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Athènes, le 6 février 2008

 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

 

Je vous souhaite la bienvenue au ministère des Affaires étrangères.

 

J’aimerais remercier nos éminents interlocuteurs pour avoir répondu à notre invitation. Cette manifestation d’aujourd'hui est motivée par la publication de l'UNICEF sur le trafic d’enfants dans le monde : l’aspect le plus dur et le plus répugnant d’un problème mondial. Un problème que l'on ne peut relativiser. Un problème qui porte fatalement atteinte à la civilisation et à l’existence humaine. Un problème qui sape la sécurité, le développement et les droits de l'homme dans le monde entier.

 

Force est de souligner que le trafic d’êtres humains fait un très grand nombre de victimes, environ 2.000.000 de personnes par an. Aussi une récente étude effectuée par l’ONU sur un échantillon mondial de 40 groupes criminels a-t-elle montré que le trafic d’êtres humains était corrélé à d’autres activités illégales de la criminalité organisée. Notamment le trafic d’armes et de stupéfiants. Le trafic constitue aujourd’hui la troisième source de revenu du crime international organisé, avec des gains supérieurs à 31 milliards de dollars par an.   

 

Mais le problème est plus profond. Il va au-delà de cette redistribution des revenus provenant du crime organisé, puisqu'une partie des fonds sont blanchis et réinvestis dans des activités économiques légales, comme le tourisme, les bureaux de placement, l'agriculture, les loisirs, etc. Ce qui rend difficile le démantèlement de réseaux et intensifie le problème. Car plus ceux qui s’enrichissent du trafic sont nombreux, plus la tolérance et le silence sont grands : en d'autres termes plus la complicité est grande.

 

Et tandis que ceux qui gagnent réellement beaucoup dans toute cette histoire sont peu, nombreux sont ceux qui en font les frais. Non seulement les victimes, mais aussi les Etats. En effet, lutter contre le trafic implique la mise à disposition de fonds importants. Cela implique aussi des efforts coordonnés et systématiques de la communauté internationale dans son ensemble. En ce qui concerne les pays en développement notamment, le trafic d’êtres humains vient s’ajouter à la longue liste de problèmes vitaux, comme la pauvreté, l’illettrisme, le SIDA et autres pandémies, les conflits armés et les régimes totalitaires. 

 

Et si cette situation est si complexe et difficile à envisager s’agissant de victimes adultes, on peut facilement s’imaginer combien la menace est grande lorsqu’il s’agit d’enfants. L’UNICEF évalue à 1,2 millions le nombre d’enfants victimes de trafic, dont la principale forme est l'exploitation sexuelle, le travail forcé et la mendicité.

 

Contrairement aux adultes, il est plus facile pour un enfant de devenir victime. Notamment lorsque – et cela est souvent le cas – les bourreaux proviennent de l’environnement familial et lorsque la victimisation a lieu à un très jeune âge.  Les enfants n’ont pas pleinement conscience des dangers. Par exemple, ils connaissent moins bien les maladies sexuellement transmissibles, comment se protéger contre ces maladies ou encore l'usage de substances. Toutefois, les conséquences sur la santé mentale de l’enfant sont bien plus grandes que chez les adultes.

 

Si l’on se base sur les informations disponibles concernant le trafic de femmes, la situation pourrait très probablement s’empirer à l’avenir. L’expérience a jusqu’à présent montré que le nombre de femmes victimes devenues par la suite bourreaux était en augmentation ; ces femmes qui, en échange, de meilleures conditions de vie recrutent de nouvelles victimes. Ce serait un véritable cauchemar pour notre société, notre culture, la démocratie et les droits de l'homme si le trafic d'enfants reposait à un moment donné sur des enfants devenus à la fois victimes et bourreaux. En d’autres termes, voir l’avenir hypothéquer l’avenir. De plus la grande question est de savoir comment gérer pénalement et socialement des affaires de victimes – bourreaux.   

 

Chers amis,

 

La publication présentée aujourd’hui atteste de la dimension mondiale du trafic d'enfants : combien d’enfants et de pays sont touchés par ce problème. Et plus encore : combien d’efforts sont nécessaires pour empêcher que les réseaux de trafic soient toujours en avance sur les dispositifs de prévention et de répression internationaux et nationaux.

 

Notre pays et le ministère des Affaires étrangères se sont mobilisés – au niveau national et international - aux côtés de ceux qui luttent contre ce problème. Notre intérêt et nos actions s'articulent autour de trois axes directeurs : La prévention, la protection des victimes et la répression des pratiques criminelles.

 

Le Plan d’action national pour la lutte contre le trafic, auquel participe le ministère des Affaires étrangères, fête cette année son quatrième anniversaire. Nous avons d'ores et déjà accumulé une solide expérience grâce aux efforts et actions consentis à tous les niveaux : national, régional et international.

 

Le ministère des Affaires étrangères a plus particulièrement contribué :

 

Au renforcement de la coopération transfrontalière :

Par le biais d'accords bilatéraux, de contacts permanents avec les ambassades et une coopération étroite avec des organisations internationales.

 

A la prévention et à la répression de ce phénomène :

Par le biais d’actions au développement dans des pays tiers, du financement de programmes pour le soutien des victimes ainsi que de campagnes d’information et de sensibilisation.

 

En plus de ces actions générales et en ce qui concerne plus particulièrement les enfants, le programme TACT-(Action transnationale contre le trafic d’enfants) est mis en œuvre en coopération avec la Grèce et l’Albanie.

 

Les principaux points de ce programme sont les suivants :

 

Premièrement, son objet : les enfants et les mineurs.

 

Deuxièmement, sa dimension interétatique qui est renforcée par l’accord bilatéral signé entre la Grèce et l’Albanie portant sur l’assistance, la protection et le rapatriement humanitaire d’enfants victimes de vente et de trafic.

L’accord garantit tout d’abord le cadre légal de la mise en œuvre des actions à long terme. Dans un même temps, il exprime la volonté des deux pays d'affronter les problèmes en commun. Les actions de ce programme comprennent, entre autres, une enquête sociale publique, la détection et l’identification des victimes, la création de cellules d’accueil et d’hébergement, l’intégration sociale et familiale des victimes.

 

Troisièmement, le financement multilatéral et le transfert d’expérience et de connaissances, grâce à la coopération d’Hellenic AID, d’USAID, d’UNICEF et autres donateurs internationaux ainsi qu’organisations des deux pays.

 

L’objectif est d'appliquer ce modèle de coopération interétatique à d'autres pays. 

 

Chers amis,

 

La principale conclusion de la publication de l’UNICEF est que malgré toutes ces bonnes pratiques et initiatives, nous ne devons pas relâcher notre vigilance. Jamais toutes les actions entreprises ne pourront suffire, lorsque l’exploitation de l’homme par l’homme se poursuit et qui plus est lorsque les jeunes enfants en sont les victimes. Nous ne pouvons ni avoir la conscience tranquille, ni être fiers de notre civilisation. 

 

Le ministère des Affaires étrangères et moi-même soutenons toute initiative visant à garantir la liberté et la perspective d’avenir des hommes, aujourd’hui et demain.

 

J’aimerais remercier vivement le Président du Comité grec de l’UNICEF, M. Lambros Kanellopoulos, qui a eu l’initiative de cette coopération. Notre objectif est commun : garantir un meilleur avenir, un avenir plus sûr pour les enfants du monde entier.

 

Je vous remercie.





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