Monsieur le Président,
Mes chers confrères,
Je souhaite plein succès aux travaux du Comité permanent Défense nationale et Affaires étrangères du Parlement.
Les travaux du Comité fournissent l’occasion de mener un dialogue fertile, une discussion substantielle et de coopérer sur toutes les questions relatives à l’action de notre pays sur la scène politique internationale. Ces travaux nous permettent de composer des points de vue, de rechercher un consensus, d'unir nos forces et de servir au mieux - tous ensemble - notre pays et ses objectifs.
La grande majorité des forces politiques du pays et l’écrasante majorité de la société grecque sont parvenues à s'accorder sur les principales orientations de la politique étrangère et cela constitue en soi un avantage fort pour notre pays. Il s’agit d’un chapitre important que nous voulons conserver.
La communication permanente d’informations, la coopération concrète et la recherche de consensus avec les forces politiques constitue l'objectif du gouvernement et du ministère des Affaires étrangères. Cet objectif sera poursuivi, tant dans le cadre de ce Comité, ou lors de l'Assemblée plénière du Parlement, que dans le cadre du Conseil de politique étrangère qui devrait se réunir lorsque les forces politiques seront prêtes.
Pour parvenir à valoriser les possibilités offertes et relever les défis, il faut être non seulement uni, mais pouvoir nous entendre et faire preuve de sensibilité. En raison de la nature même des questions et des développements, nous devons exercer notre politique avec réalisme, prudence et faire confiance aux forces de notre pays et au bien-fondé de nos arguments. Nous devons axer le dialogue sur l’essence de la politique. Nous devons maintenir le débat à un niveau élevé. Que ce soit dans cette salle, ou à l’extérieur de celle-ci.
Monsieur le Président,
Mes chers confrères,
Je commencerais par les développements dans la question du nom de l’ARYM. Le nouveau cycle des négociations dans le cadre de l’ONU a débuté la semaine passée à New York. Nous respectons pleinement la procédure. A cet égard, la Grèce adopte - comme elle le faisait d'ailleurs dans le passé - un esprit constructif et est porteuse d'un message clair, positif et compris des amis, alliés et partenaires.
Notre objectif demeure l’atteinte d’une solution mutuellement acceptable sur la base d’un nom composé. Nous avons prouvé notre bonne volonté et il faut que l’autre partie fasse les pas nécessaires dans ce sens.
En responsables que nous sommes, nous n'avons pas commenté publiquement le cadre d'idées confidentiel, tel que défini par le médiateur et soumis par M. Nimetz à New York, ce qui prouve notre volonté ferme de travailler pour une solution mutuellement acceptable. Nous respectons les efforts qu’il déploie.
Il est donc logique d’attendre sa visite à Athènes, dans les prochaines semaines, à une date qui sera définie par la voie diplomatique. Le processus de négociation se poursuit en vue d'une issue positive. Il est certain que ce processus est influencé par différents paramètres, comme l'évaluation de la candidature d’adhésion à l’OTAN du pays voisin. Nous avons affirmé clairement que des relations d’alliance ne peuvent être bâties lorsque des questions demeurent en suspens s’agissant des politiques de bon voisinage, lorsque l'intransigeance prévaut et que des politiques irrédentistes sont mises en avant.
Nous l’avons clairement affirmé : il ne s’agit pas d’une question d'ordre psychologique ou sentimental. Il s’agit d’une question politique par excellence. Une question d’application concrète des relations de bon voisinage. Une question de stabilité et de coopération régionales. Des conditions allant de soi pour la construction de toute relation d’alliance ou de partenariat étroit entre les Etats.
C’est exactement ce que mentionne la Commission européenne dans son rapport de suivi annuel concernant le pays voisin. Elle l’invite à consentir des efforts en vue de trouver une solution mutuellement acceptable à la question du nom. Elle associe la question aux relations de bon voisinage et à la coopération régionale, une question revêtant une importance capitale pour la progression du parcours d’adhésion du pays voisin. A cette occasion, j’aimerais ouvrir une parenthèse et dire que la Grèce ne se réjouit pas du rapport négatif de la Commission visant à définir une date d’ouverture des négociations d’adhésion. Mais il y a progrès lorsque les critères et modalités d’adhésion sont remplis. Nous aurions aimé que le pays voisin eût fait les pas nécessaires qui lui auraient permis de se voir définir une date d'ouverture, ce qui n'est malheureusement pas le cas encore.
Comme je vous l’ai déjà dit, notre message n’est pas seulement clair, il est aussi positif. Nous appelons Skopje à laisser derrière le passé, à abandonner la rhétorique anachronique, l’intransingeance, les politiques et les pratiques de tension. Nous l’invitons à construire, avec le soutien de la Grèce, un avenir de sécurité, de stabilité et de développement, un avenir véritablement européen.
Cet avenir ne peut être bâti que sur des fondements solides, comme la confiance mutuelle, les relations de bon voisinage, le règlement et non pas la perduration des problèmes. Le parcours de Skopje vers cet avenir, vers l’OTAN et l’Europe est la voie de la solution mutuellement acceptable à la question du nom sur la base d’une appellation composée.
L’objectif des résolutions y relatives du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations Unies et de l’Accord intermédiaire de 1995 est de parvenir à une solution et non pas de laisser perdurer cette question demeurée en suspens.
Nous entreprenons les actions nécessaires dans le cadre des Nations Unies. Nous avons fait preuve de notre volonté et sommes prêts à accepter une solution mutuellement acceptable. Tel est l’objectif de notre politique que nous suivons tout en maintenant les possibilités qui en découlent en notre qualité d’Etat membre de l’Union européenne et de l’OTAN.
Notre position est bien claire et nous l’avons fait connaître tous azimuts.
Chers collègues,
Notre position est comprise et respectée parce que nous l’avançons avec détermination. C’est une position cohérente qui promeut un objectif statégique ferme de la politique étrangère grecque : le soutien de la perspective européenne de tous les pays de notre région conformément à des conditions et des modalités bien précises. Mais sans des chèques en blanc.
Nous avons fait ce choix avec la conviction que la perspective européenne de notre région constitue la plus grande garantie pour un avenir de paix, de coopération et de développement dans l’Europe du Sud-est tout entière. Et nous avons prouvé de manière tangible que la Grèce veut et peut jouer un rôle de premier plan dans le rapprochement entre les pays de notre région et les institutions euro-atlantiques. Le fait que tous les gouvernements de la Grèce au cours des dernières années pratiquent avec constance et détermination cette politique est particulièrement important.
Ce parcours est axé sur l’accord de Théssalonique. Evaluant les nouvelles données, le gouvernement grec élabore de nouvelles idées et propositions qu’il soummetra à l’Union. Ces propositions pourraient donner un nouvel élan à l’ensemble de la région des Balkans occidentaux.
Pour pouvoir aspirer à cet avenir européen commun pour notre région, consolider la paix, la sécurité et créer des conditions de développement continuel, il faut trouver des solutions aux questions demeurées au suspens dans la région. Des solutions durables et stables.
Nous soutenons que c’est une solution comme celle-là qui doit être trouvée à la question du futur statut du Kosovo.
Force est de rappeler qu’au cours des derniers mois, dans cette même salle nous avons à maintes reprises abordé cette question face aux éventuels développements qui pourraient bientôt survenir. Nous continuons à soutenir une solution de stabilité qui permettrait aux deux parties de coexister. Nous soutenons que souvent les délais serrés et les calendriers artificiels ne contribuent pas à atteindre un certain degré de consensus.
Il est désormais clair que cette position est bien accueillie. Nous continuons de soutenir les efforts consentis par la communauté internationale en vue de rapprocher les deux parties.
Nous soulignons qu’il est nécessaire de parvenir à une solution qui serait conforme aux principes et aux valeurs européens et en faveur de la perspective européenne de la région. Il faut que cette solution soit dotée d’une légalisation internationale ce qui assurerait sa durabilité.
Les solutions stables et durables proviennent des positions et des objectifs clairs.
Monsieur le Président,
Chers collègues,
Ces mêmes positions et objectifs clairs définissent également notre politique vis-à-vis de la Turquie.
Le principe sur lequel est basé notre politique est bien clair : la pleine adhésion de la Turquie à l’Union européenne implique le plein respect des conditions et modalités définies par l’Union européenne, au niveau interne et externe.
Malheureusement, le rapport de la Commission européenne sur le parcours de la Turquie vers l’adhésion constate un manque de progrès pour ce qui est du respect des conditions et des modalités et bien entendu de la non-application du Protocole d’Ankara. La Commission souligne également l’importance des relations de bon voisinage avec des références bien claires au casus belli, considéré pour la première fois comme une menace. En outre, une mention est pour la première fois faite à la violation de l’espace aérien grec. Le Rapport de la Commission signale les domaines qui nécessitent davantage d’efforts de la part de la Turquie, à savoir le respect des droits de l’Homme, le renforcement des institutions démocratiques, le respect des libertés religieuses avec une référence particulière au Patriarcat œcuménique, aux droits des minorités. Nous espérons que le gouvernement turc fera preuve de sa volonté de donner un nouvel élan aux reformes relatives à ces questions ce qui rapprocherait la Turquie de l’Europe.
Au même titre, nous aspirons à l’amélioration continuelle de nos relations bilatérales, et ce, toujours sur la base du droit et des traités internationaux. Mon homologue, M. Babacan devrait effectuer une visite à Athènes, qui sera convenue par les deux parties et le Premier ministre devrait également visiter la Turquie.
Nous pensons – je l’ai à maintes reprises affirmé – qu’une fenêtre d’opportunité est aujourd’hui ouverte. Un environnement plus favorable aux efforts plus nombreux et plus substantiels pour le plein aplanissement de nos relations. Nous souhaitons approfondir le dialogue et donner un nouvel élan aux contacts exploratoires. Nous attendons que la Turquie fasse preuve de la même attitude en vue de profiter de ces nouvelles conditions ce qui serait dans l’intérêt de nos peuples pour ce qui est de leur sécurité et prospérité.
Il est bien normal que nous suivons avec une attention particulière les évolutions en Turquie du Sud-est et en Irak du Nord. Il s’agit d’une question particulièrement cruciale dans une région fragile de notre voisinage élargi. Comme vous le savez, la paix, la sécurité et le respect des principes du Droit international constituent les axes constants de notre politique étrangère. C’est sur la base de ces principes constants que nous essayons de contribuer-dans la mesure du possible - à la désescalade de cette situation préocuppante. Nous condamnons le terrorisme quelles que soient ses origines. Nous soutenons fermement le règlement pacifique des problèmes, la nécessité d’épuiser tous les moyens diplomatiques. La violence n’est pas une solution. Et nous soulignons que le respect de l’integrité territoriale, de la souveraineté et de l’indépendance d’un Etat est un principe fondamental du droit international, un principe qui ne peut être ni violé, ni négligé.
Chers collègues,
Il va de soi qu’on ne parviendra à la pleine normalisation des relations gréco-turques qu’à travers une solution juste, durable et fonctionnelle à la question chypriote. Nous continuons d’œuvrer en faveur de cet objectif en coopération étroite et continue avec le gouvernement chypriote. L’application dans les plus brefs délais de l’accord du 8 juillet 2006 est d’une importance majeure pour entreprendre de nouveaux efforts en faveur du règlement de la question chypriote sous l’égide des Nations Unies.
Malheureusement, l’obstructionnisme de la partie chypriote turque n’a pas permis l’application de cet accord jusqu’à présent, en dépit des efforts intenses et continus du gouvernement chypriote.
Des évolutions comme celles survenues au cours des derniers jours s’agissant du mémorandum conclu entre le Royaume Uni et la Turquie, ne contribuent pas aux efforts de règlement de la question, notamment à un moment critique pour la reprise des efforts en faveur du règlement. Toutefois, ces évolutions prouvent combien il est important de donner un nouvel élan à la question en vue de parvenir à une solution qui conduirait à la réunification de l’île de sorte que tous les habitants, chypriotes grecs et turcs aient un avenir européen commun de sécurité et de prospérité.
Monsieur le Président,
C’est sur une référence aux évolutions européennes que j’aimerais clore mon discours.
L’accord des Etats membres de l’Union sur le texte du Traité modificatif constitue sans aucun doute une évolution positive. Le Traité modificatif rend les institutions européennes plus efficaces et facilite considérablement le processus de prise des décisions.
Je voudrais ajouter également que l’accord des Etats de l’Union ouvre de nouvelles voies pour l’Europe qui peut enfin sortir de sa période d’introversion et de scepticisme. Cet accord nous permet de laisser derrière nous la discussion sur les questions institutionnelles et procédurales et d’aller de l’avant. Il nous donne l’opportunité de mettre l’accent sur la politique. L’essence de la politique, les vraies questions qui méritent l’attention et l’action de l’Europe. Des questions qui portent sur la concurrence et la cohésion sociale, l’énergie et la protection de l’environnement, la sécurité internationale et la participation de l’Europe aux évolutions internationales. Les générations futures de l’Europe nous jugerons sur la base de notre réussite ou de notre échec dans ces domaines. Aujourd’hui, nous avons l’occasion d’axer nos efforts sur ces domaines.
Il est particulièrement important de respecter le calendrier convenu, à savoir ratifer le Traité dans le courant de l’année 2008. On ne peut plus tarder. La Grèce continuera de jouer un rôle de premier plan dans cet effort. C’est pourquoi nous proposons au Parlement la ratification du Traité modificatif.
En outre, j’aimerais souligner que le processus de ratification peut donner un coup d’envoi au renforcement de l’idée d’une Europe sociale. L’occasion nous est offerte de rouvrir la discussion sur l’avenir de l’entreprise européenne, la manière dont l’Europe peut relever les grands défis poliques et le rôle que peut jouer notre pays dans ce parcours.
Nous avons tous la responsabilité d’impliquer tous les citoyens grecs au renforcement et au renouvellement de l’idée européenne et je pense que le Parlement hellénique peut et doit avoir une présence dynamique dans ce processus.
J’aimerais clore mon discours à cette première réunion du Comité des Affaires étrangères en soulignant à nouveau ma conviction que le dialogue et le consensus entre les forces poliques constituent un avantage de taille pour protéger les intérêts et réaliser les objectifs du pays. C’est pourquoi je compte sur une coopération substantielle et constructive avec chacun d’entre vous.
Merci.