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Athènes, le 25 février 2007

 

 

 

Journaliste: Mme Bakoyannis, la semaine dernière M. Tassos Papadopoulos a visité Athènes. Au même moment, les menaces de tensions en Méditerranée et en mer Egée proférées par la Turquie au sujet du pétrole  se multiplient. Ces menaces vous inquiètent-elles et Athènes est-elle prête à soutenir les décisions de Nicosie ?

 

 

Mme Bakoyannis: Il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Comme tout Etat indépendant et souverain, Chypre, l’Egypte et le Liban ont bien entendu le droit de signer des accords interétatiques et de les appliquer. C’est un principe fondamental et inviolable du droit international, mais aussi une pratique quotidienne dans les relations internationales qui va de soi.

 

Journaliste: Quoi qu’il en soit, l’histoire a montré que la partie grecque  est en « retard » au niveau de la planification et de l’exécution des décisions relatives à la gestion des crises par rapport à la Turquie qui atteint toujours les résultats qu’elle souhaite, à savoir que la partie chypriote grecque n’exerce pas ses droits souverains. Qu’est-ce qui changera et qu’entend Athènes par soutien concret ?

 

Mme Bakoyannis : La Grèce avance sur la scène internationale avec sûreté et confiance. Car la misère et la lamentation ne sont pas dans notre caractère. Permettez-moi M. Kottaridis de signaler que je ne partage pas du tout le raisonnement de votre question.  Ne reproduisons pas ces stéréotypes : que la Grèce est soi disant en « retard » et que les autres arrivent toujours à leur fin grâce à leur soi disant « esprit malin ».   Ces stéréotypes non seulement ne correspondent pas à la réalité et ne favorisent pas les relations entre les pays et leurs peuples, mais aussi sapent le débat public ; par conséquent l’opinion publique a du mal à comprendre ce qui se passe en réalité. La réalité est la suivante - et je voudrais être bien claire sur ce point : nos droits souverains ne sont pas à négocier. Jamais n’avons dans le passé permis - ni n’avons l’intention de permettre – que nos droits soient contestés ou que leur exercice soit entravé. Et c’est grâce à notre politique que nous y parvenons. Une politique qui est basée sur les principes du droit international, que nous exerçons depuis notre position au cœur de l’Union européenne, mais aussi une politique qui garantit nos droits souverains et promeut les intérêts nationaux de notre pays.

 

 

Journaliste: Le fait que vous n’étiez pas présente au dîner offert à M. Tassos Papadopoulos par M. Kostas Karamanlis a alimenté les rumeurs qui disent que vos relations avec les dirigeants chypriotes ne sont pas des meilleures…

 

Mme Bakoyannis : Je n’aurais de cesse de répéter que nos relations avec les dirigeants chypriotes sont excellentes. Nos contacts sont continuels et notre coopération est étroite, tant avec M. Papadopoulos qu’avec mon homologue M. Lillikas. Je comprends qu’une telle éventualité aurait un intérêt médiatique mais rien ne se passe en coulisses. C’était une rencontre entre les deux dirigeants durant laquelle ils ont eu l’occasion de faire une discussion amicale et utile sur des questions d’actualité d’intérêt mutuel.

 

Journaliste: Les médias ont également fait état d’une autre question. Est-ce que le gouvernement grec a été informé des initiatives de la République chypriote ou non ?

 

Mme Bakoyannis: Je pense que cette question a été clarifiée aussi bien par les déclarations du Président de la République chypriote lors de sa visite que par mes déclarations devant le comité « Affaires générales et de défense» où j’ai été bien claire. Je répète l’évidence : la conclusion de ces accords constitue un droit de la République chypriote souveraine qui va de soi.

 

Journaliste: Nombreux sont ceux qui considèrent que, vu la période préélectorale en Turquie, à Chypre et en Grèce nous ne devons pas attendre de grandes évolutions pour ce qui est de la question chypriote. Pensez-vous qu’après le rejet du plan Annan on puisse espérer qu’à un moment donné la question chypriote sera réglée ?

 

Mme Bakoyannis: L’atteinte d’une solution juste, durable et fonctionnelle à la question chypriote sur la base des résolutions du Conseils de sécurité, du droit international, des principes et des valeurs européens et du droit communautaire demeure un objectif ferme de la Grèce. En ce moment un effort substantiel est en cours en vue de valoriser et d’appliquer l’accord de juillet dernier entre Papadopoulos, Gambari et Talat. Il est vrai que la partie chypriote turque, de par son attitude, ralentit ces efforts. Toutefois nous espérons que tous ces obstacles seront surmontés. Nous espérons que bientôt l’état stationnaire sera levé et que les consultations entre les deux communautés démarreront de nouveau. Pour notre part, nous continuons de soutenir fermement les efforts en faveur d’un processus bien préparé de règlement de la question qui permettra à tous les habitants de l’île, Chypriotes grecs et turcs d’aspirer ensemble à un avenir européen commun.

 

Journaliste: Vous avez récemment effectué une tournée dans les villages de la minorité à Thrace. Nombreux ont critiqué cette visite en arguant du fait que les mesures qui concernaient des citoyens grecs ont été annoncées par la ministre des Affaires étrangères du pays.

 

Mme Bakoyannis : Il faut clarifier que le statut de la minorité à Thrace est régi par le Traité de Lausanne. La responsabilité de l’application du traité de Lausanne incombe au ministre des Affaires étrangères. J’ai donc visité Thrace tout comme tous mes prédécesseurs dans le passé, M. Pangalos par exemple. Quoi qu’il en soit, je vous rappelle que je suis un cadre politique actif. Qui a dit qu’il était interdit à un homme politique devenu ministre des Affaires étrangères d’avoir des contacts avec des citoyens grecs ? Mais passons maintenant à ces mesures, ce qui est d’ailleurs le plus important : cette série de mesures a été annoncée par le comité gouvernemental et est le résultat d’un travail coordonné effectué par nombreux ministères. Certaines voix se sont élevées, mais elles concernaient des questions procédurales et non le fond des mesures et de la politique. Ces mesures constituent un renforcement et un approfondissement substantiels de la politique d’égalité devant la loi et l’Etat pour ce qui est de la minorité musulmane à Thrace. Elles font partie de la politique moderne européenne qu’applique la Grèce au sujet des minorités. Elles font partie intégrante de notre politique de développement global dans la région de Thrace et de Macédoine dans le cadre des nouvelles perspectives qui s’ouvrent  pour la région après l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne. Aucune voix critique ne s’est élevée contre ces questions- ces questions de fond qui concernent les citoyens.  Car tous s’accordent que cette politique est juste et apporte des résultats.

 

 

Journaliste : Malgré cela, M. Gul continue de parler de Thrace lors de vos rencontres et qui plus est il n’a pas semblé satisfait des mesures qui ont été annoncées.

 

Mme Bakoyannis : Ecoutez Monsieur Kottaridis, les mesures annoncées par le gouvernement n'étaient pas destinées à des citoyens étrangers. Ces mesures prises par le gouvernement étaient destinées aux citoyens de Thrace, qu’ils soient chrétiens ou musulmans.

 

Journaliste : Au chapitre de Skopje, aurons-nous un développement quelconque car il semblerait que la question du nom n’avance pas. Compte tenu également de la position de la communauté internationale qui, en fait, dans sa majorité a reconnu le pays sous l’appellation « Macédoine », je ne peux imaginer de nombreuses raisons pour que le gouvernement de Skopje fasse marche arrière.

 

Mme Bakoyannis : Permettez-moi de vous donner quelques raisons sérieuses. Le pays voisin ne peut que tirer avantage de la normalisation de ses relations avec la Grèce et cette normalisation ne peut être atteinte que lorsqu’une solution mutuellement acceptable sera apportée à la question du nom. La Grèce, par sa politique et ses importants investissements à Skopje, soutient l’économie, le développement et la stabilité du pays. N’oublions pas que nous sommes les premiers investisseurs à Skopje. Dans un même temps, nous avons soutenu concrètement le rapprochement des pays des Balkans occidentaux avec les institutions euro-atlantiques. Ce soutien implique néanmoins le respect des obligations qui ont été assumées, le respect du droit international et des traités, l'attachement aux relations de bon voisinage et le non recours à des actions visant à provoquer des tensions et des frictions. Les récentes décisions et actions des dirigeants à Skopje et l’attitude non productive qu’ils continuent d’avoir ne sont pas compatibles avec les efforts élémentaires que je vous ai mentionnés. La recherche d’une solution mutuellement acceptable d’une part renforcera nos relations bilatérales et la coopération régionale, d’autre part elle facilitera le progrès de la perspective euro-atlantique de notre pays voisin ; dans ce contexte, le soutien de la Grèce leur paraîtra nécessaire. J’espère que le gouvernement de Skopje, qui est composé de personnes jeunes et dynamiques, prendra conscience des avantages offerts par une solution mutuellement acceptable et décidera de se tourner vers un avenir européen commun.

 

Journaliste : Dans quelle mesure doit-on être inquiets des développements au Kosovo ?

 

Mme Bakoyannis : La question de la définition du statut futur du Kosovo se trouve aujourd’hui à un stade critique et cette question doit être envisagée avec la plus grande attention. Comme vous le savez, les pourparlers entre les parties sur les propositions Ahtisaari ont débuté la semaine dernière. Ce que l’on peut affirmer à l’heure actuelle est qu’il s’agit d’une négociation particulièrement difficile et que les deux parties doivent faire preuve de maturité, de réalisme et d’un esprit constructif. Notre politique poursuit un objectif premier : la recherche d’une solution résultant d’un compromis qui garantirait au mieux la paix, la stabilité et le développement de la région élargie. Nous soutenons les efforts consentis en vue de rapprocher les différends, de trouver une solution qui garantisse la fonctionnalité et la viabilité du résultat et facilite la discussion au sein du Conseil de sécurité de l'ONU dans un mois environ. Les principaux critères devront être le renforcement de la stabilité régionale, la garantie du caractère pluriethnique du Kosovo, de l’égalité des chances et des droits et le développement pour tous.  Dans un même temps, nous continuons d’affirmer avec force que la solution qui sera atteinte devra être conforme aux valeurs et principes européennes et s'inscrire dans le cadre de la perspective européenne de la région.

 

Journaliste : Pensez-vous que des élections anticipées et un nouveau mandat faciliteraient le gouvernement dans sa mission ?

 

Mme Bakoyannis : Le gouvernement a encore beaucoup à faire. Nous travaillons et atteignons progressivement les objectifs de haut niveau que nous nous étions fixés au début de notre mandat. Nous concrétisons les engagements que nous avons pris vis-à-vis des citoyens européens. Telle est notre priorité. Nous exerçons notre politique avec responsabilité, c'est pourquoi la confiance dont témoigne la grande majorité des citoyens grecs nous fait particulièrement honneur. Nous promouvons le programme des réformes, nous faisons face aux problèmes et créons de nouvelles perspectives de développement et de progrès pour le pays avec responsabilité et insistance. C’est ce nous faisons - et nous continuerons de le faire - et c'est sur la base de ce travail que les citoyens nous jugeront au moment des élections. 

 

 

Journaliste : Beaucoup vous considèrent comme le prochain dirigeant de la Nouvelle Démocratie. Que pensez-vous de la concurrence, une fois bien sûr que Kostas Karamanlis aura remplit sa mission.

 

Mme Bakoyannis : Une telle question n’a pas lieu d’être. Au contraire, la Nouvelle Démocratie et le pays ont à leur tête une personne jeune, efficace et capable qui exerce son devoir avec sérieux et responsabilité, une personne qui jouit de la confiance et du soutien du peuple grec.

 





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