste qu’il ne s’agit pas d’un projet qui est encore sur les papiers. En fait, une opération commune européenne dirigée par l’agence FRONTEX se déroule pour la troisième année consécutive en Egée et sur les frontières terrestres de notre pays. En outre, un réseau européen de patrouilles a été créé qui effectue des missions sur toute l’étendu de l’océan Atlantique jusqu’en Egée du Sud-est et Chypre.
Chers collègues,
Comme je l’ai à plusieurs reprises affirmé, il y a des divergences importantes entre nous, au sein de cette salle et à l’extérieur de celle-ci, mais aussi entre les différents Etats membres. Certains d’entre nous veulent une Europe plus politique et d’autres émettent des réserves, jusqu’à être hostiles à cette idée.
Il y a ceux aussi qui oeuvrent pour la disparition de l’Union et soutiennent cette position de manière catégorique. Lors des travaux du Comité spécial ce point de vue a été exprimé.
Le Traité modificatif n’est pas la panacée à tous les problèmes auxquels est confrontée l’Union européenne. Il ne peut remédier à tous les problèmes.
Le Traité modificatif est le résultat d’une dure négociation. Il s’agit d’un compromis considérable mais aussi d’un pas en avant pour sortir de la crise des dernières années. Ce traité n’est probablement pas à la hauteur de nos espérances mais il est sans doute d’importance majeure par rapport à la situation dans laquelle se trouvait l’Union avant cette révision.
Nous pouvons envisager avec plus d’optimisme l’avenir au sein d’une Europe qui gagnera la confiance de ses citoyens. Sans le traité, cela serait pratiquement impossible. Aujourd’hui, cela est difficile, mais pas impossible. Il nous faut de la volonté politique et de la détermination. On a les moyens bien qu’ils ne soient pas ceux que l’on aurait voulus.
Si je dis cela, c’est pour souligner que nos objectifs et espérances ont toujours été et demeurent grandes. Nous ne nous contentons pas d’une Europe sans grandes espérances et exigences.
Nous œuvrons de manière systématique en faveur de nos intérêts nationaux, tout en étant conscients des difficultés et en recherchant le meilleur résultat possible.
L’Europe qui répond aux défis mondiaux, l’Europe qui est en cours d’intégration politique en vue d’acquérir une influence mondiale équivalente à son développement économique, l’Europe qui renforce les intérêts nationaux de notre pays.
Nous nous sommes trouvés, chers collègues, en première ligne des débats et des négociations. Nous étions bien préparés avec des positions fermes et claires. Cela est dû au fait que ce gouvernement, ce parti sait très bien combien l’Europe est importante pour les intérêts nationaux et a une stratégie intégrée relative à la place de la Grèce en Europe ainsi qu’une vision claire du rôle de l’Europe elle-même.
Pour nous, l’Europe est un facteur de renforcement de la puissance et de la sécurité. Elle est le levier de développement et de progrès. Elle est le vecteur de la protection et de la promotion des intérêts nationaux. Elle est une constante fonctionnelle d’une stratégie qui nous permet de fixer et d’atteindre nos objectifs en matière de politique étrangère.
Chers collègues,
Aujourd’hui, la Grèce est à l’avant-garde européenne. Notre participation active à toutes les politiques et les initiatives en est la preuve.
Nous sommes dans le noyau dur de l’intégration. Il s’agit d’un choix stratégique qui n’est pas négociable et qui assure la promotion de nos intérêts. Un choix qui devient de plus en plus critique dès lors qu’au sein de l’UE des 27 les divergences sont encore plus visibles, la convergence encore plus difficile et le parcours commun n'est pas du tout acquis.
Je vous invite à ratifier le Traité modificatif.
Merci.