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Athènes, le 4 février 2008

 

Q : Madame la ministre, la semaine dernière vous étiez en Turquie avec M. Karamanlis. C’était la première visite d’un chef d’Etat grec dans le pays voisin depuis près d’un demi-siècle. Qu’est-ce qui s’est passé en Turquie ?


R : En effet, c’était une visite historique, la première effectuée par un Premier ministre grec en Turquie depuis 49 ans. La conclusion en est que nous avons franchi une nouvelle étape. Les deux parties ont exprimé en toute sincérité leur volonté – j’ose espérer – de procéder à la normalisation des relations gréco-turques. Tel a d’ailleurs été l’objectif stratégique de la politique étrangère de la Grèce, et ce pour plusieurs raisons. Car, entre autres, comme le Premier ministre l’a signalé, nous devons nous prendre conscience du fait que maintenir les tensions n’apporte rien. Nous devons vivre avec la Turquie.

 

Q : La décision d’intensifier les contacts exploratoires signifie-t-elle une revalorisation du niveau des contacts ou plutôt des rencontres plus fréquentes ?

R : Cela signifie des rencontres organisées sous la même formation mais plus fréquentes sous la surveillance active des  ministres des Affaires étrangères.

 

Q : L’objectif de ces contacts est que les deux parties présentent leurs points de vue sur la question du plateau continental. Vous avez dit que nous ne pouvions pas régler cette question tous seuls et que nous devions recourir à la Haye. S’agit-t-il d’une position commune ?

R :La question des contacts exploratoires est axée sur la confirmation des positions soutenues par les deux parties ce qui permettra le règlement de la question du plateau continental. Cela dit, l’objectif est d’arriver à un terrain d’entente. C’est sur cet objectif que nous devons axer tous nos efforts. C’est dans ce contexte que s’intègre bien entendu la possibilité de recourir à la Haye. Je ne voudrais pas porter un jugement prématuré sur l’attitude de la partie turque ou l’issue de ces contacts, quelle qu’elle soit. Toutefois, la volonté d’avancer est bien là.

 

Q : Rapidement ?

R : Accélérer signifie des rencontres fréquentes. A l’heure actuelle, il n’y a pas de calendriers définis, mais cela se fera sûrement dans un avenir proche.

 

Q : S’agissant de la question de la Faculté théologique de Chalki, y -a-il été question de contrepartie pour l’ouverture de la Faculté ?

R : Non, et cela ne sera jamais le cas. Les questions du Patriarcat œcuménique revêtent un intérêt particulier pour la Grèce mais elles s’intègrent toutefois dans le cadre européen. Elles s’intègrent dans la conception européenne des droits religieux et de la liberté religieuse. Ce que nous avons en toute sincérité dit à la partie turque- et le Premier ministre l’a affirmé publiquement- était que le Patriarcat œcuménique siégeant à Constantinople, constituait une avantage énorme pour la Turquie.

 

Q : Pour ce qui est de la minorité musulmane, est-ce que la partie turque a formulé une revendication  spécifique, à savoir le droit à l’élection des muftis ?

R : La partie turque a de nouveau soumis la question de l’élection des muftis. La position grecque est bien claire. Tant que la loi familiale musulmane, à savoir la dite « charia » est en vigueur en Grèce et que le mufti est également juge, en d’autres termes il a des compétences juridictionnelles en matière de droit familial et de biens, il est pratiquement impossible qu’il soit  élu.

 

Q : S’agissant de la question de Skopje, des évolutions surviendront au cours des deux mois à venir. Est-ce que Skopje a reçu le message de la Grèce, à savoir que la question du nom doit être résolue avant l’adhésion du pays à l’OTAN?

R : Quand le Premier ministre de Skopje M. Grouevsky a visité il y a quelques jours l’OTAN à Bruxelles, il a reçu un message bien clair : Pour Skopje, parallèlement à la poursuite des  reformes intérieures, il est important que la question du nom soit réglée. Sinon, la Grèce ne pourra pas consentir à la demande [d’adhésion à l’OTAN]. Je pense que Skopje n’a aucun doute sur notre politique. J’aimerais souligner de nouveau que c’est Skopje qui profitera le plus du règlement de la question.  La Grèce a parcouru un long chemin. Skopje doit nous retrouver à mi-chemin

 

Q : Y a-t-il un lien entre la question de Skopje et celle du Kosovo qui se trouve actuellement à un stade critique ?  Si le Kosovo devient indépendant, quelle sera la position de la Grèce vu que l’Europe ne semble pas s’aligner sur une position commune ?

R : La procédure de la négociation sur le nom est autonome et porte sur une question bien précise. La question du Kosovo est très difficile. Toute solution aura des effets secondaires. Il n’existe pas une solution qui serait bonne ou facile. L’objectif de la politique étrangère de la Grèce est de parvenir à une décision commune au sein de l’Union européenne quant à sa politique à l’égard du Kosovo. La responsabilité pour ce qui est des reconnaissances unilatérales, quelles qu’elles soient, incombent bien entendu à chaque Etat membres séparément.

 

Q : Dans cette conjoncture critique pour la région élargie vous visiterez les Etats-Unis– dans deux semaines environ-  Vous aurez une rencontre avec votre homologue M. Rice. Qu’attendez-vous de cette visite ?

R : L’objectif de mon déplacement à Washington est de clarifier les positions de notre pays sur les évolutions dans notre région. Je pense que la reconnaissance de Skopje sous le nom de « Macédoine » était une erreur de la part des Etats-Unis. Ce geste a donné, entre autres, à certains milieux de Skopje, l’impression que la question est close et qu’ils peuvent renoncer à la logique de la négociation sur la question du nom sous l’égide des Nations Unies. Mais la Grèce ne l’acceptera pas.

 

Q : N’est-il pas temps qu’un ministre grec des Affaires étrangères ou un Premier ministre grec parvienne à un accord sur l’Egée ou la question de Skopje ? On ne sort jamais complètement gagnant d’une négociation…

R : Tout dépend de la manière dont on conçoit son rôle en politique. Permettez-moi de l’expliquer : A la question « Pourquoi avez-vous choisi une carrière politique ? », chacun a sa propre réponse.  Ma réponse à moi est la suivante : l’objectif d’un homme politique est d’aller de l’avant, d’apporter des solutions à des problèmes durables, à prendre des décisions courageuses, si cela s’avère nécessaire, et à y « mettre son sceau ».


(...) 

 

 

 





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