« Le point de vue d’Athènes »
par Dora Bakoyannis
Publié le 31 mars 2008
Athènes :
Les pays membres de l’OTAN se rencontreront mercredi à Bucarest en vue de se pencher sur des mesures qui pourraient renforcer l’alliance. Ces mesures pourraient comporter des invitations d’adhésion à la famille transatlantique adressées à trois pays des Balkans, à savoir l’Albanie, la Croatie et l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM).
En tant que le plus ancien membre de l’OTAN et de l’UE, la Grèce assume ses lourdes responsabilités à l’égard de son voisinage et se sent obligée de faire preuve d’une attitude constructive, réaliste et solidaire. Nous soutiendrons fermement l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie à l’OTAN.
Toutefois, s’agissant de l’ARYM, nous ne pourrons en faire de même tant que les dirigeants de ce pays refusent de régler la question du nom, comme ils l’avaient promis aux Nations Unis il y a plus de 13 ans. Depuis, ils ont refusé tout compromis proposé par les envoyés des Nations Unies - contrairement à la Grèce qui perçoit des éléments positifs dans les différentes propositions.
Les dirigeants de ce nouveau pays enclavé qui compte 2 millions d’habitants persistent à l’appeler « Macédoine » malgré le fait que cette appellation fait partie de l’histoire et de la civilisation grecques depuis 3.500 ans et qu’elle désigne la plus grande province grecque au nord du pays.
Pourquoi ce nouveau pays ne peut-il s’appeler comme il veut ?
Permettez-moi de détailler les points de vue de la Grèce à ce sujet. Lorsqu’en 1944 le maréchal Tito de Yougoslavie a rebaptisé la province située au sud de son pays - jusqu’alors appelée « Vardar Banovina » - « Social Republic of Macedonia », il l’a fait pour semer le désordre dans la région au nord de la Grèce afin d’imposer le régime communiste et avoir accès à la mer d’Egée.
Cette politique a également été liée à la guerre civile grecque qui, à l’époque, avait coûté la vie à plus de 100.000 Grecs, ravagé le pays et retardé d’une décennie la reconstruction du pays.
Par conséquent, le nom « République de Macédoine » constitue une crainte bien réelle pour nous les Grecs. Il est lié à un plan qui a délibérément été élaboré en vue d’occuper une partie du territoire de la Grèce qui revêt l’identité grecque depuis trois millénaires et est associé aux douleurs et aux souffrances vécues par le peuple grec.
Les Grecs ont cru que lors de la dissolution de la Yougoslavie et la proclamation de l’indépendance de l’ARYM en 1991, ses dirigeants reconnaîtraient notre sensibilité à l’égard de l’utilisation de ce nom qu’ils ont adopté pendant l’ère communiste et par la suite changé – à l’instar de l’Union soviétique - en vue de rompre avec leur passé.
Non seulement ils ne l’ont pas fait, mais depuis 17 ans les autorités du pays continuent de saper la souveraineté de la Macédoine grecque en l’appelant « Macédoine égéenne » et de prétendre que cette région est un « territoire occupé » et qu’un jour il sera « libéré ».
Tandis que les chefs du gouvernement déclarent ne pas avoir de visées sur le territoire de la Grèce, ils refusent toutefois de retirer de telles prétentions des manuels scolaires, des discours, des articles, des cartes et des documents nationaux. En fait, en ne renonçant pas au nom que Tito donna à la région, ils perpétuent les objectifs de ce dernier.
Ce qui est encore plus affligeant pour les Grecs est que les dirigeants de l'ARYM insistent pour que leur pays utilise la dénomination « Macédoine » dans le nom de leur pays sans aucun qualificatif, ce qui contraste fortement avec les pratiques internationales et le bon sens.
Lorsque des parties d’une région historique appartiennent à deux pays, la région la plus nouvelle utilise un adjectif pour se distinguer de la plus ancienne – le Nouveau Mexique et le Mexique en sont l’exemple. Mais les dirigeants de Skopje ont jusqu’à présent rejeté toutes les appellations possibles proposées par le médiateur actuel des Nations Unies, M. Matthew Nimetz.
La Grèce ne conteste pas le fait qu’une partie de la Macédoine historique soit située à l’intérieur de l’ARYM et nous sommes prêts à accepter un nom composé. En revanche, l’ARYM persiste à revendiquer le nom d’une région tout entière, dont la majeure partie est située à l’extérieur de ses frontières.
Cette intransigeance se manifeste en dépit des efforts consentis par la Grèce pour maintenir de bonnes relations avec l’ARYM et apporter son soutien du point de vue économique. Au cours des dix dernières années, la Grèce a réalisé les plus gros investissements (plus de 1 milliard de dollars) et créé un maximum d’emplois en ARYM (20 000) plus que tout autre pays au monde.
La Grèce a également fait de grandes avancées pour tenter de résoudre le différend portant sur le nom sous les auspices des Nations Unies. Elle est à la table des négociations depuis 1995 et s'est montrée disposée à considérer une solution préconisée par le médiateur des Nations Unies – une appellation composée qui inclut la désignation géographique de Macédoine mais est suivie d'un adjectif qui permet de faire la distinction avec la province grecque du même nom. Cela est logique et juste pour les deux parties.
Les dirigeants de l’ARYM déclarent que cette question est une question bilatérale avec la Grèce qui ne devrait par conséquent pas avoir d'impact sur les chances qu'a leur pays d'adhérer à l'OTAN. Mais les alliances et les partenariats ne peuvent être établis que sur la base d’une confiance mutuelle et une bonne volonté. Pour l’ARYM la meilleure façon de le montrer est de résoudre maintenant le différend portant sur le nom.
La Grèce a parcouru plus de la moitié du chemin, presque les deux tiers, je dirais, et nous aurions espéré que l’ARYM ait à ce jour commencé à se rapprocher de nous. Mais ils sont restés inflexibles. Ils n’ont pas avancé d’un pouce.
Nous ne pouvons aller plus loin. Tant que le problème persistera, nous ne pourrons apporter notre soutien à la candidature de l'ARYM à l'OTAN ou à l'Union européenne. Jamais aucun gouvernement grec n'acceptera. Jamais aucun Parlement grec n’approuvera.