Athènes, le 3 octobre
Monsieur le Président de l’ Assemblée Générale,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les grands défis et problèmes à l’ échelle mondiale et régionale demandent des réponses urgentes et cohérentes. Les responsabilités et le rôle de l’ ONU pour assurer une prise de conscience et une unité de direction sont maintenant encore plus importants et accrus. C’est exactement pour cela que le respect des décisions de l’ONU devrait être la première priorité pour ceux qui sont élus pour représenter l’Organisation et ses institutions.
Je voudrais féliciter, Sheikha Al-Khalifa, qui fût juste la troisième femme dans l’ histoire de l’ ONU qui a tenu le poste de Président de cette Assemblée, pour ses efforts visant à promouvoir les objectifs et les principes sur lesquels notre Organisation a été fondée.
J’exprime aussi notre appréciation au Secrétaire général pour ses efforts incessants en vue de sauvegarder la paix et la sécurité internationale, et de maintenir vifs l’autorité et le rôle de l’Organisation à cet égard.
Mesdames et Messieurs,
La Grèce s’aligne entièrement sur la déclaration faite par le Premier Ministre du Portugal au nom de l’ Union Européenne. Nous voudrions, tout de même, ajouter quelques mots sur les grandes questions qui se trouvent sur notre agenda pour la période qui suit.
La fin de la Guerre froide a donné naissance à une nouvelle ère dans les relations internationales qui a fait disparaître la menace de l’affrontement militaire entre deux puissances. Toutefois, la communauté internationale demeure confrontée à de violents conflits internes, des guerres civiles, des génocides ainsi que d’autres atrocités d’une grande ampleur qui provoquent des catastrophes considérables et sont source de malheur pour des millions de personnes.
Toutefois, les affrontements entre Etats ainsi que les conflits internes ne constituent pas la seule menace qui pèse sur la paix et la sécurité internationales. De nouvelles menaces et défis émergent. La prolifération des armes de destruction massive est un défi considérable. Le crime organisé et la traite des êtres humains constituent une autre menace qui pourrait entraîner des conséquences déstabilisantes et alimenter des guerres civiles. L’extrême pauvreté dans de nombreuses régions du monde, les Etats défaillants, les catastrophes humanitaires de grande ampleur, les maladies contagieuses mortelles, la détérioration de l’environnement ont des conséquences graves.
Nous saluons l’initiative du Secrétaire général qui a organisé la semaine dernière une manifestation de haut niveau en vue de lutter contre le changement climatique - les problèmes environnementaux constituent les plus grandes menaces potentielles pour nos sociétés. J’espère que bientôt nous verrons s’établir une approche mondiale et globale pour sauver notre planète, notre avenir et celui de nos enfants.
Le contrôle et la lutte contre le changement climatique comptent parmi les plus grands défis environnementaux et de développement. Si l’on n’entreprend pas rapidement les actions nécessaires pour relever ces défis, on risque de payer un prix élevé.
Nous devons dans les plus brefs délais adopter une approche progressive tout en s’appuyant sur les capacités nationales et internationales en vue d’examiner les causes, d’atténuer les conséquences et d’établir des synergies qui pourraient conduire à des résultats concrets et tangibles dans l’avenir proche.
Une indication bien claire de l’importance qu’accorde la Grèce à l’environnement est le fait que la présidence grecque du Réseau de la sécurité humaine ait décidé d’axer son attention sur le changement climatique et la sécurité humaine.
Excellences,
Cet été mon pays a beaucoup souffert des incendies de forêt catastrophiques. A cette occasion, en m’adressant à la communauté internationale, j’aimerais faire part de notre reconnaissance et de nos remerciements à tous les pays et à tous nos amis qui nous ont offert une aide et une solidarité précieuses.
La lutte pour la paix n’est pas facile. Pour que la lutte en faveur de la paix internationale soit couronnée de succès, il faut faire face aux menaces de manière systématique et remplir plusieurs conditions. Nous devons faire face aux conflits qui demeurent en suspens de manière active et dans un même temps nous devons supprimer l’injustice, les inégalités, l’exclusion sociale, l’extrême pauvreté, la famine, l’analphabétisme et les tensions entre les civilisations.
En luttant contre les causes profondes qui alimentent les conflits, l’instauration de la paix doit être axée sur la sécurité et le développement. La bonne gouvernance, l’Etat de droit, les institutions démocratiques puissantes, l’aide au développement constituent des éléments cruciaux pour l’atténuation des conflits actuels.
Le terrorisme est sans aucun doute l’une des menaces les plus graves à la paix et à la sécurité, car il touche les fondements mêmes de nos sociétés. Il constitue une attaque directe aux valeurs que les Nations Unies et nous tous défendons : l’Etat de droit, la protection des civils, le règlement pacifique des conflits et le respect mutuel entre les religions et les civilisations différentes. Par conséquent, nous devons assurer le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et dans un même temps renforcer la coopération internationale pour lutter contre cette menace.
Etant donné que ces menaces et défis vont au-delà des frontières nationales, nous avons besoin d’une approche globale de la sécurité commune qui serait axée sur le respect, la justice - qui sont les conditions préalables à la paix- ainsi que sur la solidarité, une condition nécessaire pour la sécurité, et comporterait un engagement pris par nous tous en faveur du développement durable. Mais plus que tout autre chose, nous avons besoin d’un engagement en faveur d’une action politique commune ce qui demande le renforcement des Nations Unies.
La prévention efficace et systématique des conflits constitue la mission centrale des Nations Unies pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Des stratégies globales et à long terme sont nécessaires pour lutter contre les causes profondes des conflits. C’est pourquoi les Nations Unies doivent être renforcées pour pouvoir gérer, résoudre et prévenir les conflits ainsi que leur reprise. Les organisations régionales internationales doivent également être efficaces tandis que les accords internationaux doivent être respectés.
Les Nations Unies ont été créées sur la base de la conviction de tous les Etats que l’action commune constitue le seul fondement pour prendre des mesures de lutte contre les questions communes mondiales. Nos valeurs communes ne sont assurées que par la Charte des Nations Unies et orientent nos efforts vers l’unité, vers ce qui est juste et correcte : la liberté, la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité, le règlement pacifique des différends, le respect, le multiculturalisme, la tolérance, les sociétés ouvertes, le dialogue entre les pays voisins, entre les nations, les religions et les civilisations.
La politique étrangère et la politique de sécurité de la Grèce sont axées sur ces principes et valeurs. Nous avons pris des engagements en faveur du règlement pacifique des conflits, du respect du droit international ainsi que du droit humanitaire international et de la promotion des relations de bon voisinage.
Excellences,
Je signale, avec regret, que plus de trente ans après l’invasion turque en 1974, Chypre est toujours une île divisée. La Turquie continue d’occuper une partie d’un Etat membre de l’ONU et de l’UE, avec plus de 40 000 troupes, violant ainsi les résolutions de l’ONU et le droit international.
Notre objectif stratégique est le retrait des forces d’occupation et la réunification de l’île, dans le cadre d’une fédération bicommunautaire, bizonale. Dans ce contexte, les résolutions y relatives de l’ONU ainsi que les principes et valeurs de l’UE constituent un cadre clair en vue d’un règlement global convenu entre les deux parties.
La Grèce a toujours salué toutes les initiatives de l’ONU en vue d’un règlement équitable et durable. Dans ce contexte, nous soutenons fermement l’application immédiate de l’Accord du 8 juillet, conclu sous l’égide de l’ONU.
Nous continuerons de mettre tout en œuvre pour aider les deux communautés à s’accorder sur une solution, qui renforcera d’autant plus l’amitié et la coopération entre la Grèce et la Turquie. Nous prions instamment la Turquie de faire preuve de la volonté nécessaire et de la flexibilité dans ce sens.
Excellences,
Notre politique étrangère est fondée sur les principes du Droit international et de la Charte de l’ONU. C’est dans cet esprit que nous approchons nos relations avec notre pays voisin, la Turquie. La Grèce a pris des mesures et des initiatives bien précises en vue de continuer à élargir et à renforcer sa coopération avec la Turquie, et ce, dans tous les domaines. Dernièrement, cette coopération s’est davantage renforcée, que ce soit dans le secteur énergétique qu’économique. Nous pensons qu’une Turquie démocratique, avec une perspective européenne claire, une Turquie qui satisfera les critères définis par l’Union européenne et les conditions préalables prévues par le cadre de négociation avec l’UE, pourra devenir un facteur de stabilité dans notre région. Pour ces raisons, nous soutenons les aspirations européennes de la Turquie. Toutefois, cette dernière devra montrer son attachement ferme aux principes de bon voisinage et à la résolution pacifique des conflits avec les pays voisins.
Excellences,
Les relations de bon voisinage constituent le fondement d’un avenir commun européen de paix, de stabilité et de prospérité pour l’Europe du Sud-est. La perspective européenne des pays de la région constitue un choix stratégique de la Grèce. Notre vision est de transformer notre région en une région qui serait comme le reste de l’Europe, une région de paix, de démocratie et de prospérité. En tant que plus ancien pays membre de l’UE et de l’OTAN, mon pays mène un travail ardu et constructif afin de créer les conditions nécessaires au bon voisinage, à la compréhension mutuelle, à la stabilité et à la solidarité entre les peuples et les pays des Balkans. Le renforcement de la coopération régionale, la création de relations de bon voisinage et la recherche de solutions mutuellement acceptables à des problèmes avec des pays voisins sont une condition fondamentale pour l’adhésion ultérieure des pays de l’Europe du Sud-est à l’UE et aux institutions euro-atlantiques.
Dans ce contexte, des actions provocatrices et des déclarations à sous-entendus irrédentistes ne sont pas compatibles avec la vision européenne commune. Elles empoisonnent le climat de compréhension nécessaire entre les peuples. Elles ne font qu’entraver les perspectives européennes de ceux impliquées dans de telles actions.
Certes, les efforts déployés en vue de garantir un véritable avenir européen pour les Balkans s’avèreront infructueux si nous ne parvenons pas à un règlement durable du problème du statut final du Kosovo. Nous sommes convaincus que cet objectif ne peut être atteint que si deux conditions sont remplies : compromis efficaces entre les deux parties lors des négociations en cours et légalisation du règlement sur résolution du Conseil de sécurité.
Excellences,
Je ne puis penser à un autre conflit qui ait retenu l’attention d'un si grand nombre de personnes pendant aussi longtemps que celui du Moyen-Orient. Tous, connaissons les défis multiples auxquels nous sommes confrontés dans cet endroit du monde. Nous nous accordons tous sur le fait que la nature de ces défis est telle qu'elle influence non seulement les peuples de la région, mais aussi la communauté internationale tout entière.
En dépit des différences que nous pouvons observer entre nous, il y a un élément important qui est commun à nous tous, à savoir la nécessité de parvenir à un règlement équitable et durable au Moyen-Orient, qui serait basé sur la solution des deux Etats, garantissant ainsi la sécurité, le respect mutuel et un avenir équitable pour tous.
Excellences,
Le progrès réalisé par l’Afrique ces dernières années est important et indéniable : le développement économique, la meilleure gestion des crises et la volonté de prévenir les conflits en sont la preuve. Les Nations Unies, considérablement impliquées dans des missions de paix et la fourniture d’une aide au développement, ont trouvé dans l’Union africaine et les organisations régionales africaines un partenaire crucial pour la réussite de ce processus. La relation de coopération entre l’ONU et l’Union africaine, et des organisations régionales africaines, pourrait être indispensable pour relever avec succès les défis auxquels l’Afrique est aujourd’hui confrontée. Dans ce contexte, nous saluons la création de l’UNAMID, opération hybride des Nations Unies et de l’Union africaine, qui montre la voie à suivre pour l’avenir du Darfour et du continent en règle générale.
La coopération internationale au développement est l’une des priorités de la politique étrangère grecque. Le Service de coopération internationale au développement (Hellenic AID), met en œuvre les objectifs de développements du Millénaire dans le cadre défini par l’UE et les principes suivis par le Comité Aide au développement de l'OCDE, mettant en même temps l'accent sur notre héritage culturel. Les programmes humanitaires et de développement dans 46 pays visent à lutter contre la pauvreté, les maladies, la sous-alimentation, le manque d’accès à l’eau potable et les conséquences des catastrophes naturelles et des conflits, tout en veillant à la protection des droits de l'Homme. Nous aspirons à lutter contre les faits générateurs de l’immigration clandestine, du trafic d’êtres humaines et du terrorisme, car les mesures de répression ne suffisent pas à elles seules à faire face aux problèmes. En 2005, la Grèce a accordé 384,22 millions US dollars pour le financement de programmes d’aide au monde en développement. En Afrique, l’aide au développement, allant de l'aide humanitaire aux soins destinés aux personnes atteintes du SIDA ou réfugiés, a été offerte à près de vingt pays africains.
En ce qui concerne toutes ces questions, mon pays est fermement décidé à assister les Nations Unies et à coopérer avec tous les Etats membres en vue d’instaurer la paix et la prospérité pour tous les peuples du monde.
Merci beaucoup.