Athènes, le 31 octobre 2007
Monsieur l’ambassadeur du Portugal en Grèce,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Le Forum des Ambassadeurs est une nouvelle initiative de communication et de débat public sur les questions relevant de la politique étrangère entreprise par le ministère des Affaires étrangères.
Il est vrai que de nos jours la vie internationale a beaucoup changé, de façon aussi radicale que rapide. Bon nombre de choses ont changé dans la manière dont les relations internationales, la politique étrangère et la diplomatie sont exercées.
Toutefois, certains éléments fondamentaux demeurent immuables dans le temps. Le dialogue, l’échange de vues et d’arguments, l’effort afin de parvenir à un point d’entente ont toujours constitué le cœur, le noyau de la diplomatie.
La communication – la vraie – permet de dégager des consensus, de construire des ponts et de promouvoir des coopérations. Des coopérations qui revêtent une importance cruciale, notamment dans l’environnement international contemporain caractérisé par des défis et des menaces communs à tous : changement climatique, lutte contre le terrorisme international, prolifération des armes de destruction massive, lutte contre la pauvreté et garantie du développement durable.
Ces problèmes ne connaissent pas de frontières. Ils nécessitent un consensus. Ils nécessitent des efforts communs.
Et ces problèmes ne concernent pas seulement les gouvernements et les dirigeants ou encore les professionnels de la politique étrangère et de la diplomatie. Ils concernent avant tout les peuples.
A notre époque, participer de la façon la plus élargie qui soit à la problématique que posent les défis et envisager ces défis de concert n’est pas seulement une utilité, c’est un impératif.
C’est seulement à travers le dialogue démocratique et sérieux que nous pourrons mieux comprendre les choix politiques, les décisions politiques nécessaires et les actions qui doivent être prises. C’est ainsi que nous pourrons augmenter et renforcer nos chances de succès en relevant les défis d’aujourd’hui.
C’est d’ailleurs ce que nous enseigne la démocratie athénienne.
Comme Eleftherios Venizelos disait en citant Périclès dans l’oraison funèbre :
«Nous (Athéniens) sommes les seuls qui considérions le citoyen étranger aux affaires publiques, non comme un être de loisir, mais comme un être inutile. [...]
Nous ne croyons pas que les discours nuisent aux actions, mais ce qui nous paraît nuisible, c'est de ne pas s'instruire d'avance par le discours de ce qu'il nous faut exécuter ».
Et de continuer.
«Nous savons tout à la fois faire preuve d’une audace extrême et n’entreprendre rien qu’après mure réflexion…»
Cette formule caractérise notre politique étrangère.
La politique étrangère de la Grèce est dictée par une logique de recherche de consensus et de coopération. Une logique de résolution des problèmes par des moyens mutuellement acceptables.
Nous sommes profondément convaincus que persister sur la voie de l’intransigeance est non seulement stérile et contre-productif, mais aussi laisse perdurer des questions préjudiciables qui sont source de sérieux problèmes.
D’ailleurs la Grèce, qui est l’un des plus anciens membres de l’Union européenne, sait combien il est important de travailler de façon constructive pour parvenir à un terrain d’entente et à un consensus. C’est la seule façon de forger la solidarité entre partenaires et alliés. Nous le savons également car nous sommes l’un des plus anciens membres de l’OTAN. Le plus ancien de notre région.
C’est exactement de cette politique - basée sur le dialogue, la recherche de solutions communément acceptables et les relations de bon voisinage - dont la région des Balkans occidentaux a aujourd’hui besoin. Une région qui est à nouveau confrontée à des problèmes graves pour le présent et l'avenir. Pour l’essentiel, le dialogue est aussi négociation. Mais les négociations ne doivent pas être menées seulement pour le dialogue lui-même ».
L’éminent diplomate grec, Vyronas Theodoropoulos, a écrit :
«La négociation est un dialogue qui, dès le départ, poursuit un objectif précis. A savoir aboutir à un arrangement particulier – écrit ou verbal – qui soit contraignant du point de vue politique et juridique».
L’attitude que l’on adopte en arrivant à la table des négociations est d'une importance particulière. Est-ce en proclamant son intransigeance ferme ? Ou en faisant preuve d'esprit constructif et en exprimant des positions claires pour un meilleur avenir?
J'énumèrerais ici les conseils que l’on pourrait prodiguer à tout négociateur débutant.
« - Ecouter attentivement les positions et les message de son interlocuteur.
- Rechercher les points d’entente possibles.
- Ne pas oublier que plus on parvient vite à une solution équitable et communément acceptable, plus elle acquiert de valeur.
- Le temps est un élément crucial en politique et le retard excessif est considéré comme une sorte d’échec et n’est pas dans l'intérêt du négociateur débutant.
- Il faut toujours traiter les interlocuteurs de l'autre partie avec courtoisie et décence. - Ne pas les irriter sans raison.
-Ne pas se laisser emporter par la volonté vaine de triompher, tout en mettant à mal l’autre partie.
- Mais avant tout, ne pas perdre son sang froid »
Tout commentaire me paraît superflu.
Ce texte a été écrit au début du 15e siècle, par Bernard de Rosier, ambassadeur de la France au Royaume de Castille.
Cette voix de l’expérience et de la sagesse qui date des temps les plus reculés est aujourd’hui plus actuelle que jamais. Elle montre qu'en diplomatie certaines vérités demeurent inaltérées par le temps.
C’est sur ces pensées que je laisse la parole à l’invité d’aujourd’hui du Forum des Ambassadeurs et du ministère grec des Affaires étrangères, l’Ambassadeur du Portugal, un pays ami.
Je suis sûre que la discussion qui suivra sera intéressante.
Je vous remercie.