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Athènes, le 12 décembre 2007

Monsieur le Président,

Chers collègues,

« Un mois s’est à peine écoulé depuis notre dernière rencontre ici au Comité Défense nationale et Affaires étrangères et notre discussion sur la politique étrangère de notre pays.

Les orientations principales, les choix stratégiques de la politique étrangère ne changent pas en si peu de temps.

Toutefois, en raison des évolutions et des événements survenus ces derniers jours, il me paraît utile d’en informer le Comité et, par son intermédiaire, la Délégation nationale et le peuple.

Chers collègues,

Dans l’environnement international actuel, une seule constante demeure : l’instabilité.

Dans cet environnement international, la tendance à une coopération renforcée et à l’intégration à des structures plus élargies, comme c’est le cas de l’Union européenne, va de pair avec une tendance tout à fait opposée, celle des sécessions et des fragmentations.

La Grèce, à travers sa politique, s’efforce de soutenir et de renforcer la première tendance et de contribuer – dans la mesure du possible – à la prévention et à la lutte contre les conséquences de la deuxième.

Tel est d’ailleurs l’élément fondamental et dominant de notre politique balkanique. D’une part nous encourageons et soutenons les efforts de nos Etats voisins en faveur d’une perspective européenne substantielle puisque l’avenir européen constitue un catalyseur puissant de stabilité, de paix et de progrès, dont notre région a tant besoin.

D’autre part, nous œuvrons en faveur de solutions convenues, mutuellement acceptables à des questions demeurant au suspens qui influent sur la stabilité et la sécurité régionale.

L’entreprise est difficile.

La situation dans les Balkans occidentaux est extrêmement complexe. C’est pourquoi nous devons prendre des décisions prudentes.

La question du Kosovo figure bien entendu au cœur de nos préoccupations. Au cours de ces quatre derniers mois critiques, la Troïka des médiateurs internationaux a entrepris de nombreux efforts dignes d’éloges. Toutefois, l’impasse n’a pas été évitée et aucun accord n’a été atteint.

Et puisque je parle en toute franchise et sincérité, je tiens à souligner que l’annonce précipitée – et à notre avis erronée – de la perspective d’indépendance du Kosovo, n’a pas facilité les négociations de la Troïka.

Dans ces conditions, nombreux sont ceux qui soutiennent – que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE – que le parcours vers une forme d’indépendance, quelle qu’elle soit, est inéluctable. Aussi pour eux la question n’est-elle pas de savoir « si »  mais « quand » et « comment ».

Dès les premiers moments, la Grèce a adopté une attitude responsable. Nous étions et nous sommes très réticents à l’égard d’éventuelles actions unilatérales.

Aujourd’hui encore, Belgrade et Pristina ont du mal à parvenir à un accord ; la Grèce adoptera de nouveau une politique prudente. Sans actions, ni décisions précipitées.

Notre objectif est d’assurer la stabilité et la paix mais aussi le rôle et les intérêts de la Grèce dans la région.

L’échéance fixée pour parvenir à une solution convenue a expiré, toutefois nous pensons que les efforts diplomatiques sont loin d’être épuisés. Aujourd’hui encore  les efforts en faveur d’une solution sur une base consensuelle doivent se poursuivre.

 

En outre, une discussion critique sur la base des conclusions de la Troïka des médiateurs aura lieu le 19 décembre prochain au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Une période de réflexion sera nécessaire afin que Belgrade et Pristina puissent évaluer et examiner les nouvelles données avec sérénité. Il est très important que les parties impliquées évitent des actions qui entraveraient les efforts consentis jusqu’à présent.

En outre, toutes les parties doivent prendre en considération les élections présidentielles qui se dérouleront bientôt en Serbie, – probablement d’ici à la fin du mois de janvier. Nous ne devrons pas prendre des décisions précipitées qui ne feraient qu’encourager et renforcer les voix extrémistes dans un pays aussi important pour la stabilité régionale.

Au même titre, l’UE doit transmettre un message positif fort à la Serbie pour ce qui est de sa perspective européenne.

La Grèce a entrepris une initiative importante en 5 points visant à donner un nouvel élan à la perspective européenne des Balkans occidentaux. L’UE débattra de cette question dans les mois qui viennent.

Dans ce cadre, la Grèce a proposé d’accélérer les procédures y relatives de sorte que la Serbie, après la signature rapide de l’Accord de Stabilisation et d’Association avec l’UE, obtienne d’ici à la fin de 2008 le statut de pays candidat à l’adhésion.

Pour ce qui est des actions entreprises dans le cadre de l’UE, nous pensons que l’UE doit être présente au Kosovo car cela contribuera à la stabilité de la région. Toutefois, il est important que la mission de l’UE soit dotée de la plus grande légitimité possible. Nous devons assurer tant l’unité de l’UE que l’efficacité de sa mission.

Hier, lors du Conseil « Affaires générales » de l’UE, la Grèce a soutenu ces positions. Comme vous le savez, le texte des conclusions du prochain Conseil européen relatif au Kosovo n’a pas été adopté. Le texte sera de nouveau abordé jeudi au niveau des Chefs d’Etat et de gouvernement.

Indépendamment de l’issue définitive du Conseil européen et des discussions au Conseil de sécurité des Nations Unies, je tiens à souligner que, pour ce qui est de la question du Kosovo plus particulièrement, la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie, à savoir les trois Etats membres de l’UE, jouent un rôle substantiel dans la région. Je pense que les raisons sont bien évidentes. C’est  justement cette question que nous aurons l’occasion d’aborder à Athènes le 22 décembre avec mes homologues, MM. Ivail Kalfin et Adrian Cioroianu. Lors de cette rencontre de trois jours qui aura lieu à l’issue de la réunion au Conseil de sécurité, nous échangerons des points de vue sur toutes les questions de notre région.

Pour conclure, j’aimerais souligner que tous les textes européens et internationaux y relatifs doivent clairement indiquer que le cas du Kosovo est un cas unique. 

Le Kosovo ne doit en aucune manière créer un précédent qui aurait des conséquences négatives sur la stabilité des frontières internationales et le respect des principes de l’intégrité territoriale, de la souveraineté nationale, du règlement pacifique des conflits et des relations de bon voisinage.

Mes chers collègues,

Le respect tangible des relations de bon voisinage revêt une importance majeure pour les relations entre les pays de la région et est une condition pour le parcours des pays aspirant à adhérer à l’UE et à l’OTAN.

La question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine est étroitement liée à ce principe.

Nous avons à maintes reprises souligné que seule une solution mutuellement acceptable à cette question pourrait constituer la base pour l’établissement de relations d’alliance dans le cadre de l’OTAN et de relations solidaires de partenariat dans le cadre de l’UE.

C’est pourquoi, les négociations menées depuis longtemps dans le cadre des Nations Unies doivent très rapidement – d’ici au printemps prochain –  trouver une issue  heureuse.

Notre position ainsi que notre attitude constructive sont persuasives et favorablement accueillies. C’est la première fois que cette position se reflète d’une manière aussi claire dans le communiqué récent des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN ainsi que dans le texte des conclusions du Conseil « Affaires générales » de l’UE.

Pour ce qui est plus particulièrement du texte des conclusions, le gouvernement de Skopje est appelé à consentir des efforts substantiels pour parvenir à un accord dans le cadre des négociations au sein des Nations Unies.

Le fait que l’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies, l’Ambassadeur M. Nimetz ait proposé l’intensification des consultations y relatives constitue une évolution positive.

Toutefois le chemin n’en sera pas moins long et difficile. Les antagonismes devront de plus en plus s’intensifier vers le printemps 2008. Nous sommes préparés à cela. Nous poursuivrons notre politique avec sérénité et confiance. Tout le monde le sait.

Le prochain cycle des négociations entre MM. Vassilakis et Dimitrof sera mené sous l’égide de mon homologue, M. Milososki à  Οchrid. Une rencontre similaire devrait éventuellement avoir lieu à Athènes d’ici à la fin du mois de janvier.

Nous entrerons dans la nouvelle phase des consultations avec le même esprit constructif et la même détermination.

Sur ce point, j’aimerais souligner – pour éviter tout malentendu – que pour la Grèce le processus de négociation en cours est justement une négociation visant à parvenir à une solution.

Cette négociation ne doit pas dégénérer en une forme particulière de « mesure de confiance », comme mon homologue de Skopje l’a laissé entendre dans ces récentes déclarations.

Après quasiment 15 années de discussions, les pratiques d’atermoiement et les délais fictifs ne sont pas permis. Par ailleurs, la meilleure « mesure de confiance » est le règlement des problèmes.

En outre je tiens à clarifier que les gestes éventuels isolés visant à corriger les actions erronées et provocatrices du gouvernement de Skopje, comme la révocation de l’appellation « Alexandre le Grand » de l’aéroport de Skopje, ne sont pas des éléments qui réussiront à nous faire reconsidérer notre politique, voire la modifier.

Par ailleurs, le récent incident «Kerim – Crvenkovski » survenu en septembre dernier a montré que la solution de l’appellation provisoire de l’ARYM ne peut constituer une alternative. Nous avons besoin de solutions claires.

La Grèce a fait des pas précis afin de parvenir à un point de convergence. A savoir une solution mutuellement acceptable sur la base d’un nom composé.

L’autre partie doit abandonner son attitude intransigeante et les mentalités du passé et couvrir la distance qui lui revient.  La distance qui la sépare d’un meilleur avenir pour ses relations bilatérales avec la Grèce et son parcours euro-atlantique.

Il est grand temps de résoudre les problèmes qui perdurent et qui ont un impact négatif sur la coopération et la sécurité régionales. L’heure est venue de faire la différence entre la méfiance paralysante du passé et la coopération mutuellement profitable de demain.

J’ose espérer que les gouvernements à Skopje ne laisseront pas cette occasion se perdre.

En ce qui concerne nos relations avec la Turquie.

Je ne réitèrerais pas les positions grecques pour ce qui est de la perspective européenne de la Turquie et de notre volonté ferme d’améliorer davantage nos relations bilatérales. Tout cela est bien connu. Nous en avons discuté à maintes reprises devant cette Commission.

Je me réfèrerais brièvement à la récente visite de M. Babacan en Grèce, qui a fait coulé beaucoup d’encre ces derniers jours.

Mes chers confrères,

Mettons nous tous d’accord sur un point : les rencontres entre les ministres des Affaires étrangères de Grèce et de Turquie et entre les Premiers ministres des deux pays ont lieu et continueront d’avoir lieu. Ces rencontres sont utiles. Il n’est ni opportun, ni productif de dramatiser à chaque fois que ces rencontres ont lieu car cela ne contribue qu’à dégrader lourdement l’ambiance.

Les relations entre les deux pays ne sont certes pas sans problèmes ou tensions, en raison notamment de l’activité militaire de la Turquie en Mer Egée.

Nos deux peuples vivent dans la même région, ont des frontières communes et il est de l’intérêt des deux peuples d’améliorer constamment ces relations. Nous croyons au bien-fondé de cette politique. Nous pensons que l’amitié entre la Grèce et la Turquie est possible. Nous oeuvrons dans ce sens.

Cette procédure nécessite de la patience et de la persévérance.  Les choses ne peuvent changer radicalement du jour au lendemain.

Est-ce que cela signifie donc que nous ne devons pas discuter ? Que nous ne devons pas nous rencontrer ? Bien entendu que non. C’est tout le contraire.

Cela signifie que nous devrons discuter et rediscuter. Que nous devrons essayer d’aller de l’avant, en respectant l’Etat de droit, les relations de bon voisinage et la résolution pacifique des différends.

C’est dans ce contexte que se déroulent les contacts exploratoires entre les deux pays depuis de nombreuses années. Je pense d’ailleurs que nous devrons examiner attentivement les perspectives et les possibilités d’intensifier ces contacts. Ce, toujours en vertu des orientations et principes généraux.

Il faudra également rechercher les meilleurs moyens de bâtir et renforcer notre confiance mutuelle.

Tel a d’ailleurs été le principal objectif de la visite officielle du ministre turc des Affaires étrangères.

Nous avons eu une rencontre très utile avec M. Babacan. Nous sommes convenus de cinq mesures de confiance supplémentaires qui viennent renforcer les vingt mesures d’ores et déjà existantes. Ce développement est positif.

Nous sommes également convenus d’intensifier notre coopération pour lutter contre les inondations du fleuve Evros qui, tous les ans, sont synonymes de destruction.

Cela étant, lors des longues consultations que nous avons eues, chaque partie a réitéré ses positions – bien connues – s’agissant de toute une série de questions, allant de la coopération économique à des sujets plus difficiles.

La Grèce a, entre autres, soulevé la question de la levée du casus belli, du Patriarcat, de l’Ecole théologique de Halki, de la minorité grecque ainsi que de l’activité militaire de la Turquie en Mer Egée.

Toutes ces questions sont cruciales, non seulement pour nos relations bilatérales que pour la perspective européenne de la Turquie. D’ailleurs, tout cela est inscrit dans les textes y relatifs de l’UE, avec récemment le rapport de suivi de l’Union européenne et le texte convenu des conclusions du CAGRE qui a eu lieu hier.

Nous avons également abordé la question de la lutte contre l’immigration clandestine et de la nécessité de parvenir à une coopération plus efficace, pour ce qui est de la partie turque. A cet égard, nous sommes convenus de débuter un cycle de rencontres au niveau des experts, qui viendrait compléter les contacts d’ores et déjà établis au niveau des Chefs de gardes-côtes. 

S’agissant de toutes ces questions, nous avons exposé nos positions et arguments, avec confiance et détermination.

Comme à chaque fois. Tant au niveau du ministre des étrangères que du Premier ministre. Avec confiance et en assurant la promotion et la défense de nos intérêts.

On ne saurait toutefois assez rappeler l’évidence. Comme par exemple que dans un pays démocratique et européen, les visiteurs peuvent circuler librement. En effet, les contraintes et les interdictions étaient valables à d’autres époques, sous d’autres régimes et font heureusement partie du passé. 

Cela ne signifie pas que tout ce qui a été dit durant la visite de M. Babacan à Thrace ne doit pas être pris au sérieux. Malheureusement, à certains moments le premier ministre turc n’a pas fait preuve de l’attention nécessaire lors de sa visite en 2004, ce qui nous a fortement préoccupés, en tant que pays qui a accueilli la visite.

La Grèce, en tant que démocratie européenne moderne, applique la politique d’égalité devant la loi et l’Etat aux citoyens grecs musulmans, qui n’ont pas besoin d’avocats.  

Dans le cadre de cette politique, un projet de loi a été soumis récemment au Parlement grec visant à moderniser et à améliorer le cadre législatif relatif à la gestion des établissements religieux (Vakoufia) de la minorité musulmane à Thrace et de leur patrimoine. Ce projet de loi s’inscrit dans le cadre d’un ensemble de mesures visant à renforcer la politique d’égalité devant la loi et l’Etat décidée par le gouvernement il y a un an.

Sur la base de ce que j’ai mentionné, les préparatifs concernant la visite du Premier ministre grec en Turquie ont d’ores et déjà commencé. Cette visite devrait avoir lieu très prochainement, à une date convenue par la voie diplomatique et annoncée simultanément dans les deux capitales.

Les positions de la Grèce s’agissant du dossier chypriote sont connues. J’aimerais juste rappeler que l’Accord du 8 juillet est la seule base pour que se renouvellent les efforts visant à parvenir à une solution équitable, durable et fonctionnelle de la question chypriote.

Le renouvellement du mandat de l’UNFICYP par le Conseil de sécurité des Nations Unies, planifié pour vendredi prochain, est la prochaine grande étape. Les représentations permanentes de la Grèce et de Chypre coopèrent, à l’heure où nous parlons, afin que le processus puisse s’achever sans problèmes.

Mes chers confrères,

La devise « les absents ont toujours tort » est plus que jamais de mise à l’heure actuelle.

Dans l’environnement international contemporain, la Grèce ne peut rester à l’écart des développements internationaux. La participation à des efforts communs, la prise d’initiative sont des éléments nécessaires de notre action diplomatique. Eléments qui renforcent la position internationale et l’image de notre pays. Et qui, dans le même temps, contribuent aux efforts consentis s’agissant des questions d’intérêt grec particulier.

La Grèce a été invitée à la conférence de paix d’Annapolis pour la résolution du Conflit israélo-arabe. Cette invitation est pour nous un succès. Nous avons, pour la première fois, participé à une rencontre internationale de cette envergure.

Nous serons également présent à la Conférence des Donateurs pour les territoires palestiniens qui se tiendra à Paris le 17 décembre, conférence qui est la suite d’Annapolis.

Le bien-fondé de notre choix d’avoir une présence active et substantielle dans la région difficile du Proche-Orient est ainsi confirmé. Le rôle de la Grèce, en tant qu’interlocuteur crédible est reconnu de toutes parts.

La Grèce ne résoudra pas la question du Proche-Orient. Mais elle contribue, au moyen de ses forces, aux efforts de paix internationaux dans cette région de notre voisinage élargi. Cela renforce notre position internationale et notre prestige.

Notre pays assumera la présidence de l’OSCE en 2009. Ceci est une évolution positive et le parlement sera appelé à jouer un rôle particulier. M. Efthimiou connaît bien ce domaine, tous comme les autres confrères membres de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, dont M. Skandalakis ici présent. Nous aurons toutefois besoin d’assistance, lorsque nous exercerons la présidence de l’OSCE. Nous avons déjà fait quelques préparations. Mais il y a encore beaucoup de travail. Pour la politique étrangère grecque, la mission est lourde, mais les opportunités nombreuses. Il ne faut pas les laisser se perdre lorsque nous nous efforcerons de mettre en avant l’image d’une Grèce moderne. Un pays qui applique sans peurs une politique d’ « horizons ouverts » dans l’intérêt de la paix de notre peuple et de la région élargie.

Je vous remercie beaucoup.

 

Traduction non officielle





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