Athènes, le 19 décembre 2006
M. KOUMOUTSAKOS: Bonjour. Vous avez lu le sujet de la conférence de presse qui se tient aujourd’hui dans la communication faite hier par le service d’information. Avant de commencer, je voudrais dire que le ministre français des Affaires étrangères, M. Douste-Blazy tient une conférence de presse sur la même question en ce moment, à Paris, en présence de l’ambassadeur de Grèce en France, M. Paraskevopoulos et, bien entendu, des représentants des Fédérations des journalistes qui ont pris cette initiative.
Mme la Ministre vous avez la parole.
Mme BAKOYANNIS: Mesdames et messieurs, bonjour. Les nouvelles, les informations et les images qui nous parviennent depuis les régions de crise, qui sont mises au service de l’information des citoyens du monde, et de manière globale, de la dignité objective et respectueuse de l’homme, constituent le principal facteur de sensibilisation de la conscience collective mondiale contre la violence, en faveur de la paix, contre la douleur humaine et en faveur la solidarité.
Les journalistes, et en général les professionnels de l’information en zones de conflit et de tension sont appelés à mener à bien cette mission d’importance majeure.
La communauté internationale doit offrir la plus grande assistance et protection possible à ces personnes qui sont en première ligne, qui travaillent dans les régions les plus dangereuses du monde, en risquant leur vie à maintes reprises. Nous ne devons pas oublier que ces personnes sont des civils qui luttent pour accomplir une grande mission.
Fort de ces réflexions et de cette conviction, le ministère grec des Affaires étrangères a été sensibilisé et a réagi rapidement à l’initiative de la Fédération internationale des journalistes en vue de faire évoluer cette idée et de déposer au Conseil de sécurité des Nations Unies un projet de résolution sur la protection de la vie et des droits des journalistes et des professionnels de l’information en zones de conflit.
En septembre dernier, lorsque cette initiative a mûri, nous avions la chance d’exercer la présidence du Conseil de sécurité. En cette qualité, nous avons fait évoluer cette idée et déposé le projet de résolution à l’organe politique suprême de l’Organisation des Nations Unies.
Nous avons eu également la chance de bénéficier, dès les premiers instants, du soutien actif d’un membre permanent du Conseil de sécurité dont la sensibilité face à des questions similaires est bien connue. Je veux parler de la France, un pays ami, partenaire et allié.
Toutefois, je dois dire que les premières réactions des autres pays membres du Conseil de sécurité nous ont considérablement encouragés dans cet effort. Nous avons coopéré avec tous les pays.
En conséquence, à l’heure actuelle, le projet de résolution sur la protection des journalistes et des professionnels de l’information en tant que personnes ayant le statut de non-combattant, en zones de conflit, fait l’objet d’une discussion approfondie au sein du Conseil de sécurité.
Notre proposition – et j’entends par là la proposition de la Grèce et de la France- est que le Conseil de sécurité adopte une résolution sur cette question cruciale.
Certes, d’autres Etats membres ont proposé l’adoption d’une Déclaration présidentielle.
J’espère que le Conseil de sécurité, en coopération avec tous ses membres, fera un pas déterminant dans le sens approprié et transmettra un message clair et concret.
En conclusion, je tiens à remercier la Fédération internationale des journalistes et M. Nikos Megrelis de nous avoir sensibilisés à temps, en nous offrant l’opportunité de promouvoir auprès de cette organisation internationale, cette affaire au service de l’information objective et complète et du respect de la vie et de la dignité humaines.
Cet effort constitue probablement le meilleur couronnement de la participation de la Grèce au Conseil de sécurité, qui a duré deux ans et qui s’achève dans les jours qui viennent, à la fin du mois de décembre.
Personnellement, permettez moi de dédier cet effort à la mémoire de Yannis Diakogiannis, un journaliste qui avait des idéaux, qui croyait en son travail et, par-dessus tout, qui n’a jamais eu peur. Je vous remercie.
M. KOUMOUTSAKOS: Monsieur l’Ambassadeur, vous avez la parole.
M. BRUNO DELAYE: Madame la ministre, Mesdames et Messieurs, je n’ai pas grand-chose à ajouter car la ministre a fait une analyse bien exhaustive de la situation. J’aimerais souligner seulement deux choses.
Tout d’abord, il est important de faire évoluer le droit international en faveur de la protection des journalistes dans le monde entier et notamment dans les zones de conflit.
Je pense que le bilan jusqu’à présent, pour ce qui est de la vie des journalistes, est très lourd. Plus de 60 journalistes ont perdu la vie dans ces régions et plus de 75 en 2006. Et en Irak, depuis le début du conflit, 130 professionnels de l’information ont été tués.
En outre, cette initiative franco-grecque prise en collaboration, en concertation avec la Fédération internationale des journalistes et la Fédération « Reporters sans frontières », illustre la parfaite entente qui existe entre la diplomatie grecque et la diplomatie française.
Cette excellente entente vous la retrouvez dans la plupart des forums internationaux, qu’il s’agisse des forums européens et aussi bien sûr au Conseil de sécurité où du côté français nous louons la qualité des efforts et l’intelligence de la présidence grecque du Conseil de sécurité.
Je vous remercie.
M. KOUMOUTSAKOS: M. Megrelis, vous avez la parole.
M. Ν. MEGRELIS: Bonjour. Je parle au nom de la Fédération internationale des journalistes qui représente 500.000 journalistes dans 117 pays.
Ce projet de résolution est le fruit des contacts et des consultations qui ont démarré, il y a un an et demi. J’ai proposé au Comité exécutif de la Fédération internationale des journalistes d’assigner cette affaire au gouvernement grec qui exerçait la présidence du Conseil de sécurité en septembre dernier.
Toutefois, nous ne serions pas arrivés aussi prêt de l’adoption de cette résolution, si les Associations grecques, l’Association des Editeurs, la Fédération grecque des syndicats des journalistes (POESY), ainsi que d’autres associations grecques n’avaient pas adopté cette résolution dans les plus brefs délais et si Mme Bakoyannis n’y avait pas réagi aussi rapidement.
C’est justement pour cette raison que nous avons eu avec M. Sompolos, M.Tsalapatis et M. Plachouris, une rencontre privée avec Mme Bakoyannis, il y a deux mois.
Quelle est l’importance d’une telle résolution ?
C’est seulement si l’on tient compte du temps qu’il a fallu et des objections qui ont été formulées dans les coulisses diplomatiques, que l’on peut comprendre l’importance de cette résolution.
Le nombre des journalistes tués en zones de conflit a augmenté de façon spectaculaire au cours des dernières années. Depuis 15 ans, 1.800 journalises ont perdu la vie. Et cette année seulement, 146 journalistes ont été tués, dont la plupart en Irak. Et ce chiffre ne concerne pas les personnes blessées ou les autres collègues qui sont constamment menacés.
Malheureusement, jusqu’à présent les journalistes opèrent sous un régime d’impunité – les gouvernements responsables des assassinats et des actes de violence commis à l’encontre des journalistes ont établi un régime d’impunité. Un régime de permissivité. Les journalistes sont pris pour cible car le silence et la propagande arrangent les parties belligérantes. Et les journalistes sont pris pour cibles car ils constituent un obstacle à ce silence et cette propagande.
Notre objectif est de briser le silence, de surmonter le régime d’impunité, de protéger la vie des journalistes et des professionnels des médias et de permettre à l’information de rester vivante.
Notre conviction est qu’il n’est pas de société démocratique quand les journalistes sont pris pour cible. Quels sont les changements apportés par cette résolution ? Pour les civils, il existe les dispositions des traités internationaux. Pour les médecins et les membres des organisations humanitaires, il existe les dispositions des traités internationaux et les résolutions de l’ONU. Malheureusement, pour les journalistes, il n’y a rien.
Si cette résolution est adoptée, le Secrétaire général des Nations Unies aura pour la première fois le droit de suivre et de vérifier l’efficacité des enquêtes menées par les gouvernements sur les assassinats et les actes de violence commis à l’encontre des journalistes. En outre, le Secrétaire général aura désormais la possibilité d’exiger davantage d’actions dans ce sens.
En conclusion, je voudrais vous lire le message du Secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes, M. Aidan White qui est le rédacteur de ce projet de résolution et qui se trouve actuellement à Amman où il a des rencontres avec des collègues qui travaillent en Irak ainsi qu’avec des collègues irakiens.
«La Fédération internationale des journalistes se félicite que le gouvernement grec ait entrepris toutes les actions nécessaires afin de déposer au Conseil de sécurité des Nations Unies le projet de résolution élaboré par la Fédération internationale des journalistes sur la protection des journalistes en zones de conflit.
Malheureusement, je n’ai pas pu assister à cette conférence d’aujourd’hui car je me trouve dans la capitale jordanienne, à Amman, où une rencontre a lieu actuellement avec des collègues sur la question de l’Irak.
Je vous transmets les vœux et les remerciements des collègues irakiens pour cette initiative.
Cette année, plus de 60 journalistes et professionnels de l’information irakiens ont été tués. Au total, depuis l’invasion en Irak en 2003, plus de 160 journalistes ont été tués. Plus particulièrement, d’après le Syndicat des journalistes irakiens, 10% des journalistes ont perdu la vie, ce qui illustre de la manière la plus expressive la nécessité impérative d’adopter une résolution au sein du Conseil de sécurité.
Les actions de la Grèce qui ont été soutenues par le gouvernement de la France, du Royaume-Uni, du Danemark et de la Slovaquie, ouvrent la voie à ’une solidarité sans précédent de la part des dirigeants politiques à un moment où le journalisme est plus que jamais la cible d’attaques des plus virulentes.
Nous espérons que la discussion à New York s’achèvera rapidement et que le texte de la résolution sera adopté. Cette résolution nous donnera la possibilité de défendre efficacement les journalistes en danger dans les zones de conflit et de mettre fin aux menaces auxquelles ils sont confrontés.
En outre, je voudrais faire part de mes remerciements. Je voudrais aussi exprimer ma reconnaissance envers les collègues de l’Union des journalistes de quotidiens d’Athènes (ESIEA) et les autres associations grecques ainsi que le collègue Nikos Megrelis, membre du Comité exécutif qui se sont mobilisés pour assurer le soutien du gouvernement grec. Leurs actions se sont avérées capitales pour l’issue finale de la campagne que nous avons menée les deux dernières années en faveur de l’adoption de la résolution.
Je vous suis reconnaissant pour tout le travail que vous avez accompli. Je vous prie d’excuser mon absence et de recevoir mes meilleurs vœux et les remerciements de la FIJ et des collègues en Irak pour la solidarité et le soutien que vous nous avez offerts.
Aidan White
Secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes».
M. KOUMOUTSAKOS: M. Sompolos et M. Tsalapatis, si vous voulez ajouter quelque chose, vous avez la parole.
M. P. SOMPOLOS: Chers collègues, la ministre, l’Ambassadeur de France et M. Megrelis se sont référés aux dangers auxquels nous sommes confrontés dans l’exercice de notre métier dans les zones de conflit et dans les régions dangereuses. Et ces dangers ne sont pas seulement les guerres, mais aussi les séismes – vous vous souvenez du tsunami- et autres situations similaires.
Je me souviens d’un incident caractéristique : Nous étions en Albanie, aux alentours d’Argirokastro, entre Tepelenio et Argirokastro. Nous allions à Telepeni pour délivrer le matériel quand une bande armée de kalachnikov à bord d’une voiture sans plaques d’immatriculation nous a arrêtés. Notre accompagnateur a compris qu’ils voulaient nous tuer.
Où veux-je en venir ? S’ils nous avaient tués, personne n’aurait cherché à arrêter les auteurs du crime. Ils nous auraient tué et n’auraient rendu compte de leurs actes à personne.
Je veux signaler que tous les journalistes qui opèrent en zones de conflit courent des dangers. Toutefois, nous aimons notre métier- car c’est notre métier et c’est de cette manière que nous devons envisager les événements. Il serait dommage que nous n’allions pas couvrir les événements dans ces régions.
Je voudrais ajouter deux, trois choses à ce que M. Megrelis a dit : d’après des sources officielles, 89 journalistes ont été assassinés. Je ne parle des journalistes tués pour diverses raisons sur les différents fronts où nous couvrions des événements. Le nombre de personnes mortes pour d’autres raisons, autres que l’assassinat, s’élève à 61. Ces journalistes ont été tués car leurs textes, leur matériel journalistique ne plaisait pas à certaines parties impliquées dans les événements.
Et une dernière chose car je ne veux pas vous fatiguer. En 2004 les journalistes ont été confrontés aux conséquences désastreuses du tsunami dans l’Océan indien. En décembre 2004, parmi les victimes figurait un grand nombre de professionnels de l’information qui s’étaient rendus dans la région pour couvrir les événements, mais malheureusement ils ont perdu la vie.
En guise de conclusion, je pense que l’initiative gréco-française est exceptionnelle. Plus particulièrement, je voudrais souligner la manière chaleureuse dont la ministre des Affaires étrangères a accueilli la proposition et s’est chargée de l’affaire. Et j’espère que nous aurons une résolution et non une Déclaration présidentielle afin que nous nous soyons protégés dans ces conditions difficiles où nous sommes appelés à exercer notre métier. Excusez-moi d’avoir été aussi long.
M. D. TSALAPATIS: Il s’agit d’une initiative très importante. Nous devons mettre fin - c’est difficile bien sûr- ou du moins freiner cette situation qui concerne la vie des collègues ainsi que la vie de l’information. Je pense que nous avons encore du chemin à parcourir et d’après ce que je peux comprendre, les Associations des journalistes en Grèce en concertation avec la Fédération internationale et les autorités grecques feront tout ce qui est en leur pouvoir de sorte pour qu’il n’y ait pas d’autres victimes. Je vous remercie.
M. K. BETINAKIS: Je voudrais dire quelques mots, non en ma qualité de membre de l’Union des journalistes et du Conseil d’administration de l’ESIEA, mais en tant que vétéran des correspondants de guerre, puisque j’ai couvert des événements comme la guerre en Bosnie et au Moyen-Orient. Nous devons faire une distinction entre les journalistes qui se rendent dans les différentes régions pour faire leur métier et les autres, ceux que l’on appelle les journalistes « embedded » (incorporés) que les gouvernements des parties impliquées préfèrent avoir à leurs côtés.
Je voudrais rendre hommage aux journalistes qui ont risqué leur vie sur les champs de bataille afin de fournir des informations.
M. KOUMOUTSAKOS : Merci. Vos questions s’il vous plaît. Vous pouvez donner le nom du média que vous représentez.
M. B. GIKAS: Je m’appelle Vassilis Gikas et je représente le journal mensuel new-yorkais « Hellénisme de l’Amérique ». Est-ce qu’il existe la possibilité d’adopter cette résolution ? Merci beaucoup.
M. KOUMOUTSAKOS: Vous recevrez une copie du projet de résolution à l’issue de la conférence de presse.
Mme KOURBELA: Je voudrais demander à Monsieur l’Ambassadeur si la France, lorsqu’elle assumera la présidence de l’Union européenne, développera une initiative similaire au niveau européen. Je voudrais adresser la même question à la ministre, à savoir la ministre soutiendra-t-elle dans ce cas cette initiative ? J’entends par là pour qu’il y ait une régulation au niveau européen.
Mme BAKOYANNIS: Le ministère grec des Affaires étrangères sait très bien que l’opinion publique peut être sensibilisée et informée grâce à l’information transmise par les journalistes. Les Grecs ont été sensibilisés au tsunami car ils ont pu voir les vagues engloutir des villes et des villages entiers. Les Grecs ont été sensibilisés au problème du Darfour car ils ont appris ce qui s’était passé dans la région.
Nous avons l’obligation en tant que dirigeants politiques et en tant que pays de protéger ces gens. Et en dernier lieu, si nous ne pouvons pas les protéger, nous devons au moins prendre les mesures qui s’imposent et poursuivre les assassins, les responsables de ces crimes.
Ce n’est pas une décision facile. Elle ne mobilise pas directement tous les gouvernements dans le monde. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui les gouvernements européens soutiennent chaleureusement la proposition que nous avons déposée au Conseil de sécurité. Toutefois, c’est le début d’une discussion très substantielle et j’espère qu’elle sera couronnée de succès.
M. Β. DELAYE: Notre premier souci est qu’une telle résolution ou décision soit adoptée par l’ONU. D’abord au Conseil de sécurité. Dans l’Union européenne, les journalistes ne courent pas de danger puisque l’Europe a la chance d’avoir la paix dans ses frontières. Mais en tant qu’Europe nous soutiendrons bien entendu cette initiative du Conseil de sécurité, tout comme nous faisons évoluer le droit international.
M. TSAKAS: Je voudrais féliciter les deux pays pour leur initiative. Toutefois je voudrais poser la question suivante : Les pays des Balkans ont vécu la guerre. Est-ce que cette initiative pourra sensibiliser également les gouvernements de ces pays ? Car on voit qu’actuellement les journalistes dans ces pays ne sont pas en sécurité et parfois ils sont malmenés par les différentes parties. Donc ma question est la suivante : Est-ce que cette initiative progressera également dans ces pays des Balkans et notamment en Albanie ?
Mme BAKOYANNIS: Cela va de soi. Tous les pays dans le monde se trouvent sous la protection du Conseil de sécurité des Nations Unies. C’est ce qui fait sa force, à savoir que ses décisions, mêmes sous forme de déclarations présidentielles, concernent tous les pays du monde. Par conséquent, quelle que soit la décision adoptée par le Conseil de sécurité, elle sera valable pour tous les pays.
Je vous ai dit que nous nous trouvions au début et non à la fin du chemin. Nous sommes au début d’un chemin difficile. Toutefois, je pense que les réactions jusqu’à présent, sont encourageantes.
M. FOURLIS: Madame la ministre, excusez-moi de dévier de l’ordre du jour mais l’actualité continue son activité. Partagez-vous les inquiétudes de M. Souflias quant à la mise en place du programme de la Nouvelle Démocratie s’agissant de la question de l’OTE ? Car M. Karamanlis lui-même et d’autres personnes parmi vos collègues ont souligné que ce programme a été mis en place. Que pensez-vous des inquiétudes de M. Souflias ?
Mme BAKOYANNIS: Monsieur Fourlis, je pense que cette affaire est close. La déclaration du porte-parole du gouvernement permet de considérer cette affaire comme étant close.
M. KOUMOUTSAKOS: Nous vous remercions beaucoup.