Athènes, le 1er août 2007
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Je suis particulièrement heureuse de vous voir tous réunis ici à Athènes.
Le Sommet des ambassadeurs est devenu une institution annuelle dans notre ministère. Il s'agit d’une initiative à laquelle nous attachons une importance particulière, car elle offre l’occasion pour tous ceux qui représentent notre pays dans le monde entier d'échanger des vues et des idées de façon concrète et concertée. Dans un même temps, elle permet une meilleure coordination entre le service central et les ambassades en vue d'améliorer notre efficacité.
La manifestation de cette année a pris en compte, du mieux qui soit, tous les paramètres permettant une évaluation globale des objectifs de notre politique étrangère. Au programme de ces deux journées ont été prévues des interventions de personnalités politiques, des directions compétentes et - très important - de mes chers confrères, ministres qui dirigent des domaines connexes à l’exercice de la politique étrangère.
L’année dernière, jour pour jour, c'est-à-dire le 31 juillet 2006, j'avais eu la joie de m'adresser à vous. Je m’étais alors référée aux principales orientations de notre politique étrangère. Je m'étais référée à un principe politique que j'aimerais de nouveau aujourd'hui mentionner : le principe de la réciprocité:
La politique de réciprocité est basée sur la promotion des intérêts mutuels de la Grèce et de nos interlocuteurs internationaux. J’insiste sur ce point, Mesdames et Messieurs, car au-delà de notre rôle « national », si je puis m’exprimer ainsi, nous percevons la Grèce au plan international comme une puissance très prestigieuse, une puissance régionale à forte influence. Si la Grèce compte une population relativement peu nombreuse, il n’en demeure pas moins qu’elle est le principal facteur de stabilité dans sa région élargie. En effet, tous nos interlocuteurs considèrent la Grèce comme un pays sérieux, crédible et dynamique. Un pays de parole et de connaissances. Un pays qui contribue positivement à la gestion de questions importantes ayant trait à notre région élargie. Un pays qui est à la hauteur des circonstances. Ces constations sont confirmées au quotidien par nos contacts au sein de l'UE et de l'ONU, dans les Balkans, le Moyen-Orient, mais aussi dans la région élargie.
Mesdames et Messieurs,
J’aimerais, pour clore cette conférence, m'arrêter sur les points cruciaux demeurés en suspens auxquels nous sommes confrontés.
Permettez-moi de commencer par les élections en Turquie.
La souveraineté politique de l’AKP et de M. Erdogan est, à mon sens, acquise après les résultats spectaculaires des élections. Les élections se sont déroulées sans heurts, dans un climat cordial, ce qui est très important. Dès le départ, nous avons affirmé que nous étions en faveur d’un gouvernement turc stable, fort, et ce, pour le bien de la Turquie et du voisinage élargi. Un gouvernement de légitimité démocratique fermement attaché à l’idée européenne. C’est cette Turquie que nos partenaires européens souhaitent avoir comme interlocuteur à la table des négociations.
A ce stade, j’aimerais ouvrir une parenthèse et souligner que la perspective européenne de la Turquie constitue, comme chacun sait, un élément crucial de notre politique globale relative aux relations gréco-turques. D’ailleurs, notre choix stratégique en faveur du parcours européen de l’ensemble de notre voisinage est bien clair, pour que règne la paix dans les Balkans, la stabilité et le développement économique. C’est une politique qui est dans l’intérêt de notre pays et de notre région élargie. Certes, l’adaptation d’un pays, quel qu'il soit, aux normes européennes est un processus long et difficile ; la Turquie a encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous, la Grèce, mais aussi nos amis et partenaires devons faire preuve de détermination, constance et continuité. Nous devons rester fidèles à notre objectif stratégique : à pleine adaptation, pleine adhésion.
Nous espérons que le nouveau gouvernement turc poursuivra les réformes nécessaires qui permettront à la Turquie de se rapprocher de l’Europe. Et je ne me réfère pas seulement aux changements économiques. En effet, les institutions démocratiques du pays voisin doivent être renforcées afin de surmonter des anachronismes comme par exemple ceux stipulés dans l'illustre article 301. Le respect des droits de l’homme est une condition sine qua non. Le droit du Patriarcat oecuménique, chef spirituel de 300 millions de chrétiens orthodoxes du monde entier, d'exercer librement son ministère se doit d’être respecté par les autorités turques.
Dans un même temps, nous poursuivons nos efforts en vue d'améliorer nos relations bilatérales. L’objectif de notre politique est toujours le même : la défense de nos intérêts nationaux et l’amélioration constante de nos relations, dans l’intérêt de la sécurité et de la prospérité de nos peuples. La Grèce et la Turquie, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, sont condamnées à co-exister et à vivre ensemble. La part de paix, de stabilité et de développement que nos peuples recevront de la pleine normalisation de nos relations bilatérales revêt une importance particulière. Je suis profondément convaincue que notre devoir envers les générations futures est de soulager nos pays de ce poids. Ce qui nécessite bien plus que de bonnes intentions, fussent elles présumées ou non. Cela nécessite une volonté politique forte. Mais aussi des paroles claires et des solutions précises. Notre position est claire : Nous tendons une main amicale. L’heure est venue pour la Turquie d’y répondre.
En ce qui concerne la question chypriote, nous continuons de lutter pour une solution équitable, viable et fonctionnelle. Notre coopération avec le gouvernement chypriote est excellente et continue. Il va de soi certes que la République de Chypre, qui est désormais notre partenaire à l’Union européenne, est un pays souverain. Malheureusement, en dépit des efforts intenses déployés par le Président Papadopoulos et le gouvernement chypriote, l'accord du 8 juillet n'a jusqu'à présent pas produit les résultats escomptés. La partie chypriote turque, encouragée par Ankara, fait de l’obstruction, en recourant à des moyens dilatoires. De telles politiques n’aboutissent nulle part et n’ont d’autre conséquence que de s'éloigner de la solution et d'éloigner l’administration Talat de la communauté chypriote turque. La Grèce – tel qu’elle le fait tant au niveau multilatéral, qu’européen et bilatéral – apportera une contribution concrète et active et encouragera tout effort de Chypre visant à faire avancer le dossier chypriote.
Pour ce qui est de Skopje, le gouvernement grec exerce la politique étrangère en mettant l’accent sur le renforcement des intérêts nationaux du pays, et son objectif n’est pas de produire de « faire impression » au niveau interne. Nous exerçons notre politique avec sérieux et confiance, comme se doit tout pays membre des plus grandes institutions internationales et alliances, comme l’Union européenne et l’OTAN.
La Grèce a prouvé concrètement sa volonté de contribuer à l’atteinte d’une solution mutuellement acceptable à la question du nom. Il appartient maintenant au pays voisin de combler le fossé afin que nous puissions nous entendre sur une appellation mutuellement acceptable, l'appellation actuelle étant provisoire. Il appartient au pays voisin d’abandonner les actions et pratiques de propagande irrédentiste et de prouver concrètement qu’il mène une politique de bon voisinage. A ce sujet, des dispositions bien claires sont prévues dans l’Accord intermédiaire, dispositions remises en question par la logique utilisée par le pays voisin. Il convient de respecter dans la lettre et l’esprit les dispositions convenues. C’est seulement ainsi que nous parviendrons à l’objectif commun : la pleine normalisation et le renforcement de nos relations bilatérales, l’instauration de la coopération régionale et de la stabilité et l'avancement sans heurts du parcours euro-atlantique du pays voisin.
Pour être plus précise, c'est aujourd'hui qu'est examinée la perspective d'adhésion de trois pays - la Croatie, l'Albanie et l'ARYM - à l'Alliance atlantique. Tout laisse à penser que la décision sera prise très probablement dans le courant de l’année 2008. Chaque cas est un cas particulier. Par exemple, je pense que, d’après l’opinion générale, que la Croatie se trouve à l’heure actuelle devant les autres pays. La décision de l’Alliance, qui nécessite le consentement de tous les partenaires, sera prise après qu’une évaluation globale ait été menée et sur la base de critères et conditions préalables dans les domaines de la défense, de la sécurité, de l’économie et de la justice. Il est normal que la preuve manifeste de relations de bon voisinage occupe une place de choix. C’est dans ce contexte que s’intègre une politique réaliste et constructive de la part de Skopje.
Nous gardons toutes les options ouvertes, à l’exception d’une seule. Il n’est pas possible que le pays voisin adhère à l’OTAN sous son appellation constitutionnelle, «République de Macédoine». En outre, j’aimerais bien préciser qu'une lecture sélective des dispositions particulières de l’Accord intermédiaire n’est pas possible.
Je terminerais sur la question du Kosovo. Une chose est claire : toute action unilatérale, quelle qu’elle soit, ne contribue pas garantir à long terme la paix et la stabilité dans la région. Le statut du Kosovo est une question internationale qui nécessite une solution internationale. Une décision du Conseil de sécurité est nécessaire. Telle est la position de l’Union européenne. La Grèce estime que les calendriers contraignants ne sont pas d’une grande aide. Il convient d'offrir une chance supplémentaire de négociations entre Pristina et Belgrade en vue de parvenir à une solution de compromis, dans la mesure du possible, qui conviendra aux deux parties. C’est dans ce sens que s’oriente activement la politique de la Grèce; en effet, nous sommes d'avis qu'une telle évolution sera dans l'intérêt de la stabilité régionale et de la sécurité. Nous savons pertinemment qu'il s'agit d'une entreprise difficile, car Pristina et Belgrade ont des points de départ et des objectifs totalement différents. Néanmoins, nous pensons que nous devons poursuivre notre effort, cela en vaut la peine.
Quoi qu’il en soit, il est impératif de parvenir à une solution qui soit compatible avec les principes et les valeurs européens, dans le cadre de la perspective européenne de la région. Le progrès effectué, suite aux efforts intenses consentis par la Grèce, pour ce qui est de la perspective européenne de la Serbie est un facteur de stabilisation dans cet environnement d'incertitude et de fluidité. Je souligne que notre pays a joué un rôle prépondérant dans l'effort d'adhésion de la Serbie au Partenariat pour la paix de l'OTAN. Il a également joué un rôle prépondérant dans la réactivation du processus de Stabilisation et d'Association Serbie – Union européenne. Cette perspective garantit de la meilleure façon la stabilité et le développement pour la région et ses peuples.
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
La semaine passée, nous avons accueilli dans la famille du ministère des Affaires étrangères, 21 jeunes diplomates. La carrière de diplomate, vous le savez bien, n'est pas une «simple profession». C’est une vocation. J’ai attiré leur attention sur le fait que les exigences sont élevées. Nous attendons de ces jeunes gens, qu’ils soient d’une probité absolue, qu’ils fassent preuve de perspicacité, de créativité, de détermination, de constance, mais aussi qu’ils aient un esprit critique et ouvert. Au cours de ces 18 derniers mois, j’ai eu le plaisir de travailler avec bon nombre d’entre vous. Mon impression de départ, à savoir que le personnel du ministère des Affaires étrangères est le meilleur de l'administration publique grecque, a été confirmée.
Cette année, un travail important a été engagé, celui de moderniser les infrastructures et les procédures dont disposent les employés du ministère. L’amélioration du site Internet, la création de nouveaux outils innovateurs visant à soutenir la diplomatie économique, la valorisation des ressources de la « société de l’information», ou encore la planification en vue de satisfaire les besoins élémentaires des locaux, sont les principaux axes de cet effort. Des faiblesses existent certes, mais les bases sont jetées pour envisager la question à long terme et de façon réaliste.
Nous ne devons pas nous leurrer. Dans ce domaine, ce sont les hommes qui font la différence. L’avantage comparatif est la pensée, l’initiative, l’innovation, l’action des cadres du ministère, de l’ensemble des ressources humaines. Il est vrai que le mieux est souvent l’ennemi du bien.
C’est pourquoi je vous demande de percevoir vos rôles avec le plus de créativité possible.
Que vous donniez à la mission diplomatique grecque encore plus de poids, une influence et une présence accrue dans chaque pays d’accréditation. Que vous recherchiez des domaines d’action et d'influence auprès des sociétés locales, en usant de votre expérience, de votre jugement et - j'irais même jusqu’à dire - de votre imagination.
Je vous demande à tous d’utiliser tous les moyens qui se trouvent à votre disposition, de la façon la plus créative possible.
Cela ne concerne pas seulement l’exercice de la diplomatie traditionnelle, mais aussi la nouvelle dimension contemporaine de l’activité diplomatique, comme la diplomatie économique et publique. La diplomatie économique est devenue une activité quotidienne du ministère, la diplomatie publique, c’est-à-dire la promotion coordonnée de notre politique étrangère au-delà de la communauté diplomatique, ne devra pas être considéré comme un travail secondaire, mais comme un supplément nécessaire de notre activité.
C’est pourquoi je vous demande à tous d’exprimer votre opinion avec franchise. Avec courage et détermination.
Je l'avais dit l'année dernière. Vous êtes porteur d'une éducation et d'une expérience internationale. Ne succombez pas à la tentation de vous considérer comme de simples hauts fonctionnaires. Vos idées, votre analyse et votre opinion comptent.
En conclusion, j’aimerais à nouveau remercier publiquement le Secrétaire général sortant de notre ministère, M. Haris Rokanas, pour sa remarquable contribution et accueillir à ce poste important M. Aristidis Agathoklis en lui souhaitant tout le succès dans sa mission.
Je vous remercie beaucoup.