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Athènes, le 24 janvier 2007 

 

 

JOURNALISTE: Monsieur le ministre adjoint, la Turquie a récemment, dans un discours du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gul devant l’Assemblée nationale turque, soulevé officiellement la question de «la minorité en Thrace », en demandant au gouvernement grec de négocier sur ce dossier. Athènes a répondu qu’il n’était pas question de négocier. Pensez-vous que cette réponse permette de clore le débat ou bien es Turcs soulèveront-ils cette question à chacune de leur rencontre et contact?


E. STYLIANIDIS : Toutes ces allégations traduisent plutôt l’embarras de la partie turque vis-à-vis de l’évolution des questions euro-turques et sont hors de la réalité politique contemporaine. La Grèce, en Thrace, applique une politique européenne contemporaine en matière de minorités, qui a en fait débuté en 1990, avec la politique de l’égalité devant la loi.


Ayant été le ministre du gouvernement qui avait accompagné Tayyip Erdogan il y a quelques années dans la région, je peux vous affirmer que le Premier ministre turc a eu l’occasion de voir un modèle, qui, s’il est appliqué par la Turquie dans sa législation, lui permettra d’adhérer plus rapidement à l’Europe.


JOURNALISTE: Vous a-t-il confié une telle chose ?


E. STYLIANIDIS :   Je l’ai constaté dans ses réactions. Lorsqu’il a visité quelques villages de la région, il a pu voir combien cette minorité était libre, il entendait l'Imam prier dans les hauts parleurs du minaret, il voyait les femmes en tchador répondre à son appel, il constatait que de nombreuses entreprises appartenaient à des Grecs de religion musulmane, on pouvait lire son enthousiasme sur son visage.

 
Et ses réactions ont montré qu’il voyait de ses propres yeux ce pour quoi il avait lui-même été en prison dans le passé.

 


JOURNALISTE: Quand les Turcs affirment vouloir une « négociation » sur la question des minorités, qu’entendent-ils exactement par là?


E. STYLIANIDIS : La question de la négociation ne se pose pas. A mon sens, les dirigeants politiques et militaires turcs sont déconcertés devant les critiques qui viennent de l’Europe, tandis que dans un même temps, ils devront respecter les obligations assumées vis-à-vis de l’UE. Vu que tout cela a un coût politique, une tentative est faite pour rééquilibrer la situation en soulevant des questions qui n'ont pas lieu d'être, dans le seul but d'impressionner.


JOURNALISTE: De temps à autre, on peut lire des articles sur le consulat de Turquie à Komotini. Pouvez-vous, en votre qualité de ministre des Affaires étrangères et étant originaire de Thrace, décrire son rôle dans la région?


E. STYLIANIDIS :   C’est une représentation diplomatique qui souvent, dans le passé, a dévié de sa mission et a dépassé les limites de son rôle. J’ose croire que ces dernières années, elle essaie elle aussi de s’adapter à la nouvelle donne et de promouvoir des relations amicales entre la Grèce et la Turquie. Nous ne la critiquons pas tant qu’elle fonctionne ainsi. Mais nous exprimons notre opposition lorsqu’elle franchit les limites de son rôle. Je dois dire que ces dernières années, les relations entre la société locale et le consulat de Turquie ont fortement progressé.


JOURNALISTE: Certains diplomates affirment que Thrace est la région des Balkans la plus sensible après le Kosovo. Est-ce que ces affirmations vous font peur?


E. STYLIANIDIS : De telles comparaisons n'ont pas lieu d'être et je vais vous dire pourquoi : dans la région de Thrace, nous avons développé un modèle agressif de société démocratique ouverte, dans laquelle les différentes cultures coopèrent.

 
Ce qui hier constituait un problème à Thrace est aujourd’hui un avantage. Dans cette région, nous avons développé un modèle qui ne souffre aucune comparaison.


JOURNALISTE: Les visites effectuées de temps à autre dans la région de Thrace par des diplomates américains et des envoyés spéciaux afin de décrire la situation vous dérangent-elles ?


E. STYLIANIDIS :   Elles ne me dérangent pas, bien au contraire, j'encourage à ce qu’elles aient lieu. J’ai toujours entre les mains une invitation ouverte pour les diplomates, les journalistes, les hommes politiques, les hommes d’affaires, afin qu’ils puissent voir ce que nous avons construit dans cette région. Tous ceux qui sont venus ici et qui ont suivi une visite guidée, et non une visite de propagande, sont partis très impressionnés. Tous les rapports récents reconnaissent tous nos efforts.


JOURNALISTE: Comment jugez-vous la réaction provocatrice – si vous me permettez l’expression – de vos confrères  députés de Thrace, qui deviennent le porte-parole d’Ankara ?


E. STYLIANIDIS : Le député de la Nouvelle Démocratie, M. Ahmet Ilhan est un collègue et ami. Je vois l’effort que consent mon collègue pour ne pas devenir le porte-parole d’une ou de l’autre partie et pour s’efforcer de transmettre de toutes parts la voix de la minorité.

 
Nous ne devons pas oublier que nous sommes face à des mentalités et des intérêts qui définissent les relations dans la région pendant de nombreuses décennies.

 

 

JOURNALISTE: Le gouvernement prévoit un nouvel ensemble de mesure concernant Thrace. Que comprend-il exactement ?


E. STYLIANIDIS : Le principal domaine dans lequel l’Etat grec doit investir est l’éducation, un deuxième concerne des questions de nature quotidienne et un troisième est la protection de la liberté religieuse.


JOURNALISTE: Pouvez-vous nous citer quelques exemples?


E. STYLIANIDIS : Dans le domaine de l'éducation, nous avons étendu les mesures concernant l’admission dans des universités aux diplômés de lycées techniques et professionnels, où les enfants de la minorité représentent la majeure partie des élèves. La base de 50% n’est pas valable pour les élèves présentant des désavantages linguistiques, en raison des lacunes qui existaient dans le passé dans notre système éducatif en Grèce.


Nous avons permis à cinq mille musulmans de la région de Rodopi seulement d’avoir accès à l’éducation tout au long de la vie. Nous avons permis l’enseignement de la langue turque dans les écoles publiques grecques, car une grande partie de la minorité préfère les écoles grecques qui leur permettent de s’intégrer plus facilement au marché du travail. Nous avons soutenu et continuons de soutenir, à travers un nouvel ensemble de mesures, l’amélioration des infrastructures des établissements scolaires de la minorité.

 


JOURNALISTE: Quand ces mesures seront-elles présentées ?


E. STYLIANIDIS : Les nouvelles mesures résulteront de la décision d’une commission gouvernementale qui sera prise dans un avenir proche et une visite de la ministre des Affaires étrangères dans la région de Thrace lui permettra d'aborder ces questions dans leur détail.


JOURNALISTE: Restons-en aux questions relatives à la région élargie. Nous nous dirigeons vers l’indépendance du Kosovo.  Quelles les informations que vous avez à ce sujet ?


E. STYLIANIDIS : Mes informations ne font pas état d’une telle chose. Selon mes informations, un effort systématique est consenti par les organisations internationales afin de trouver une solution qui ne provoquera pas des bouleversements.


JOURNALISTE: Où en sont les relations gréco-turques aujourd’hui ? Sont-elles entre stagnation et régression ?


E. STYLIANIDIS : Seul un domaine enregistre des progrès, l’économie, ce qui est non négligeable, car à travers la diplomatie économique un nouveau statu quo économique se crée en Turquie, qui a beaucoup à gagner de la stabilité et de la paix, comparé à l’ancien statu quo, qui avait beaucoup à gagner de l’armement et des conflits.


JOURNALISTE: 2006 était l’année de la diplomatie économique, avec des ouvertures en Chine et dans le monde arabe. Qu’attendons-nous en 2007 ?


E. STYLIANIDIS : Nous préparons trois actions. La première concerne l’ouverture de la Grèce en Inde, où se rendra le ministre des Finances, puis le Premier ministre. Notre ouverture à l’Australie et à l’Afrique du Sud et dans un deuxième temps, notre ouverture aux Etats-Unis, où nous sommes de toutes façons présents avec la communauté grecque. Toutefois, nous devrons consentir un effort plus qualitatif et systématique afin de créer des intérêts réciproques pour notre économie nationale. Jusqu’à présent, nous avons visité 48 pays environ et avons organisé 20 missions d’affaires.





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