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 Notre pays, producteur de stabilité et de paix

 

 

Athènes, le 16 juillet 2007



Journaliste : Monsieur Koumoutsakos, vous occupez la fonction de porte-parole du ministère des Affaires étrangères depuis bientôt quatre ans. Quels sont les difficultés et les défis auxquels vous êtes confrontés ?

 

M. G. Koumoutsakos : Le plus grand défi est d’essayer sans cesse de conserver sa crédibilité, en parlant avec honnêteté de questions qui, de par leur nature, sont très délicates. Toute prise de position officielle sur la politique étrangère s’adresse à deux types d’ « audiences » : l’opinion commune grecque et étrangère. Par ailleurs, elle a deux types de récepteurs directs : les journalistes et les diplomates. En outre, souvent, les déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères conduisent à une négociation publique informelle. C'est ce qui définit les demandes. Ainsi, il faut faire preuve de détermination, mais aussi de modération. Ou encore de clarté d'esprit et de flexibilité. Ce n’est pas toujours facile ».

 

Journaliste : Comment se forme l’environnement international ? Y a-t-il des difficultés pour les intérêts grecs ou bien existe-t-il des opportunités ?

 

Mr. G. Koumoutsakos : L’environnement international est caractérisé par une grande fluidité. L'Union européenne ne traverse pas sa meilleure période. Les perspectives des relations américano-russes sont maussades. Plus les jours passent et une solution n’est pas trouvée au problème palestinien, plus la situation au Moyen-Orient devient critique et difficile. Les Balkans – notamment en raison du Kosovo – n’ont toujours pas trouvé une stabilité.

 

Malgré cela, comme l’a d’ailleurs dit la ministre des Affaires étrangères, la Grèce, par le biais de la mise en oeuvre de sa politique, « produit de la stabilité » dans une région « consommatrice de stabilité ». Notre objectif est de parvenir à la stabilité régionale, la paix et le développement. Entreprise difficile certes, mais nous sommes déterminés à réussir. Nous valorisons au mieux le fait que nous sommes une démocratie européenne moderne, membre de l’UE et de l’OTAN, avec une forte présence dans notre région et une importance géostratégique sans cesse croissante».

 

Journaliste : Est-ce que vous incluez cette activité accrue dans le secteur énergétique aussi ?

 

M. G. Koumoutsakos : La protection de l’environnement, la lutte contre le terrorisme international, la pauvreté et la prolifération des armes de destruction massive, la suffisance énergétique et la sécurité énergétique constituent un grand défi de notre époque. Relever ces défis implique une planification stratégique, des décisions courageuses et une coopération internationale.

 

Dans le domaine crucial de l’énergie, la Grèce a prouvé qu’elle répond aux trois conditions. Elle se place dynamiquement sur la carte énergétique, en ayant un rôle dans la diversification des sources et des routes de l’énergie. Ce développement important renforce et consolide la position internationale du pays ».

 

 

Journaliste : Passons maintenant aux affaires européennes… L’UE se trouve à un carrefour difficile. Quelle Europe voulons-nous ?

 

M. G. Koumoutsakos : Notre participation à l’Union européenne est la « colonne vertébrale » de notre politique extérieure. La Grèce est plus forte dans une Europe forte. Nous voulons une Europe démocratique, efficace et forte pour un monde meilleur. Nous pouvons aller de l'avant tous ensemble. Si non, il y a aussi la voie des coopérations renforcées. Nous considérons comme positifs les résultats du Conseil européen qui s'est tenu récemment. Compte tenu des difficultés, le meilleur compromis possible a été atteint. Il y a donc une nouvelle opportunité. Le Traité de réforme doit entrer en vigueur avant les élections européennes de 2009.

 

Journaliste : En ce qui concerne Skopje, est-ce que la Grèce a le soutien qu’elle escompte de la part de ses partenaires?

 

M. G. Koumoutsakos : Nous soutenons vivement la perspective européenne de tous nos voisins. Un voisinage stable répondant aux normes européennes est dans l’intérêt de tous. Skopje fait partie de ce choix stratégique qui est le nôtre. Tant, bien entendu, qu’ils ne s’excluent pas eux-mêmes à travers des actions de logique irrédentiste et une intransigeance persistante s’agissant de la question du nom. Nous recherchons une solution mutuellement acceptable. Nous l’avons prouvé. L’autre partie campe sur sa position intransigeante qui va à l’encontre de l’esprit de consensus européen. C'est en fonction de tout cela que l'évaluation est effectuée.

 

Ces derniers temps, de nombreux partenaires ont invoqué le principe de solidarité communautaire, chacun pour une raison qui lui est propre. La Grèce qui a toujours cru en ce principe a été constante. Elle a offert la solidarité sans hésitation aucune. D’ailleurs quand on invoque la solidarité, il faut être prêt à l'offrir. Cela est valable pour tout le monde. C'est ce que nous attendons dans la question de l'appellation de l’ARYM.  Dans un même temps, nous gardons ouvertes toutes les options que nous avons à notre disposition.

 

Journaliste : Sous-entendez-vous l’exercice du droit de veto ?

 

M. G. Koumoutsakos : Monsieur Stavroulakis, nous n’avons pas l’intention de faire du populisme. Nous ne brulerons  aucune carte diplomatique. Nous ferons  tout ce qui est en notre pouvoir…

 


Journaliste : Quoi de nouveau sur le parcours européen de la Turquie ? Est-ce qu’en raison de Sarkozy et de la réticence généralisée nous devrons changer notre politique ? De toute façon les défis demeurent : Patriarcat, « intérêts vitaux » en Mer Egée, etc.

 

M. G. Koumoutsakos : En effet une nouvelle atmosphère est en train de se former. Non seulement, en raison de Sarkozy mais aussi en raison de la « fatigue des réformes » en Turquie. Toutefois, la réalité est la décision unanime des partenaires sur le parcours  de la Turquie vers l’adhésion. Cette décision vaut toujours. Il n’est pas facile de la changer. Par conséquent, la politique qui est valable pour la Grèce est basée sur la formule suivante : « à la pleine satisfaction, pleine adhésion ».

 

Pour ce qui est du Patriarcat de Constantinople, il ne faut pas se faire d’illusions : le fonctionnement sans heurts et l’accomplissement de la mission du Patriarcat œcuménique est une obligation européenne.

 

En outre, les questions d’ordre religieux ou de conscience, à savoir le caractère œcuménique du Patriarcat,  ne peuvent pas être reglées au moyen de décisions judiciaires d’autant plus que le Patriarche et le Patriarcat jouissent d’une reconnaissance mondiale, à l’exception de la Turquie.

 

Pour ce qui est des « intérêts vitaux », il est également clair que tous les Etats ont des intérêts, qu’ils soient vitaux ou non. Toutefois, ces intérêts doivent être conformes à la loi, à savoir respecter le droit international et les traités internationaux. Cela est d’ailleurs prévu dans les conditions d’adhésion s’agissant des relations de bon voisinage ».

 

Journaliste : L’éventualité d’une relation spéciale entre la Turquie et l’UE est-elle donc exclue ?

 

M. G. Koumoutsakos : Dans certaines capitales européennes on parlait d’une relation spéciale. Nous pensons fermement que le processus actuel est le plus approprié.

 

 

Journaliste : Qu’attendez-vous des élections du 22 juillet en Turquie ?

 

M. G. Koumoutsakos : Il s’agit d’une élection critique, à plusieurs niveaux. Nous espérons que le processus évoluera sans interventions « exopolitiques ». Il est tout à fait normal de souhaiter l’établissement d’un gouvernement stable doté d’une légalisation démocratique, orientée vers le parcours européen de la Turquie.

 

 

Journaliste : Une question plus personnelle : Que préférez-vous ? Avoir comme interlocuteur vos homologues diplomatiques d’autres pays ou des journalistes ?

 

 

M. G. Koumoutsakos : Monsieur Stavroulakis, à l’ère de la communication, les Etats s’efforcent sans cesse de rallier à leurs positions l’opinion publique internationale. Et la concurrence est grande. Ce que l’on appelle «  Diplomatie publique » revêt une signification croissante. Je dois dire en toute franchise que la prise de position publique est encore un champ d’action qui me séduit.





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