Athènes, le 22 janvier 2007
Journaliste: Monsieur le ministre adjoint, après l’attaque terroriste contre l’ambassade des Etats-Unis, un débat a été engagé - notamment sur une base idéologique et politique - sur la nécessité ou non d’utiliser des cameras de surveillance pour des raisons de sécurité. Etes-vous en faveur de l’installation de ces cameras et pourquoi ?
M. Kassimis: La question de l’installation de cameras de surveillance dans des lieux publics est devenue une idéologie pour de nombreuses personnes qui se posent de faux problèmes. Il est idiot de parler de « protection de la vie privée » s'agissant d’actes commis dans un lieu public (sur la place de Syntagma, sur l’avenue Vassilissis Sofias, etc.). La vraie question que l’on doit se poser n’est pas si les caméras doivent enregistrer, mais plutôt sous quelles conditions et à quel moment on peut avoir accès aux enregistrements et dans quel cas ces enregistrements peuvent être utilisés. Je pense que lorsqu’un acte criminel est commis (acte terroriste, assassinat, etc.) dans un lieu public, le procureur général compétent doit avoir le droit, par sa propre décision, d’autoriser les autorités chargées d'enquêter d'avoir accès aux enregistrements des caméras de surveillance sur les lieux de l’acte criminel dans des périodes spécifiques, ce qui permettra de faciliter l’enquête. Qui pourrait en avoir peur, hormis les criminels eux-mêmes ? Ceux qui sont en faveur de l’interdiction totale des cameras en invoquant la soi-disant protection de la vie privée, protègent en réalité - involontairement bien entendu - les criminels et laissent la société sans protection.
Journaliste: Nombreux sont ceux qui affirment, que s’il y a un « filet de sécurité » qui garantit les droits individuels, ils reconsidéreront la question. Mais qu’entend-on par filet de sécurité ? Quelle définition en donneriez-vous ?
M. Kassimis: Je crois que l’interdiction d’accès aux enregistrements et l’utilisation des images enregistrées sur ordre du juge compétent en vue d’enquêter sur un acte punissable constitue le filet de sécurité le plus solide dans une démocratie.
Journaliste: Nombreux sont ceux qui pensent que notre pays est le dernier pays communiste de l’Europe, dans le sens où la rhétorique de la gauche émeut les gens indépendamment de leur orientation politique et influent sur nombreux domaines de notre vie. Pensez-vous que la société grecque a perdu la mesure et quelle est la cause de ce phénomène ?
M. Kassimis: Je n’accepte pas cette logique qui, à mon sens, vient sous-estimer le système de valeurs centré sur l’homme qui est inhérent à la mentalité des Grecs. Le problème est que cette grandeur d’esprit des Grecs est exploitée à des fins anti-sociales et anti-démocratiques. La soi-disant protection des droits individuels ne peut laisser la société sans protection. Ni bien entendu le contraire. Aussi bien ceux qui soutiennent les droits individuels en négligeant les droits des autres citoyens, en tant qu’ensemble social, que ceux qui sous le prétexte de la protection des droits de la société négligent les droits individuels, violent en réalité les principes de la société démocratique. Ce qui à mon sens fait défaut à la vie publique est « la mesure », ce qui a comme résultat la distorsion de la réalité.
Journaliste: Le gouvernement est devenu la cible de nombreuses critiques au sujet de sa politique inefficace au cours des trois dernières années dans le domaine de la lutte antiterroriste tandis que l’opposition a fait preuve d’une grande activité dans ce domaine. Il y a eu de fortes indications (comme par exemple la bombe à Kallithea et à Rouf et autres incidents) qui attestaient que la lutte contre le terrorisme n’est pas définitivement vaincu. Aujourd’hui, l’opposition vous accuse de dissolution de la brigade antiterroriste. Que répondez-vous à cela et à la critique plus générale sur l’inefficacité de la politique du gouvernement en matière de sécurité ?
M. Kassimis: Je ne veux sous-estimer tout ce qui a été fait dans le passé et, en effet, de nombreuses actions ont été entreprises au cours des six dernières années. Toutefois je voudrais signaler à ceux qui critiquent la direction actuelle du Ministère de l’Ordre public que si la bombe n’avait pas explosé entre les mains de Xeros, on parlerait probablement encore aujourd’hui de l’organisation du « 17 novembre ». Je pense que les critiques relatives à l’ « engagement politique » de la direction actuelle du ministère de l’Ordre public ne méritent pas d’être commentées. Toutefois, j’aimerais dire que nous devons cesser d’induire en erreur les citoyens et laisser la police faire son travail. On ne lutte pas contre le terrorisme et le crime en proférant des incantations ou des déclarations pompeuses.
Il faut que la société reconnaisse le travail des enquêteurs et soutienne les actions des forces de sécurité toujours dans le cadre du système démocratique. La police doit cesser d’être l’ « arène » des ambitions politiques et doit être considérée par tous comme faisant partie intégrante des dispositifs de protection de notre démocratie et de la liberté de nos citoyens.
Journaliste : Monsieur Kassimis, en votre qualité de ministre des Affaires étrangères, pouvez-vous évaluer l’impact qu'aura cet acte sur notre pays au niveau international. Pensez-vous que l'image de notre pays en soit ternie ?
T. KASSIMIS : En dépit des efforts que nous consentons pour ternir l'image de notre patrie, la communauté internationale et la presse internationale ont réagi avec sang froid. Les déclarations de l’ambassadeur des Etats-Unis et du représentant de la Maison Blanche n’ont permis à quiconque d’utiliser ce récent événement au détriment de la Grèce. Cet événement a été présenté dans sa dimension réelle, dans la réalité mondiale actuelle, ce qui constitue un développement positif pour notre pays qui continue d'être aux yeux de tous un havre de sécurité, de paix et de coopération dans une région du monde particulièrement agitée.
Journaliste : Dans le passé, le terrorisme en Grèce avait fait que notre pays devait rendre compte de ses actes aux autres pays et l'avait rendu vulnérable aux pressions et au chantage. Craint-on qu’une telle situation se reproduise ?
T. KASSIMIS : Je ne le crois pas, sauf si nous nous causons nous-mêmes du mal. Après les Jeux Olympiques et l’attitude adoptée par toutes les forces politiques en Grèce, la position de la communauté internationale a changé radicalement. Le seul danger est que la presse ou que certains hommes politiques exagèrent. La position des dirigeants du principal parti de l’opposition, malgré une démagogie occasionnelle servant les intérêts des partis, sera – à mon sens – positive et ne permettra pas de compromettre les intérêts du pays.
Journaliste : Les exemptions illégales du service militaire ont montré qu'il existait deux catégories de citoyens en Grèce. Êtes-vous d’accord avec la position adoptée par l’Autorité de protection des données personnelles, qui est de ne pas publier les noms de tous ceux qui ont enfreint la loi au détriment du reste de nous tous qui avons accompli notre devoir militaire, et ce dans des circonstances parfois difficiles ?
T. KASSIMIS : Je pense que la décision en question de l’Autorité est inacceptable, non démocratique et constitue une offense pour notre société. Pourquoi devrait-on protéger celui qui a enfreint la loi ? Pourquoi ne pas respecter les millions d’enfants grecs qui ont accompli leur devoir envers leur patrie? Et à ce stade, j’aimerais mettre en avant une autre logique « raciste » de l’Autorité en question. Certains font valoir que les noms des enfants de personnes célèbres peuvent être publiés. Je ne comprends pas le sens de tout cela et sur la base de quels principes démocratiques et d'égalité devant la loi ladite Autorité peut prendre de telles décisions.
De surcroît, comme l'a si bien dit le ministre de la Défense nationale, M. Meïmarakis, qu'entend-on par personne célèbre? Est-ce le parent d’un homme politique, d’un journaliste, d’un artiste, d’un armateur, d’un footballeur et non pas quelqu’un qui possède assez de millions (non déclarés la plupart du temps) pour racheter le réseau illégal tout entier permettant d’accorder des exemptions ? Et enfin, depuis quand l’illégalité confère des titres de noblesse ? Tous les noms, sans exception, doivent être rendus public et je suis surpris de voir que l’ensemble de la presse et des forces politiques n'exige pas catégoriquement qu'une telle chose ait lieu.