Par Dora Bakoyannis
1er avril 2008
The Wall Street Journal Europe
ATHÈNES – Le sommet de l’OTAN se tient cette semaine en Europe du Sud-est et la Grèce l’attend avec intérêt. Le choix de Bucarest pour accueillir ce sommet est empreint d’un symbolisme fort. La Roumanie et la Bulgarie, qui ont adhéré à l’Alliance atlantique en 2004 et à l’Union européenne l’année dernière, constituent un exemple réussi pour notre région.
En tant que plus ancien membre de l’OTAN et de l’UE dans la région, la Grèce ressent fortement l’obligation d’avoir une attitude constructive, solidaire et pragmatique vis-à-vis de ses voisins. Nous embrassons la politique de l’élargissement et je suis heureuse que deux des « trois de l’Adriatique» (Adriatic Three), la Croatie et l’Albanie sont aujourd’hui en mesure de promouvoir les principes du Traité de l’Atlantique nord, méritant ainsi leur invitation à l’OTAN lors du sommet de Bucarest. Toutefois, je regrette que l’on ne puisse pas en dire de même de notre voisin, l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM).
Depuis plus de 15 années, nos deux pays participent à des négociations concernant le différend sur le nom, sous l’égide des Nations Unies. La Grèce est réellement préoccupée par cette question. Mais qu’y a-t-il dans un nom, pourriez-vous demander ? Beaucoup, je vous assure.
Le mot “Macédoine” a toujours été utilisé pour délimiter une région géographique élargie, dont environ 51% appartient à la Grèce, 38% à l’ARYM et 9% à la Bulgarie.
Non seulement, le gouvernement de Skopje persiste à revendiquer le nom d’une région tout entière – dont la majeure partie est située à l’extérieur de ses frontières, mais aussi certaines autorités de l’ARYM persistent à présenter la Macédoine grecque comme une région « occupée ». Et alors que les dirigeants de Skopje déclarent ne pas avoir de visées sur le territoire grec, ils refusent de retirer de telles prétentions des manuels scolaires, cartes et documents nationaux.
Il y a quelques semaines, le Premier ministre de ce pays avait été photographié entrain de déposer une couronne au pied d’un monument sur lequel apparaissait une carte de ladite « Macédoine élargie». Cette carte incluait une partie importante du nord de la Grèce, y compris Thessalonique, la deuxième plus grande ville de Grèce.
Winston Churchill ne disait-il pas que « les Balkans produisent plus d’histoire qu’ils n’en consomment ». Ne commettons pas d’erreur: en raison du poids historique de cette région sensible, la monopolisation du terme Macédoine par un seul Etat ne peut en aucun cas contribuer aux bonnes relations de voisinage ou à la stabilité de la région. Perpétuer les problèmes ne fait que les empirer. Nous avons besoin d’une vraie solution à un vrai problème.
Et nous ne sommes pas les seuls dans cette recherche. Au Congrès américain, 115 membres, aussi bien des Républicains que des Démocrates, ont récemment voté en faveur de la Résolution 356, qui exprimait « le sentiment de la Chambre des Représentants que l’ARYM devrait arrêter les activités hostiles et la propagande à l’encontre de la Grèce et travailler avec les Nations Unies et la Grèce en vue de trouver un nom officiel mutuellement acceptable ». Les sénateurs Robert Menendez, Olympia Snowe et Barack Obama ont présenté une résolution similaire au Sénat.
La Grèce s’est employée sans relâche à répondre à la demande de l’ARYM pour une croissance économique et la stabilité régionale. La Grèce est l’investisseur le plus important du pays, avec plus de $1 milliard de fonds investis et plus de 20 000 emplois créés au cours des dix dernières années et le partenaire commercial le plus gros.
Nous sommes venus à la table des négociations avec un objectif bien clair. Une solution mutuellement acceptable qui n’a que trop tardé, à savoir une appellation composée qui contiendrait le terme « Macédoine » suivi d’un adjectif afin de faire la distinction avec la région géographique élargie de la Macédoine. La Grèce s’est engagée dans ce processus en faisant preuve d’un esprit ouvert et constructif. Notre gouvernement, dans le cadre d’une réorientation sans précédent de sa politique, a unilatéralement parcouru les deux tiers du chemin, en acceptant un certain nombre de propositions du médiateur des Nations Unies, Matthew Nimetz comme base de discussion. Nous nous sommes avérés particulièrement flexibles dans cette recherche de solution qui serait bénéfique pour les deux parties.
Malheureusement, nos amis de Skopje n’ont, jusqu’à présent, fait aucune avancée dans ce sens. Ils ne sont pas même d’accord sur la base des discussions, bien que cela soit clairement défini dans les deux résolutions du Conseil de sécurité et une résolution de l’Assemblée générale.
Leur politique contre-productive est une violation au principe fondamental des relations de bon voisinage – une condition fondamentale aux aspirations euro-atlantique de tout pays candidat. En ce qui concerne l’OTAN, la volonté de l’Alliance que ces critères soient respectés par les pays candidats a toujours été inébranlable. L’OTAN a toujours encouragé la pleine normalisation des relations, non seulement avec les pays aspirant à devenir membre, mais aussi avec des pays tiers voisins qui n’appartiennent pas à l’Alliance.
La Grèce consentira tout effort pour aboutir à une solution réelle et durable au nom de la paix et de la stabilité dans la région. Toutefois, les alliances et partenariats ne peuvent être bâtis que sur la base de la bonne volonté et de la confiance mutuelle.