Ce sommet se tiendra dans notre région, à Bucarest. Dans la capitale historique du pays voisin, un pays ami, allié et partenaire.
L’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’OTAN et à l’UE montre que notre région peut gagner le pari d’un meilleur avenir qui serait dans l’intérêt de tous.
Cela vient confirmer la pertinence de la décision stratégique de la Grèce de soutenir la perspective européenne et euro-atlantique de ses pays voisins.
Il s’agit d’une décision en faveur de la stabilité, de la sécurité et du développement de notre région.
Toutefois, force est de souligner que la condition inviolable à l’établissement de liens d’alliance et de solidarité est le plein respect des principes, des valeurs et des règles qui régissent le fonctionnement sans heurts de toute alliance.
L’absence de questions pendantes – des questions qui ont une influence négative sur les relations bilatérales de deux pays- entre l’Etat candidat et un Etat membre est une condition inviolable.
Il ne faut pas faire perdurer ces questions qui, à notre opinion, doivent être réglées par l’intermédiaire d’une solution mutuellement acceptable, définitive et directement applicable.
Des relations d’alliance ne peuvent être établies si des solutions aux questions cruciales des relations de bon voisinage ne sont pas apportées.
Telles sont les convictions de la Grèce, un allié puissant de l’OTAN depuis 55 ans.
Telles sont les convictions du plus ancien membre de l’Alliance dans cette région vulnérable de l’Europe.
C’est une position de principe bien claire.
Notre politique ainsi que nos décisions sont axées sur cette position.
C’est justement ces convictions relatives à l’élargissement futur de l’Alliance que j’ai présentées à M. Scheffer.
Je l’ai également informé sur l’évolution des négociations en cours dans le cadre des Nations Unies en vue de parvenir à une solution mutuellement acceptable à la question du nom de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine.
J’ai décliné les arguments et les principaux paramètres de notre attitude constructive dans ce processus de négociation qui, mené depuis 17 ans, n’a aboutit à aucun résultat. J’ai fait part de nos inquiétudes quant à une éventuelle déstabilisation de la région si des questions de ce genre demeurent irrésolues, des questions dictées par une politique et une logique nationalistes et irrédentistes.
Cette logique n’a pas de place dans l’Europe d’aujourd’hui.
Si cette logique prévaut, les Balkans occidentaux ne se rapprocheront pas de l’Europe.
Personne ne le veut. Et la Grèce ne le veut certainement pas.
Enfin, j’ai signalé la conviction de notre pays et de notre gouvernement que le temps est venu de trouver une solution mutuellement acceptable.
En plus de la question de l’élargissement, le Secrétaire général et moi-même avons discuté de deux autres questions qui seront abordées lors de la réunion au sommet : les évolutions et la présence de l’OTAN au Kosovo et en Afghanistan.
Il s’agit de deux missions très importantes de l’Alliance en faveur de la stabilité et de la lutte contre le terrorisme international.
La Grèce participe de manière active à ces deux missions. La contribution de la Grèce en termes d’effectifs à ces deux missions pour l’année 2007 s’élève à environ deux mille hommes.
Cela vient de nouveau attester de la solidarité de la Grèce en faveur des efforts de l’Alliance. Une solidarité qu’elle manifeste depuis 55 ans.
Force est de souligner notre importante contribution aux budgets de l’Alliance, s’agissant des dépenses en matière de défense, qui représentent 3% de notre PNB.
Enfin, je pense que le principe fondamental d’une alliance, de toute alliance, est le suivant : lorsque les Etats membres font preuve de solidarité qui plus est de manière tangible, il est tout à fait justifiable que ces Etats membres attendent des pays tiers qui sont leurs partenaires et leurs alliés une attitude similaire.
C’est sur ces mots que je vous souhaite la bienvenue en Grèce.
M. JAAP DE HOOP SCHEFFER : Je vous remercie beaucoup Madame la ministre. Je vous remercie aussi pour vos propos concernant le prochain sommet de Bucarest. Je pense que Mme Bakoyannis a bien résumé les questions sur lesquelles nous nous pencherons bientôt. Le Sommet examinera aussi les questions concernant les opérations et missions que nous avons déployées, comme celle très importante en Afghanistan, mais aussi la présence de la KFOR au Kosovo, avec le déploiement de 16 mille hommes et une présence grecque de taille, à une période critique et instable.
Vous savez que notre rôle est de protéger chaque citoyen du Kosovo, qu’il appartienne à la minorité ou à la majorité. Nous y sommes présents en vertu de la résolution 1244 de l’ONU, ce qui signifie que nous y serons jusqu’à ce que l'ONU en décide autrement.
En ce qui concerne l’Afghanistan : l’OTAN a besoin de la présence et de la contribution de tous, de l’Union européenne, de l’ONU, de la Banque mondiale, afin que, tous ensemble, puissions montrer notre engagement en Afghanistan.
En ce qui concerne le sommet prochain de Bucarest, le fait que M. Poutine ait accepté de participer au sommet est selon moi un élément très positif, puisqu’en marge du sommet de Bucarest, il y aura une rencontre entre l’OTAN et la Russie.
Pour ce qui est des relations OTAN - Russie, « engagement » est le mot clé pour nous. L’OTAN a besoin de la Russie et la Russie a besoin de l’OTAN. En ce qui concerne les dossiers difficiles qui nous préoccupent, ils doivent être abordés de front, sans cela ils demeureront difficiles.
Dernier point, mais non le moindre, la question de l'élargissement sera également une question importante qui sera abordée lors du Sommet de Bucarest.
J’espère – je le répète, car cela n’est pas certain – que des invitations pourront être adressées à tous ceux qui espèrent adhérer à l’OTAN. Une rencontre très importante aura lieu jeudi entre tous les ministres des Affaires étrangères. Lors de cette rencontre, toutes les questions qui nous préoccuperont à Bucarest seront mises sur le tapis.
Certes, comme vous le savez, ces invitations se basent très certainement sur les performances des pays candidats, il n’y a pas de procédure automatique s'agissant de l'élargissement de l'OTAN. Les portes de l’OTAN sont ouvertes, mais tous les dossiers sont examinés sur la base des performances de chaque pays candidat. Et ce qui est encore plus sûr, pour ce qui est de ces invitations, elles seront données si tous les 26 pays membres de l'OTAN se mettent d'accord, car comme vous le savez l'OTAN fonctionne sur la base du consensus.
Et en ce qui concerne le principe même du consensus, même si l’OTAN et le Secrétaire général ne jouent pas un rôle direct pour ce qui est de la question du nom abordée par Madame la ministre, nous souhaitons parvenir à un consensus à ce sujet.
En ce qui concerne cette question, nous devons prendre conscience du fait que la Grèce est un membre puissant de l'OTAN, tandis que les autres pays sont candidats, c’est à mon sens là que réside la principale différence.
J’espère, par conséquent, qu’une solution pourra être trouvée. Ce sera le point le plus positif. Je répète qu’il existe une différence entre un pays déjà membre de l’OTAN et un pays candidat à l’adhésion, il faut bien le souligner. Certains pays ne sont pas encore devenus membres.
Et comme je l’ai dit, malgré le fait que l’OTAN et le Secrétaire général ne jouent pas un rôle direct dans cette question particulière, je souhaite parvenir à un consensus au sommet de Bucarest. Nous pourrons parvenir à un consensus lorsque tous les alliés se mettront d’accord. Merci.
JOURNALISTE: Dans quelle mesure le Secrétaire général pense-t-il que l’ARYM, en l’état actuel des choses, pourrait adhérer à l’OTAN ?
M. JAAP DE HOOP SCHEFFER : Je considère que ma déclaration était claire. Tout dépendra des performances du pays, quel qu’il soit. Toute invitation tient compte des performances des pays candidats et les portes de l’OTAN sont bien entendu ouvertes. Il en va de même pour la question du nom. J’ai été clair. J’ai dit clairement à Washington vendredi dernier qu’il y avait une différence entre un pays membre de l’OTAN et un pays candidat à l’adhésion.
JOURNALISTE: Je voulais savoir dans quelle mesure la question de l’Afghanistan a été abordée. Avez-vous discuté de l’éventualité de renforcer la participation de la Grèce aux opérations déployées dans cette région et dans quelle mesure, vous, en votre qualité de Secrétaire général, soutiendriez vous la Grèce et l'ARYM afin de parvenir à un accord, ne serait-ce qu'au dernier moment.
M. JAAP DE HOOP SCHEFFER : Tout d’abord j’aimerais dire que vous, les Grecs, êtes bien placés pour connaître la longueur exacte d’un marathon. Plus de 42 km. Et moi je sais très bien, en tant que marathonien, que tout peut se jouer les 5 derniers mètres. Comme je l’ai dit, en tant que Secrétaire général, je n’ai pas de rôle direct à jouer, mais tout Secrétaire général doit discuter avec toutes les parties, avec tous les alliés et ministres des Affaires étrangères des pays membres.
Il doit, par ailleurs, discuter avec les pays qui ne sont pas alliés, les représentants de ces pays, comme les présidents, les premiers ministres et les ministres. Vous n’êtes pas sans savoir que dans ce dossier, le responsable est M. Nimetz et l'ONU coordonne l'effort. Ce n’est pas un effort coordonné par l’OTAN. Et je répèterais ce que j'ai dit, nous aimerions parvenir à un consensus, nous sommes tous d'accord à ce sujet. Nous en avons discuté avec la ministre des Affaires étrangères aussi. Mais ce consensus devra être réalisable pour exister.
En ce qui concerne l’autre aspect de votre question, dans chaque capitale des pays de l’OTAN que je visite, je demande une plus grande contribution, un renforcement des efforts en Afghanistan. Cela ne concerne pas particulièrement Athènes. Je fais la même chose dans toutes les capitales.
JOURNALISTE: Monsieur le Secrétaire général, j’aimerais poser la question suivante : partagez-vous la position grecque, à savoir que la question du nom et sa résolution est un motif de violation du principe de bon voisinage, qui est une condition essentielle aux relations d’alliance? Estimez-vous que le seul obstacle à l'adhésion de Skopje à l'OTAN est le différend portant sur le nom? Ont-ils remplis tous les autres critères et conditions?
M. JAAP DE HOOP SCHEFFER : Cela est simple, au risque de me répéter je dirais que tous ceux qui désirent devenir membres de l'OTAN, franchir les portes de l'Alliance, devront remplir des critères précis, sur la base du principe du consensus. C’est un principe fondamental, qui est respecté de tous, OTAN, Union européenne et ONU.
Tout comme le principe des relations de bon voisinage que je respecte et que respectent les autres alliés de l'OTAN. Je pense toutefois qu’il nous reste encore 21 jours. En conclusion, je réitèrerais que ni moi, ni l’OTAN ne contrôlons cette procédure, mais moi-même et l'OTAN sommes préoccupés par la question.