Athènes, le 30 avril 2008
Titre : « Au nom d’un avenir commun »
A la suite du Sommet de l’OTAN à Bucarest où s’est tenue une réunion d’importance majeure – et sans précédent en terme de participation – pour la sécurité régionale et internationale, une question importante demeure irrésolue : l’invitation de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine à adhérer à la famille atlantique.
Tous les membres de l’OTAN, y compris la Grèce, attendent avec intérêt le jour où l’ARYM sera invitée à adhérer à l’Alliance puisque nous pensons que cela viendra renforcer davantage la sécurité régionale. Un tel résultat serait particulièrement important pour la Grèce, en raison de la proximité géographique des deux pays et des liens traditionnels qui les unissent.
Toutefois, lors du Sommet, l’Alliance a clairement indiqué que l’adhésion dépendait du respect des valeurs et principes communs et que les relations d’alliance et de partenariat entre les pays ne pouvaient être établies que s’il existe de la bonne volonté, de la confiance mutuelle et des relations de bon voisinage. Par conséquent, l’aspiration de l’ARYM à adhérer à l’OTAN s’est heurtée à son incapacité à avancer sur la voie vers la normalisation de ses relations avec la Grèce, un pays voisin, un important investisseur étranger et futur partenaire.
La Grèce est membre de l’OTAN depuis 1952. Elle occupe l’une des premières places en termes de dépenses dans le domaine de la défense (2,67% du PNB) et participe à toutes les grandes missions de l’OTAN en envoyant du personnel et en mettant à la disposition de l’Alliance des moyens et des installations d’importance majeure. Au même titre, notre pays demeure attaché au dialogue régional et à la stabilité en employant une force douce et intelligente en faveur du rapprochement entre les deux pays. La Grèce n’est pas seulement un investisseur important dans la région. Elle a également soutenu de manière active le développement en Europe du Sud-est à travers la fourniture d’aide au développement et la réalisation d’infrastructures et autres projets par le biais d’un financement spécial.
Nombreux sont ceux qui pensent qu’un nom n’est que l’expression du droit à l’autodétermination. Je crains que cela ne constitue qu’ une simplification excessive car il s’agit d’une question complexe qui est liée à un contexte historique – comme c’est toujours le cas dans cette région du monde - ainsi qu’aux sensibilités des peuples de la région.
Le terme « Macédoine » décrit une région géographique élargie dont une partie seulement appartient à l’ARYM. On pourrait donc se demander dans quelle mesure l’ARYM formule des revendications territoriales pour toute la région. Ses dirigeants prétendent ne pas avoir de revendications de ce genre et nous voulons les croire.
Toutefois, nous nous demandons pourquoi sur les cartes officielles de l’ARYM ainsi que sur d’autres documents officiels figure la région grecque de Macédoine – laquelle est appelée « Macédoine de l’Egée » et présentée comme une région sous occupation qui appartient à l’ARYM et qui un jour sera libérée ? Pourquoi ces cartes et ces documents officiels sont-ils largement utilisés ? Pourquoi y a-t-il ces imprécisions géographiques et historiques dans les manuels scolaires ce qui conduit à une falsification de la réalité historique ? Des actions de ce genre – qui proviennent de l’Etat – « empoisonnent » le climat politique de nos relations bilatérales et, pis encore, les liens qui unissent nos peuples.
Rappelons-nous que ce nom n’est pas seulement important pour le peuple de l’ARYM mais aussi pour le peuple grec.
La Grèce a fait des pas courageux pour parvenir à une solution. Suite à un changement d’attitude sans précédent, nous nous sommes assis autour de la table des négociations et étions disposés à accepter une appellation composée avec détermination géographique du terme « Macédoine ». Nous demandons à l’autre partie de parcourir le chemin qui lui revient de sorte que nous puissions nous retrouver à mi-chemin.
Nous ne sommes pas les seuls à attendre cela de l’ARYM. Aux Etats-Unis, les 116 membres du Congrès, tant les Républicains que les Démocrates, ont récemment voté en faveur de la résolution 356 qui exprime « l’opinion de la Chambre des Représentants, à savoir que l’ARYM doit mettre fin aux activités hostiles et à la propagande menée contre la Grèce et coopérer avec l’Organisation des Nations Unies et la Grèce en vue de parvenir à une appellation officielle mutuellement acceptable ». Les sénateurs américains, M. Menendez, Mme Olympia Snowe, M. Barack Obama, M. Carl Levin et Mme Debbie Stabenow ont également soumis une résolution similaire au Sénat.
Vu la nouvelle dynamique provenant du récent sommet de Bucarest et de la volonté exprimée en faveur de la réouverture dans les plus brefs délais des négociations sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies, je voudrais transmettre un message clair à l’ARYM : notre volonté est de parvenir à une solution durable et mutuellement acceptable.
La Grèce invite de nouveau l’ARYM à faire preuve de détermination et de volonté politique en vue d’assurer son adhésion à l’OTAN, et à l’avenir européen, une fois que toutes les conditions nécessaires seront remplies. L’avenir de l’ARYM se trouve entre ses propres mains.
La question du nom n’est pas un jeu de capacités. Elle relève du bon sens commun. Ce qui est juste est juste pour tous et les règles s’appliquent à tous. Cela a été exprimé clairement aussi bien aux Etats aspirants à adhérer à l’OTAN qu’aux membres actuels à travers la décision unanime de l’Alliance à Bucarest.