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Athènes, 12 novembre 2009

 

M. D. DROUTSAS : Cher Markos, c’est avec un  très grand plaisir que je te souhaite la bienvenue à Athènes. Il s’agit de notre troisième rencontre en un mois après la prise de fonctions du nouveau gouvernement ce qui atteste de l’excellent niveau de notre coopération et de notre coordination ainsi que de notre volonté d’entreprendre des actions communes face aux grands défis auxquels nous sommes confrontés.

 

Nous avons tenu notre engagement de venir de nouveau aux côtés de Chypre, aux côtés du peuple chypriote et ce non seulement en théorie mais dans la pratique aussi.

 

Aujourd’hui, notre discussion avec le ministre chypriote des Affaires étrangères a été dominée par deux questions majeures, à savoir l’évaluation de la Turquie en décembre et l’évolution des négociations sur le règlement de la question chypriote.

 

J’ai eu également l’opportunité d’informer M. Kyprianou des dernières initiatives et contacts entrepris par la partie grecque. Je l’ai informé des entretiens avec le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon lequel a effectué une visite à Athènes il y a quelques jours ainsi que des perspectives de coopération sur la question du changement climatique suite aux discussions y relatives engagées entre le Premier ministre, M. Papandréou et le Président  M. Christofias lors de la dernière visite officielle du Premier ministre grec à Chypre.

 

Je lui ai également communiqué des informations sur les contacts que nous avons eus avec la partie turque, la lettre de M. Erdogan, suite à l’initiative de  M. Papandréou de s’entretenir avec son homologue turc à Constantinople ainsi que des informations relatives aux rencontres avec M. Bagis, négociateur en chef de la Turquie avec l’Union européenne, qui a récemment effectué une visite à Athènes.

 

Lors du déjeuner de travail qui suivra cette conférence de presse, nous allons bien entendu poursuivre notre discussion et discuterons notamment des modalités qui nous permettront de rendre notre coopération plus efficace à travers la mise en place de groupes de travail par les ministres des Affaires étrangères de la Grèce et de la République de Chypre ainsi que par d’autres entités publiques des deux pays.

 

Il existe également d’autres domaines dans lesquels nos pays qui sont tous deux des Etats membres de l’Union européenne, pourraient coopérer de manière étroite et notre volonté est d’entamer dans les plus brefs délais les rencontres et les travaux de ces groupes.

 

Je voudrais réitérer le plein soutien de la part du gouvernement grec aux efforts consentis par le Président de la République de Chypre, M. Christofias en faveur du règlement de la question chypriote et des pourparlers avec le dirigeant de la communauté Chypriote turque, M. Talat. J’aimerais répéter notre position claire : nous voulons une solution sur la base des résolutions des Nations Unies, sur la base des traités et des principes de l’Union européenne et le plus important, en respectant pleinement l’acquis communautaire.

  

Tout le monde doit comprendre que la République de Chypre est un Etat membre de l’Union européenne et la solution convenue doit prendre pleinement en compte et garantir que la République de Chypre continuera de fonctionner de manière efficace au sein de la famille européenne. Cela présuppose que la solution convenue respecte pleinement l’acquis communautaire.

 

Nous vous invitons tous encore une fois à laisser les Chypriotes turcs et grecs libres de décider, de négocier librement leur avenir commun, leur avenir européen en tant qu’Etat membre de l’Union européenne.

 

Nous avons, à maintes reprises, affirmé et je tiens à le souligner encore une fois, que les calendriers  artificiels et les menaces « de la dernière opportunité », ne contribuent pas aux efforts déployés et au processus. Au contraire, ils sont contre-productifs et rejetables.

 

Nous avons devant nous une date critique et je voudrais être clair sur ce point, en décembre la Turquie sera jugée en fonction des progrès accomplis et ce, sans concessions. Elle sera jugée en fonction de sa conformité aux obligations qu’elle a assumées vis-à-vis de l’Union européenne et des Etats membres concernant les relations de bon voisinage, le respect de l’intégrité territoriale de la Grèce et le respect des droits de l’homme et des minorités, la protection des libertés religieuses, sa contribution à la lutte contre l’immigration illégale et, bien entendu, à  l’application du Protocole d’Ankara et à la normalisation de ses relations avec la République de Chypre et, évidemment, à la question chypriote.

 

Avant de conclure j’aimerais transmettre à Nikos Koutsous mes vœux de prompt rétablissement. Nos pensées vous accompagent.

 

Markos, j’aimerais encore une fois te remercier pour ta visite et notre rencontre très utile. Nous poursuivrons nos discussions. Quand tu te trouves au ministère grec des Affaires étrangères, nous voulons que tu te sentes toujours chez toi. Merci.

 

M. Kyprianou : J’aimerais tout d’abord remercier mon ami et collègue, Dimitris Droutsas, pour l’invitation et l’accueil. Comme il l’a lui-même affirmé, il s’agit d’une nouvelle rencontre qui fait suite aux précédentes dominées par les questions que Dimitris vous a déjà présentées.

 

Je voudrais bien entendu souligner que cette rencontre fait également suite à la visite du Premier ministre et de Dimitris à Chypre ainsi qu’à nos pourparlers avec le Président Christofias. A Chypre, nous avons pris des décisions, nous avons défini une stratégie et une orientation et, comme il a été convenu à Nicosie, notre rencontre d’aujourd’hui, tout comme les précédentes, viendra concrétiser davantage et promouvoir l’application de cette stratégie.

 

Au-delà bien entendu de notre coopération dans de nombreuses questions relatives à l’Union européenne, nous sommes tous les deux des Etats membres de l’Union européenne, nous avons des vues convergentes sur la plupart des  questions, voire sur toutes les questions, et c’est justement sur ces questions que nous aurons une coopération.

 

Les questions les plus importantes qui domineront les discussions d’aujourd’hui lors de mon rencontre avec Dimitris et après, portent sur les pourparlers sur la question chypriote et en général sur l’évaluation de la Turquie en décembre.

 

J’aimerais encore une fois – et je veux saisir cette opportunité chaque fois que je me trouve ici – exprimer la reconnaissance du peuple chypriote et du gouvernement chypriote envers la  Grèce pour son soutien durable à Chypre, non seulement à notre cause pour le règlement de la question chypriote mais aussi à notre adhésion à l’Union européenne, ce qui a été un événement très important qui est venu conforter Chypre dans sa lutte en faveur du règlement de la question.

 

Inutile de faire part de ma satisfaction pour les rencontres. Pour ce qui est de la question chypriote bien entendu, il y a une convergence des vues. Dimitris s’est d’ores et déjà référé à notre façon commune d’envisager le règlement de la question chypriote, aux valeurs et principes sur lesquels doit être axée cette solution ainsi qu’à notre opinion relative au processus suivi lors de ces pourparlers en vue de parvenir à une solution.

 

Force est de souligner que ce processus est important. Les calendriers étroits et artificiels ainsi que l’arbitrage, certains des principaux facteurs qui ont conduit l’effort de 2004 à l’échec, sont évités et ne font pas partie de ce processus. Cela a été convenu l’année dernière et nous insistons sur cette décision, en dépit des protestations émises régulièrement  par l’autre partie.

 

Aujourd’hui, ce qui importe est de parvenir à une solution durable et non pas de fixer des calendriers qui ne contribuent guère à ce processus, mais sont au contraire contreproductifs.

 

Pour ce qui est bien entendu du processus, il s’agit d’un processus qui se déroule entre Chypriotes. Cela a été convenu. La solution doit être convenue entre les deux communautés, ce qui, à juste titre, assurera son adoption par le peuple chypriote lors du référendum qui sera par la suite organisé.

 

Toutefois, la Turquie sera appelée à jouer un rôle important. La Turquie n’est pas un simple spectateur. La Turquie n’est pas un pays tiers. C’est la Turquie qui a provoqué le problème, elle est l’acteur principal et doit adopter une attitude positive de manière tangible.

 

Nous suivons de près les initiatives de la Turquie dernièrement et sommes bien entendu informés en la matière de manière détaillée par le gouvernement grec. Toutefois, nous voulons voir la Turquie faire des gestes concrets et non pas seulement afficher ses intentions. Les intentions sont bien entendu les bienvenues mais nous voulons voir des actions substantielles.

 

Pour ce qui est des questions euro-turques, nous sommes tout à fait d’accord que la Turquie doit s’acquitter de ses obligations. Celles-ci ne constituent pas des obligations supplémentaires imposées aux autres pays candidats. Au contraire, la Turquie a bénéficié d’un traitement privilégié lors du lancement du processus et c’est pourquoi elle devait accomplir plus de progrès. Il s’agit des obligations allant de soi qui ne concernent pas les autres pays candidats.

 

Le mois de décembre est une date importante convenue par l’Union européenne. La Turquie devra faire preuve de sa conformité de manière tangible. Si cela n’est pas le cas, il y aura des conséquences. Telle est notre position et tel est l’objet de notre discussion avec nos partenaires à l’Union européenne. Cette question dominera nos entretiens d’aujourd’hui qui portent sur les modalités de notre coordination en vue du mois de décembre.

 

Force est de signaler que Chypre soutient la perspective d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, et ce, sans concessions et sans exceptions, avec une pleine conformité à ses obligations car Chypre veut – et j’aimerais le souligner – que la Turquie devienne européenne et non seulement membre de l’Union européenne.

 

Elle souhaite voir la Turquie adopter un comportement européen, une manière de penser européenne. Une Turquie qui n’aura pas seulement le rôle d’invité à l’Union européenne, ce qui constitue probablement sa propre aspiration. Et ce message doit être transmis non seulement par nous mais par l’Union européenne elle-même qui a fixé ces conditions auxquelles la Turquie doit se conformer.

 

Je voudrais de nouveau remercier le gouvernement grec pour avoir fait la question chypriote sa priorité à travers la coopération très étroite que nous avons établie. En effet, il n’y a pas très longtemps que le nouveau gouvernement a pris ses fonctions et nous avons déjà eu beaucoup d’entretiens. Et, nous allons bien entendu, poursuivre notre coordination afin d’être encore plus efficaces. Merci.

 

JOURNALISTE : A votre avis, comment évoluera la situation en vue également de l’évaluation de la Turquie lors du Sommet de décembre, tant au niveau international qu’au niveau des pourparlers ?

 

M. KYPRIANOU : Tout d’abord, il s’agit des processus parallèles et dans une certaine mesure un processus influe sur l’autre. Mais la Turquie a assumé des obligations dont elle doit s’acquitter. Elle doit se conformer à ses obligations. Les affirmations de M. Droutsas ainsi que les miennes restent valables.

 

Et nous ne pensons pas qu’une évaluation objective, même rigoureuse, de la Turquie aura des conséquences négatives sur les pourparlers, vu notamment l’attitude de la Turquie qui, jusqu’à présent, n’a pas été du tout constructive.

 

Il n’y a pas d’indications de la part de la Turquie pouvant laisser croire que celle-ci changera d’attitude puisque son attitude jusqu’à présent n’a pas été du tout positive. Toutefois, il s’agit pour nous de deux processus indépendants. Mais si la Turquie veut véritablement aider elle-même, faciliter le règlement de ses obligations vis-à-vis de l’Union européenne concernant Chypre, elle pourra simplement contribuer de manière positive au règlement de la question chypriote.

 

Il y a un processus en cours et si ce processus avance de manière positive, toutes les autres questions seront réglées. Par conséquent, la balle, si vous  me le permettez, est dans le camp de la Turquie, c’est à elle de décider de l’évolution de la situation en décembre.

 

Nous informons – et je voudrais le souligner – tous nos partenaires. Nous pensons qu’il doit y avoir une décision européenne et dans un même temps, force est de signaler que les questions relevant de l’élargissement sont décidées au niveau intergouvernemental et Chypre se réserve le droit de procéder à des actions similaires, individuelles ou collectives en coopération avec nos autres amis et partenaires au sein de l’Union européenne, si une position commune satisfaite n’est pas adoptée, ce qui est d’ailleurs notre priorité.




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