Athènes, le 11 février 2008
JOURNALISTE : Cette semaine est une semaine riche en développements pour ce qui est des questions de politique étrangère. Mme Dora Bakoyannis est en déplacement à Washington où elle rencontrera Condoleezza Rice. Toutefois, le ministre des Affaires étrangères de l’ARYM aura également des entretiens, il semblerait donc que nous allons subir certaines pressions. Le porte parole du ministère des Affaires étrangères, M. Georges Koumoutsakos est en ligne. Monsieur Koumoutsakos bonjour.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Bonjour et bonne semaine.
JOURNALISTE : Le Sous-secrétaire d’Etat américain, M. Daniel Fried a déclaré que les différends qui nous opposent à l'ARYM ne devraient pas constituer un obstacle aux aspirations de notre pays voisin d'adhérer aux institutions euro-atlantiques. Est-ce que cela laisse présager des pressions ?
M. G. KOUMOUTSAKOS: La position de M. Fried n’est pas surprenante. C’est une position américaine, qui, de quelque manière que ce soit, a été répétée dernièrement. Certes, nous devons toutefois dire que les Américains affirment en même temps - et je pense qu'ils sont sincères - que les deux parties doivent parvenir à un règlement mutuellement acceptable. Tel est notre objectif. C’est ce à quoi nous aspirons. Nous nous rendons à Washington, forts de nos arguments et de notre politique.
JOURNALISTE : Toutefois, Mme Bakoyannis sera confrontée à une tâche difficile lors de sa rencontre avec Mme Rice, compte tenu du fait que les Etats-Unis estiment que la question pendante du nom ne doit pas constituer une entrave à l'adhésion de l'ARYM à l'OTAN. C’est donc une tâche très difficile pour la diplomatie grecque.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Jamais la négociation et le processus visant à parvenir à une solution – question qui dure depuis 15 ans - n'ont été faciles. L’attitude obstinée du gouvernement de Skopje rend cette négociation déjà difficile encore plus difficile. Mais c’est une chose dont nous tenons compte.
JOURNALISTE : Comme l’a affirmé Mme Bakoyannis, nous nous trouvons en phase finale, l’heure de la vérité a donc sonné.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Nous nous trouvons indubitablement dans une étape cruciale, mais permettez-moi de dire quelque chose : ces dernières années, nous constatons que la communauté internationale manifeste un réel intérêt à l’égard de cette question, qui avait été mise aux oubliettes. Nous pensons que cette mobilité est utile. Car l’inertie avait créé les conditions pour que cette question «gangrène». Cela n’était pas positif pour nos intérêts.
Il y a donc une mobilité. Forte de ses arguments, la Grèce fera tout ce qui est en son pouvoir pour parvenir à un règlement mutuellement acceptable, afin que cette question soit réglée et que nous puissions regarder l’avenir. Ce que le gouvernement de Skopje ne fait pas.
JOURNALISTE : Il devrait, M. Koumoutsakos, car ce que dit Skopje et l'argument qui est avancé sur la scène internationale est que l'indépendance du Kosovo créera des dangers; ce qui signifie que la diplomatie grecque devra s’évertuer à trouver la meilleure solution possible.
M. G. KOUMOUTSAKOS : La nécessité de garantir la stabilité régionale est un argument en faveur de la position grecque qui recherche une solution immédiate au problème et non un argument en faveur de la perpétuation du problème. La perpétuation des problèmes – ce que recherche l’autre partie – renforce les tensions, l’instabilité et l’insécurité.
JOURNALISTE : Il ne fait aucun doute que nous ferons de notre mieux, comme vous avez dit, mais simplement je ne sais pas quel sera l'impact de nos actions. J’ai lu que M. Cervenkovski a fait un discours hier à Munich et a été applaudi, n'est-ce pas? Je veux dire par là que la popularité de nos arguments n’a pas changé pour le meilleur.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Cette affaire n’a jamais été une affaire facile et elle devient encore plus difficile en raison de la position de nos interlocuteurs. Nous croyons en nos arguments et notre objectif, à savoir la résolution de la question. Cela ne peut être substitué par une logique visant à laisser perdurer les problèmes, une logique diffusée par Skopje qui remonte plutôt au siècle passé- le 20e siècle -, voire au précédent - le 19e siècle – et son nationalisme fort.
JOURNALISTE : Monsieur Koumoutsakos, j’aimerais rentrer dans le vif des négociations et vous poser une question : vous avez dit que « ce que veut la Grèce est une appellation internationale de l’ARYM pour tous les Etats au niveau international ».
M. G. KOUMOUTSAKOS : Nous voulons une appellation pour tous. Nous entendons par nom international pour tous, un nom qui ne donnerait lieu à aucun malentendu quant à son sens.
JOURNALISTE : Est-ce que cela signifie que la condition sine qua non doit être le changement du nom constitutionnel de l'ARYM?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Plus la solution sera claire, plus cela sera dans l'intérêt du règlement de la question. Nous demandons des solutions claires. Plus la solution est claire, plus cela est dans l’intérêt du règlement de cette question qui perdure.
JOURNALISTE : Cela est bien juste, mais cette « solution claire » inclut-elle la question du nom constitutionnel ? Et si je dis cela c’est parce que nous avons des Etats, comme les Etats-Unis en fait, qui ont d’ores et déjà reconnu Skopje sous son nom constitutionnel.
M. G. KOUMOUTSAKOS : A ce stade, j'aimerais dire que l'on ne peut concevoir une solution qui compliquerait davantage les choses plus qu'elle ne les règlerait. C’est pourquoi, nous soutenons les solutions claires. Qu’est-ce qu’une solution claire ? Nous avons d’ores et déjà présenté notre position et toute la discussion aura lieu à ce sujet. Nous espérons que l’autre partie réalisera qu’elle a tout à gagner d’une solution mutuellement acceptable.
Permettez-moi d’ajouter à ce stade que notre pays voisin a dépensé d’énormes sommes dans des campagnes afin d’attirer les investissements. Ces campagnes ont duré des mois. Des millions de dollars ont été dépensés. Et quels ont été les résultats de cette campagne coûteuse ? Il y a eu encore des investissements grecs pour l’essentiel.
La conclusion est que les bénéfices à tirer d’une telle solution sont énormes, tout d’abord pour nos voisins. Ils doivent le comprendre.
JOURNALISTE : Mais il semblerait qu’ils aient d'autres priorités. La contre-proposition qui pourrait nous être faite et qui pourrait apparaître comme un compromis de leur part, est un nom composé qui serait utilisé aux organisations internationales et le nom «Macédoine» qui serait utilisé pour les relations bilatérales interétatiques. Pour ne pas parler des scénarios sur une triple appellation qui circulent.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je comprends tout cet intérêt. Cela est logique. Mais je ne peux entrer dans une discussion sur des scénarios hypothétiques. Nous avons dit ce que nous souhaitions. Nous allons négocier avec un sentiment de confiance, car ce que nous demandons est en faveur de la stabilité de la région.
Nous ne menaçons personne. Notre objectif n’est pas que le pays voisin n’adhère pas à l’OTAN et à l’Union européenne. Bien au contraire, nous voulons qu’il y adhère. Mais nous affirmons que pour y adhérer, il devra y avoir des bases solides. Sans bases solides, les relations d’alliance ne sont pas possibles.
JOURNALISTE : Appelons les choses par leur nom, nous y allons en fait avec notre droit de veto.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Skopje présente cela comme une tentative de menace de notre part. J’ai déjà dit que la Grèce ne menace pas. Nous voulons des solutions. D’un autre côté il est logique que s’il ne peut y avoir une solution à un problème qui concerne les relations de bon voisinage entre un pays membre et un pays aspirant à devenir membre de l'OTAN, il ne peut tout simplement y avoir une relation d’alliance. Cela est tout à fait logique.
JOURNALISTE : Il est clair, en tout cas, que dans cette négociation la rencontre entre Mme Bakoyannis et Mme Rice à Washington est d’une importance capitale.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Cela ne fait aucun doute.
JOURNALISTE : M. Bush arrive à la fin de son mandat, ce qui signifie qu’il n'est pas confronté à de nouvelles élections et qu’il ne paie pas vraiment attention aux coûts politiques, est-ce que cela créée des difficultés pour nos négociations ?
M. G. KOUMOUTSAKOS: Tous les facteurs sont pris en compte.
JOURNALISTE: Nous avons les élections à Chypre dimanche, mais je crains que vous n’adoptiez une attitude si neutre - et vous le faites bien - qu'il n'y ait pas lieu d'aborder cette question maintenant.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Oui tout à fait. Si vous voulez, nous pourrons aborder la question chypriote après les élections. Mais jamais nous ne parlerons des résultats des élections. Le peuple chypriote s’exprimera librement et élira son dirigeant en toute liberté.
JOURNALISTE : Je vous remercie beaucoup.