Athènes, le 9 mai 2008
Journaliste : Sur la base de votre expérience d'Athènes 2004, pouvez-vous nous dire quels sont les avantages, mais aussi les inconvénients des Jeux olympiques?
Mme Bakoyannis : Permettez-moi tout d’abord de dire ma joie d’être à nouveau en Autriche – ce beau pays – et le Tyrol. La Grèce et l’Autriche entretiennent des relations politiques étroites et ont des échanges culturels très riches.
Le déroulement des Jeux Olympiques dans notre pays a été une expérience unique. Néanmoins, une telle entreprise comporte également des dangers, mais vous imaginez quelle aurait été la perte pour notre pays et son peuple si cette expérience n’avait pas eu lieu ?
Journaliste : Olympie a été ravagée par des incendies en 2007. Que fait le gouvernement pour éviter une nouvelle catastrophe ?
Mme Bakoyannis : Les incendies dévastateurs ont fait de nombreuses victimes et ont fortement endommagé la flore et la faune, mais aussi les infrastructures du pays. Cette plaie ne s’est pas encore cicatrisée. La principale leçon que nous avons tirée de cette tragédie était : nous ne pouvons affronter de telles menaces que si nous sommes unis.
Permettez-moi de souligner, une fois de plus, que nous sommes reconnaissants à l'Autriche, qui - avec d'autres pays - a envoyé de l'aide lors de ce moment difficile. En raison du changement climatique, les incendies de forêt constituent une nouvelle menace pour la prospérité de notre société. Que ce soit dans les montagnes autrichiennes ou les plages grecques, ce n'est qu'en déployant des efforts concertés que nous pourrons maîtriser cette menace.
Journaliste : La Grèce antique est considérée comme le berceau de la civilisation européenne. Est-ce que vos ancêtres auraient été satisfaits de l’UE ?
Mme Bakoyannis : La Grèce antique a jeté les bases de toutes les démocraties d’aujourd'hui. Cet héritage n’appartient pas exclusivement à la Grèce, mais au monde entier. Je suis sûre que non seulement nos ancêtres auraient été contents, mais aussi tous ceux qui défendent les idéaux démocratiques.
Cela signifie – face à des menaces comme le terrorisme – que nous devons consentir des efforts continus afin de préserver les idéaux démocratiques. Il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers. Tant que nous restons fidèles à nos idéaux et nos valeurs, nous réussirons, j’en suis certaine.
Journaliste : Quels enseignements l’Europe centrale et la région de la Méditerranée peuvent-elles attendre l’une de l’autre ?
Mme Bakoyannis : beaucoup je dirais. Il va sans dire que la compréhension et la tolérance sont nécessaires pour l’avenir commun des nations. Ce n'est qu'en tirant les leçons de nos erreurs que nous pourrons avancer.
Qui aurait pu s’attendre au siècle passé à ce qu'un continent comme le nôtre, qui avait été morcelé en raison des guerres, soit de nouveau uni à la fin de ce même siècle. Face à la guerre, les gouvernements d'Europe centrale ont décidé de coopérer activement en vue de créer l’environnement actuel de paix et de sécurité. C’est une leçon importante pour beaucoup en Méditerranée, pour tous ceux qui semblent être pris dans le cercle vicieux de la violence.
Journaliste : Vous représentez la Grèce dans le litige concernant l’appellation de l’ARYM (Ancienne République yougoslave de Macédoine). Pourquoi l’ARYM ne devrait-elle pas s’appeler « Macédoine » ?
Mme Bakoyannis : Le terme «Macédoine » a toujours déterminé une région géographique – dont 51% environ se trouve aujourd’hui en Grèce, 38% en ARYM et 9% en Bulgarie. Un pays à lui tout seul ne peut avoir le monopole d'un nom qui désigne une région tout entière. Cela ne peut en aucun cas contribuer à la stabilité dans la région et manifestement ne répond pas aux conditions posées par l’UE et l’OTAN dans le domaine des relations de bon voisinage.
La Grèce a fait plus de la moitié du chemin afin de pouvoir arriver à un compromis. Une appellation mutuellement acceptable préparerait la voie pour que le pays voisin réalise ses objectifs en ce qui concerne l'OTAN et l'UE. Dans le même temps, elle attesterait de la volonté de l'ARYM de normaliser ses relations avec la Grèce - pays voisin, important partenaire commercial et futur allié.
Journaliste : Verriez-vous volontiers la Turquie dans l’UE ?
Mme Bakoyannis : La Grèce a toujours été un fervent défenseur de la perspective européenne de la Turquie. Nous souhaitons voir une Turquie européenne et démocratique, puisque nos peuples sont destinés à vivre côte à côte. Il va sans dire que tout pays candidat remplissant les critères et les modalités définis par l’UE devra pouvoir adhérer en tant que pays membre. La Turquie est incontestablement avantagée par l’adhésion à l’UE. Elle devra toutefois encore consentir de nombreux efforts, notamment dans le domaine des institutions et de la liberté religieuse.
Journaliste : Voudriez-vous devenir la première femme à la tête du gouvernement ?
Mme Bakoyannis : J’ai toujours pensé que dans la vie professionnelle être un homme ou une femme n’avait pas d’importance. A la fin, nous sommes tous jugés pareil - en fonction de nos actions, de notre œuvre et de l'honnêteté avec laquelle nous défendons notre système de valeurs et notre vision politique. Mon travail en tant que ministre des Affaires étrangères n'est pas encore terminé. Cela étant, nous avons un Premier ministre jeune, compétent et dynamique, qui travaille dur et réussit.