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Athènes, le 10 décembre 2009

 

M. PAÏKOS : Le Conseil européen commence. Aujourd’hui, le Premier ministre, M. Papandréou se déplacera à Bruxelles tandis que le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Droutsas est déjà à Bruxelles, depuis hier, à l’occasion du Conseil des ministres des Affaires étrangères. Monsieur le ministre, bonjour.

 

M. DROUTSAS : Bonjour, messieurs et bonjour aussi à vous chers auditeurs.

 

M. KOTTAKIS : Bonjour. La négociation a été difficile. Je crois qu’avant-hier M. Miliband vous a dit « vous me parlez encore ? ». Est-ce que tout ce qui est dit dans la presse est vrai ?

 

M. DROUTSAS : Oui, c’est à peu près cela. Je ne vous cache pas que ce conseil a été particulièrement difficile et les négociations ont été dures.

 

M. PAÏKOS : Les négociations ont-elles été dures pour ce qui est du volet de l’ARYM, à savoir les préparatifs, autrement dit qu’il n’y ait pas de date ou bien sur le volet des questions relatives à la Turquie à l’égard desquelles nous n’avons pas assez  insisté ?

 

M. DROUTSAS : Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Je dirais que ces deux questions étaient inscrites à l’ordre du jour. Les négociations ont été particulièrement dures s’agissant tout aussi bien de la question de Skopje que de celle de la Turquie. Pour ce qui est de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, force est de souligner que la présidence a effectivement déployé des efforts pour tenter de définir une date pour l’ouverture des négociations d’adhésion.

 

M. PAÏKOS : Pour le mois de mars.

 

M. DROUTSAS : Non, initialement la présidence voulait donner une date très proche.

 

M. PAÏKOS : C’est cela.

 

M. DROUTSAS : Nous avons rapidement réagi. Nous avons rappelé la ligne que nous avons proclamée dès les premiers instants, à savoir que les négociations d’adhésion avec Skopje ne pouvaient être ouvertes que si la question du nom était préalablement réglée. Nous avons été clairs là-dessus.

 

Nous avons empêché que ces efforts soient déployés, nous avons noté avec clarté que le règlement de la question du nom était un élément indispensable. Et je crois que nous pouvons être satisfaits car nous avons évité que ces efforts soient déployés et nous avons clairement dit quelle était notre position.

 

M. PAÏKOS : Cela est aussi valable pour la référence au mois de mars pour la présidence espagnole.

 

M. KOTTAKIS : Monsieur, le ministre, pour Skopje ça va mais s’agissant de la Turquie à l’égard de laquelle des allusions au sujet d’un veto avaient été faites, les évolutions n’ont pas été les mêmes. Autrement dit, la Turquie a franchi l’étape de décembre sans se  heurter à une opposition particulière – ce que vous pouvez bien entendu démentir – tant de la part de la Grèce que de Chypre.

 

M. DROUTSAS : Avant d’aborder la question de la Turquie, permettez-moi de faire une clarification additionnelle concernant la question de Skopje, car il a été affirmé, vous-mêmes avez parlé de la date de mars. Dans un deuxième lieu, la présidence a essayé de fixer une date, le mois de mars, où sera fixée la date d’ouverture des négociations avec Skopje. Et nous avons réussi à éviter cela.

 

M. PAÏKOS : Effectivement.

 

M. DROUTSAS : Nous avons tout simplement dit – car cela est également dans notre intérêt –  que la question de l’ouverture des négociations avec Skopje, serait réexaminée au cours de la prochaine présidence, la présidence espagnole. Pourquoi cela est également dans notre intérêt ? Car des pressions seront exercées – ou si vous voulez je peux utiliser un mot ayant une connotation plus positive – cela incitera Skopje à se présenter à la table des négociations menées sous l’égide des Nations Unies, et à adopter une attitude plus positive en vue de régler cette question.

 

Car nous voulons régler cette question mais, je le souligne, nous avons une ligne rouge nationale, une position de négociation à laquelle nous n’avons pas l’intention de renoncer. Je voudrais clarifier cela pour éviter tout malentendu.

 

M. PAÏKOS : Oui, vous faites bien.

 

M. KOTTAKIS : Je voudrais poser encore une question concernant la Turquie. M. Erdogan s’est rendu hier aux Etats-Unis et s’est entretenu avec le Président Obama ; pourquoi a-t-il été virulent à notre égard au sujet des musulmans de Thrace alors que nous évaluons son comportement à l’égard de questions relatives aux minorités et aux droits de l’homme ?

 

En dépit de cela, nous continuons à ne pas entraver le parcours d’adhésion, pour ce qui est au moins des conclusions de la session « Affaires génales ».

 

M. DROUTSAS : Tout d’abord, permettez-moi, de clarifier la question relative à la référence faite par M. Erdogan à la minorité musulmane à Thrace. Je crois que notre réponse est directe et le Premier ministre lui-même dans le cadre du Conseil ministériel de l’OSCE à Athènes, lors de la conférence de presse, a eu l’occasion de le souligner d’une manière claire ce que j’ai aussi fait avant-hier lors de la conférence de presse que j’avais donnée. J’’ai immédiatement répondu à cette question pour mettre un point final à cette histoire.

 

M. KOTTAKIS : Et, vous avez bien fait.

 

M. DROUTSAS : La Turquie et tout haut-fonctionnaire turc peuvent bien entendu dire tout ce qu’ils veulent. Mais nous avons dit clairement que nous ne discuterons pas des questions relatives à la minorité musulmane et par conséquent des questions concernant des citoyens grecs, avec des gouvernements tiers. Il s’agit d’une position bien claire et nous l’avons, à maintes reprises, affirmé. Je souligne que la Turquie peut dire tout ce qu’elle veut. Toutefois, la Grèce et le peuple grec doivent écouter ce que le gouvernement grec dit car celui-ci est bien clair sur cette question.

 

M. PAÏKOS : Oui les positions officielles de la Grèce.

 

M. KOTTAKIS : C’est exact.

 

M. DROUTSAS :  Maintenant, pour ce qui est du parcours d’adhésion de la Turquie, le Conseil et les négociations menées au sein de celui-ci, il faut rappeler qu’il y a tout un historique, il  y a des travaux préparatoires lorsque des questions de ce genre sont soumises à la table des négociations.

 

Comme nous l’avons, à maintes reprises, souligné concernant Skopje aussi, cette présidence a des positions à l’opposé de celles de la Grèce. 

 

M. PAÏKOS : C’est exact.

 

M. DROUTSAS : Et cette question nous devons la prendre en compte. Pourquoi dis-je que nous pouvons être satisfaits des résultats de nos négociations concernant la question de la Turquie  lors du dernier Conseil?  Car, tout d’abord, nous avons évité à ce que les propositions très négatives formulées depuis très longtemps, je le souligne, avant même la prise des fonctions du nouveau gouvernement, soient adoptées.

 

M. PAÏKOS : Par exemple ?

 

M. KOTTAKIS : Parlez- vous de la phrase relative aux différends bilatéraux 

 

M. DROUTSAS : C’est exact. La Présidence et bon nombre d’Etats membres soutenaient – je ne dirais aucun nom, cela n’est pas dans nos habitudes de donner des noms de pays – et avaient affirmé clairement que les problèmes bilatéraux ne devaient constituer une entrave au processus d’adhésion d’un pays candidat, quel qu’il soit.

 

M. PAÏKOS : En effet.

 

M. DROUTSAS : Pour nous, vous comprenez bien que cela est inacceptable. Cela constituait un grand risque pour la Grèce et Chypre s’agissant de nos intérêts nationaux et la grande belle réussite était – en dépit des pressions existantes – d’enlever cet élément du texte des conclusions.

 

M. PAÏKOS : Et c’est effectivement ce qui s’est passé.

 

M. D. DROUTSAS : Oui et cela est important, nous ne devons pas l’oublier.

 

M. PAÏKOS : La Turquie s’est plainte au sujet des conclusions du sommet, sur ce point très précisément.

 

M. KOTTAKIS : Cela montre bien que ça a été pour nous

 

M. PAÏKOS : Est-ce que cela a été pour nous ?

 

M. D. DROUTSAS : Ecoutez je pense que nous pouvons mettre en avant cet élément à titre indicatif, mais je pense en toute objectivité que les conclusions sont dans notre intérêt. Mais permettez-moi de mentionner deux événements, vu que la discussion para-politique plaît bien en Grèce. Deux événements qui, à mon sens, montrent que certains ont été dérangés par ces conclusions.

 

Premièrement, vous avez dit que la Turquie elle-même avait réagi en procédant à des communiqués négatifs dans lesquels elle exprime sa déception quant à la phraséologique et à la sévérité des conclusions.

 

Mais j’aimerais mentionner un autre fait, à savoir que mon collègue britannique, le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni n’était pas présent lors de la rencontre finale, lorsque, après des négociations ardues, nous avons abouti à un compromis qui a été saluée par tous à postériori. Le ministre britannique des Affaires étrangères a préféré ne pas se présenter pour ne pas avoir à ratifier les conclusions.

 

M. PAÏKOS : Vous avez vu, vous n’avez pas pu vous empêcher de donner des noms de pays.

 

M. D. DROUTSAS : Ecoutez, s’agissant de questions déjà connues, je pense que nous pouvons faire exception à la règle.

 

M. PAÏKOS : Bien entendu.

 

M. KOTTAKIS : Monsieur le ministre, nous aimerions votre avis car Vassilis et moi ne sommes pas d’accord. Nous discutions tout à l’heure de l’opinion de M. Papandréou, à savoir que la dette publique sape, menace la souveraineté nationale et je disais que cette position pouvait être valable, mais elle ne doit pas être dite par le Premier ministre lui-même. Ce qu’il a dit était assez audacieux. Est-ce que M. Païkos a raison de faire de l’opposition ?

 

M. PAÏKOS : Je pense que cela était audacieux, mais dans le sens que cela était audacieux pour le Premier ministre et bien entendu il avait raison.

 

M. D. DROUTSAS : Permettez-moi de ne pas participer à votre bras-de-fer personnel, mais je dirais néanmoins que la grande majorité du peuple grec a, à mon sens, donné un vote de confiance à ce gouvernement, car il attend de ce gouvernement des propos et des actes audacieux, des propos clairs, qu’il dise les mots par leur nom, que nous n’hésitions pas à voir les questions de manière ouverte et claire et que nous prenions les décisions qui s’imposent.

 

Dans ce contexte, je crois que le Premier ministre lui-même doit dire la vérité au peuple grec, parler franchement et dire la situation telle qu’elle est. C’est, je pense, ce que M. le Premier ministre a fait.

 

M. PAÏKOS : Je saisis cette occasion, M. le ministre, avant de vous remercier pour vous demander si vous avez constaté lors des négociations que vous menez, pas seulement lors de ces trois jours, mais de manière plus générale, que notre chapitre diplomatique s’est quelque peu rétréci en raison justement du malaise économique prévalant et des transactions que nous avons avec les Européens sur le plan économique.

 

M. D. DROUTSAS : Ici, M. Païkos et M. Kottakis, je parlerais très clairement et je dirais que la situation économique prévalant dans le pays ne facilite pas les choses et nos actions sur le plan de la politique étrangère. Toute personne dotée de raison le sait et le comprend.

 

M. PAÏKOS : En effet.

 

M. D. DROUTSAS : J’aimerais dire que dès les premiers instants, ce gouvernement a dit que nous mèneront une politique étrangère agressive, dans le bon sens du terme, bien évidemment, par le biais d’initiatives afin de conférer de nouveau à la Grèce la voix qu’elle mérite, que nous montrions la voie à suivre en matière de politique étrangère. C’est pourquoi nous pouvons parler de politique agressive faite d’initiatives.

 

Et j’aimerais dire que les conclusions du dernier Conseil, avec ces deux questions très importantes pour la Grèce, ont montré que nous étions sur la bonne voie et que non seulement les positions de la Grèce sont comprises, mais aussi que nos partenaires voient que le gouvernement prend les choses en main et donne le cap à suivre. Je pense que cela est un élément très positif.




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