Athènes, le 29 avril 2007
Journaliste : Les pays membres de l’UE ne sont pas parvenus à un accord concernant le futur statut du Kosovo. A ce sujet, la Grèce est, depuis le début, sur la même longueur d’onde que la Russie et la Serbie, qui se sont positionnées contre la modification des frontières dans les Balkans.
Mme Bakoyannis : Il est important pour nous de trouver une solution qui provoque le moins de tensions possibles dans la région. La question du Kosovo n’est pas facile pour la région, car on parle pour la première fois de modifier les frontières, ce qui constituerait une décision très importante. C’est pourquoi nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver une solution dont tout le monde puisse s’accommoder. Nous pensons, en tous cas, qu'il ne doit pas y avoir de décision unilatérale. Il devra y avoir une décision du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui posera les bonnes fondations. Nous avons besoin d’une décision de l’ONU, nous avons besoin d’une position commune de l’UE.
Journaliste : Ce serait une solution ambivalence, car il n’y a pas de solution qui puisse satisfaire les deux parties.
Mme Bakoyannis : Non, il n’y a pas de solution idéale. Les choses montrent qu'il faudra bien se préparer pour qu'il y ait le moins de problèmes possibles. Il n’y a aucune raison de résoudre un problème en en rajoutant dix autres.
Journaliste : Pensez-vous que la solution au problème du Kosovo n'est pas si centrale pour l’édification de la stabilité en Europe du Sud-est ?
Mme Bakoyannis : Nous édifierons la stabilité en Europe du Sud-est, si nous déclarons clairement aux peuples de la région qu'ils ont un avenir européen. Nous devons tout d’abord clarifier notre position au sein de l’Europe. Il faut que nous puissions convaincre quand nous faisons de telles déclarations. D’ailleurs, personne ne met en cause le fait que l’Europe du Sud-est appartient à l’Europe.
Journaliste : Tout particulièrement la Grèce.
Mme Bakoyannis : La Grèce a depuis longtemps soutenu l’avenir européen. Dès le départ, le soutien de la Grèce à la Bulgarie et la Roumanie était manifeste. Aujourd’hui, ces deux pays sont membres de l’UE. Nous ne pouvons accepter un « trou noir » à l’intérieur de l’Europe, notamment dans une région caractérisée par une Histoire mouvementée.
Journaliste : L’Europe du Sud-est renforce la coopération région avant le début d’un nouveau cycle d’élargissements.
Mme Bakoyannis : La coopération dans la région est très bonne. Tel est l’avenir de ces peuples, qui ont toutefois besoin d'une motivation politique, d'une sécurité et d'une vision. Une vision européenne. Pour nous « anciens de l’Europe », cette Europe va de soi aujourd’hui. Pour ces peuples, elle est une véritable vision. Des problèmes, comme celui du Kosovo, peuvent être résolus plus facilement dans le cadre européen.
Journaliste : Récemment la Grèce, la Bulgarie et la Russie ont signé un accord sur la création d'un oléoduc qui s'étendra jusqu'à la mer Noire. Combien cet accord est important pour la Grèce?
Mme Bakoyannis : Cela est très important pour la Grèce, mais aussi pour l’Europe et pour l’environnement. La circulation des navires dans le détroit du Bosphore est particulièrement dense. Si un incident se produit, on pourra parler de grande catastrophe environnementale. L’oléoduc permet aux navires de transporter le pétrole hors du Bosphore et de le charger sur d'autres navires. L’énergie est une question très importante pour l'ensemble de l'Europe. Il est très important qu’il y ait différents fournisseurs d'énergie. La Grèce, en raison de sa position en Europe du Sud-est, est devenu un centre énergétique.
Journaliste : La Grèce, en tant que pays méditerranéen souffre de l’immigration clandestine. Récemment, les ministres de l’Intérieur de l’UE ont conclu un accord sur la création d'une agence européenne des frontières, qui disposera de ses propres navires, hélicoptères, etc. La Grèce est-elle à l’origine de cet exploit ?
Mme Bakoyannis : C'est un exploit, en effet, mais ce n'est que le début. L’Europe doit garder ses frontières. Il est injuste que le poids soit supporté par les pays situés aux frontières extérieures. Ainsi, ce qui est important est que nous coopérons. Le Premier ministre, M. Karamanlis avait, il y a un an, proposé la création d’une agence européenne des frontières. Nous avons beaucoup investi dans les hors-bords. Toutefois, nous avons besoin du soutien européen, et pas seulement nous, mais aussi l’Espagne, le Portugal, l’Italie. Nous sommes situés aux frontières extérieures et nous efforçons de les garder au mieux, mais il s'agit avant tout d'une question européenne.
Journaliste : Peut-on faire face à ce problème en créant une agence des frontières?
Mme Bakoyannis : Non. Nous avons besoin d’une vision globale Nous devons offrir une aide aux pays d’origine, afin qu’elles puissent se développer économiquement et donner un véritable espoir aux hommes. Nous avons besoin d’une politique européenne d’immigration, politique que nous n’avons pour le moment toujours pas, car nous ne voulons pas nous accorder. Par ailleurs, nous devons garder les frontières. Ce sont seulement trois des domaines que nous devons traiter. Il n’y a aucun obstacle qui puisse arrêter une personne désespérée.
Journaliste : Comme en Afrique du Nord.
Mme Bakoyannis : Nous le voyons aussi là-bas avec ces personnes qui viennent d'Irak, en passant par la Turquie, et embarquent sur des bateaux de fortune au risque de leur vie et de celle de leurs enfants, car ces gens sont désespérés. L’Europe se trouve dans une position difficile, mais avant tout nous ne devons pas oublier que nous appartenons aux riches de ce monde et de ce fait nous devons élaborer une politique, qui nous permettra de donner plus que ce que l’on donne aujourd’hui. L’UΕ est d’ores et déjà le plus important donateur d’aide humanitaire. Nous devons comprendre que cela est dans notre intérêt.
Journaliste : Passons à la question chypriote. Le sentiment quelque peu optimiste que l'adhésion de la République de Chypre conduirait au règlement de la question n’a pas été confirmé. Comment peut-on donner une nouvelle impulsion à la question ?
Mme Bakoyannis : Une initiative de reprise du dialogue bilatéral avait débuté en février 2006 sous l'égide de l'ancien Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan. Il y a une proposition très précise et j’espère que ce plan a été modifié. Très honnêtement, nous ne nous attendons pas à un grand progrès avant les élections en Turquie. Après les élections, nous nous attendons à ce que le nouveau gouvernement turc clarifie sa position.