Athènes, le 13 juillet 2007
M. G. KOUMOUTSAKOS : Bonjour. Je ne rien de précis à vous annoncer. Je suis à votre disposition pour toutes vos questions.
Mme NICOLAOU : Que pensez-vous du refus de M. Talat de rencontrer M. Papadopoulos en raison de l’annulation du match amical entre une équipe chypriote turque et une équipe anglaise ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je suis au courant du prétexte avancé par le dirigeant chypriote turc. Je ne suis pas en mesure de connaître les motifs réels. Je voudrais juste rappeler qu’en mars dernier, bien que tout le monde avait l’impression que l’accord sur l’application du processus de Gambari était définitif, la partie chypriote turque s’est rétractée au dernier moment. Je n’ai rien d’autre à ajouter.
Mme PELONI : Hier, lors du conseil ministériel, la ministre a affirmé qu’en vue des élections en Turquie et des changements en cours, nous nous préparons à l’éventualité d’une relation spéciale avec l’UE. Comment le ministère des Affaires étrangères est-il préparé face à une telle éventualité ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Permettez-moi de faire une clarification concernant la première partie de votre question. La référence faite par la ministre des Affaires étrangères concernant une éventuelle relation spéciale n’a pas été associée à la situation politique intérieure ou aux perspectives et évolutions de la situation politique dans le pays voisin.
La ministre des Affaires étrangères s’est référée en général au climat qui domine ces jours dans certaines capitales européennes ainsi qu’à l’opinion publique européenne. Le climat n’est pas du tout positif pour ce qui est de la candidature turque. Par ailleurs, elle a souligné que, malgré cela, la réalité politique et institutionnelle au sein de l’UE est qu’il existe une décision unanime en faveur de la poursuite du parcours de la Turquie vers l’UE avec une perspective d’adhésion. Même cela ne change pas. Seules des décisions prises à l’unanimité peuvent changer cela.
Cela dit, ce qui est important concernant la position grecque est que la stratégie de la Grèce pour ce qui est du parcours européen de la Turquie n’a guère changé. C’est une stratégie qui relève d’une formule double à laquelle nous nous sommes référés à maintes reprises : à la pleine satisfaction, pleine adhésion.
Au même titre, nous ne pouvons que tenir compte de certaines évolutions et indications concernant le devenir européen. C’est pour cette raison que l’on envisage- on n’a pas encore défini la date précise- un éventuel examen de la question de la relation spéciale.
Il a été souligné que la Grèce n’est pas d’accord avec le concept de relation spéciale car nous pensons qu’il s’agit d’un processus qui n’offre pas de possibilités, ni les motifs ou les filets de sécurité prévus par le processus actuel. Quoi qu’il en soit, en notre qualité de ministère des Affaires étrangères, nous examinons- ce qui relève d’ailleurs de notre responsabilité- tous les scénarios éventuels qui pourraient surgir.
Les préparations du ministère des Affaires étrangères, dont vous parlez, concernent des tactiques, des préoccupations qui conduiront à une prise de position de la partie grecque, si une telle question est soulevée. Par ailleurs, la ministre des Affaires étrangères a souligné qu’une éventuelle relation spéciale ou un processus de relation spéciale, demandait et requérait également l’unanimité des Etats membres, à savoir le vote positif de la Grèce aussi. La position de la Grèce pour ce qui est de cette discussion émane de notre conviction que le processus actuel est correct et utile pour toutes les parties intéressées.
M. KONSTANTAKOPOULOS : Monsieur le porte-parole, je voudrais vous poser une question concernant la résolution du Parlement européen qui a été approuvée par tous les eurodéputés grecs du parti au pouvoir, à l’exception de M. Samaras ; vous avez fait part de la satisfaction du ministère des Affaires étrangères quant à l’adoption de la résolution. J’ai lu que chaque Etat a le droit de déterminer le nom de sa préférence. Est-ce que cela est conforme à la politique de la Grèce ? Car j’avais compris que la politique soutenue par la Grèce était tout à fait contraire à cela, à savoir que la Grèce refuse à l’ARYM d’exercer son droit d’utiliser le nom qu’elle préfère. Quelle est la position de la Grèce s’agissant de cette question ? Car il y a une certaine confusion.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je pense que la réponse que j’avais donnée hier concernant la réaction du ministère des Affaires étrangères à cette question clarifie les choses. Et j’aimerais rappeler qu’il s’agit d’un texte du Parlement européen qui n’a pas de caractère législatif, ni contraignant.
Cette évolution a été qualifiée de positive car le texte qui a été adopté à la session plénière était bien différent et amélioré par rapport au texte initial adopté par le Comité des relations extérieures du Parlement européen – et je pense que tout le monde dans cette salle est d’accord.
En effet, et ici il n’est pas question de satisfaction ou de non satisfaction, cela a été le résultat d’une action coordonnée par tous les eurodéputés grecs.
M. KONSTANTAKOPOULOS: Oui, mais vous ne répondez pas à la question…
M. G. KOUMOUTSAKOS : Par conséquent, le ministère des Affaires étrangères a pris position sur cette question pour constater l’évolution positive par rapport au texte initial. Nous nous sommes référés à toute une série de modifications réussies qui, et je pense que nous serons tous d’accord là-dessus – sont bien plus positives que les formulations du texte précédent.
Pour ce qui est de votre question spécifique. Comme vous le savez, la Grèce a une position bien précise pour ce qui est de cette question. Et il ne s’agit pas seulement d’une position soutenue par la Grèce car au cours des dix dernières années un processus est en cours sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies qui vise à trouver une solution mutuellement acceptable à la question du nom. Par conséquent, il y a ce processus au sein de l’Organisation des Nations Unies qui prévoit l’atteinte d’une solution mutuellement acceptable à cette question demeurée en suspens.
La Grèce participe à ce processus de manière constructive. Comme vous le comprenez, un tel processus, une négociation sous l’égide de l’ONU ne vise pas à trouver un nom à un autre pays. C’est une question qui relève de la compétence des Nations Unies.
M. KONSTANTAKOPOULOS : Monsieur le porte-parole, permettez-moi de préciser ma question. Depuis 20 ans, si je ne m’abuse pas- la Grèce et l’ARYM se disputent sur la question du nom du pays voisin. Hier, j’ai lu un texte signé par les députés grecs du parti au pouvoir, qui indique « chaque pays, comme tout pays dans le monde, se réserve le droit de porter le nom qu’il préfère ». Si telles sont les opinions soutenues par ceux qui ont voté en faveur, pourquoi ce droit de la « République de Macédoine » n’est-il pas aujourd’hui reconnu ? Je ne comprends pas ce que vous dites.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je dis que ce qui peut produire chez vous une certaine surprise ou susciter des interrogations est déjà défini par le processus des Nations Unies. Cela signifie que l’Organisation des Nations Unies met en œuvre un processus dans le cadre duquel des efforts sont consentis pour trouver une appellation mutuellement acceptable.
M. KONSTANTAKOPOULOS : Non, je ne veux pas dire cela. Le texte adopté reflète-t-il la position du gouvernement et de la Grèce ? A savoir, que tout Etat se réserve le droit de porter le nom qu’il veut. Car si telle est la position de notre pays, je ne comprends pas quel est notre différend avec le pays voisin. Car vous avez voté en faveur de la résolution du Parlement européen, d’après laquelle chaque Etat se réserve le droit de porter le nom qu’il préfère.
M.G. KOUMOUTSAKOS: Excusez-moi mais nous n’avons rien voté.
M. KONSTANTAKOPOULOS : Les députés du parti au pouvoir, à l’exception de M. Samaras.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Aucun haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères et aucun haut fonctionnaire du gouvernement n’ont voté.
M. KONSTANTAKOPOULOS : Oui, vous avez tout à fait raison. C’étaient les députés du parti au pouvoir à l’exception de M. Samaras.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je ne peux pas parler au nom des eurodéputés. Je ne suis pas le porte-parole des eurodéputés grecs. Je réponds à une question spécifique en ma qualité de porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Et je vous rappelle que…
M. KONSTANTAKOPOULOS : Vous n’êtes donc pas d’accord avec ce qui a été voté. A savoir, que tout pays dispose du droit de choisir son nom.
M. G. KOUMOUTSAKOS : J’aimerais vous rappeler une réalité incontestable. Il y a dix ans, l’Organisation des Nations Unies a adopté une procédure dont l'objectif est de trouver une solution à une question demeurée en suspens et qui concerne l'appellation du pays voisin.
M. KONSTANTAKOPOULOS : C’est juste. Mais ma question concernait le parlement européen, et non l'ONU.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Nous avons procédé à une évaluation générale de l'évolution survenue hier, mais votre question me pousse à me référer à des points plus spécifiques du texte. Je vous rappelle donc qu’à un autre moment du texte qui a été adopté, il est fait référence à l’importance de conclure avec succès et ce, le plus rapidement possible, les pourparlers portant sur la question du nom sous l’égide des Nations Unies.
Vous vous êtes référés à un principe général du texte, une formulation générale. Or, dans le cas présent, ce même texte souligne combien il est important que les pourparlers qui ont lieu sous l’égide des Nations Unies soient couronnés de succès.
M. KONSTANTAKOPOULOS : Je dois reconnaître que vous avez totalement raison. Mais malheureusement le texte ne dit pas seulement cela. Il n’associe pas le parcours d'adhésion de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine à la résolution de la question du nom. Et je m’interroge : le gouvernement a-t-il renoncé au droit d'utiliser son veto s'agissant de l'adhésion à l'OTAN et à l'UE? A-t-il renoncé à ce droit à l’avance ? Le cas échéant, comment a-t-il l’intention de préserver la possibilité qu’il a de négocier cette solution de compromis ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Comme vous comprenez bien, ce n’est pas au ministère des Affaires étrangères d’expliquer ou d’interpréter les votes des eurodéputés grecs, mais aux eurodéputés grecs eux-mêmes, ceux qui ont voté pour et ceux qui ont voté contre, malgré le fait que tous ont travaillé ensemble avec succès pour changer le texte.
Donc, à cette question précise, je vous répondrai de façon catégorique. La Grèce ne renonce à aucune des possibilités qu’elle a en tant que membre de l’Union européenne et de l’OTAN. Cela a clairement été dit hier par la ministre grecque des Affaires étrangères devant le Conseil des ministres.
M. GILSON : Pouvez-vous nous dire pourquoi l’ambassadrice Mme Grosomanidou a été révoquée de son poste à Skopje ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Le ministère des Affaires étrangères a publié des communiqués à ce sujet pour clore la question.
M. GILSON : Vous dîtes dans votre communiqué qu’elle remettra ses fonctions ces prochains jours.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Puisque c’est dit dans mon communiqué, je n’ai rien à ajouter.
M. GILSON : Pour quelle raison Mme l’ambassadrice a-t-elle été révoquée de ses fonctions ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Nul besoin de rappeler les prises de position officielles du ministère des Affaires étrangères à ce sujet. Mme Grosomanidou est initialement venue à Athènes, car il avait été jugé opportun qu’elle donne certaines précisions et explications dans une interview. Cela étant, le communiqué publié il y a quelques jours par le ministère des Affaires étrangères est tourjours valable.
M. GILSON : Une question…
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je n’ai rien d’autre à ajouter.
M. GILSON : D'accord, mais j'aimerais poser la question suivante : depuis plusieurs mois le Premier ministre du pays a envoyé de nombreux messages publics dans ses discours, en Grèce ou à l'étranger, dans lesquels il encourage l'ARYM à parvenir à un compromis quant à la question du nom, le fait que Mme Grosomanidou déclare publiquement que la Grèce doit faire face à la nouvelle réalité, c’est-à-dire que l’ARYM a été reconnue avec son nom constitutionnel par plus de la moitié des membres des Nations Unies traduit-il une certaine incompétence
professionnelle de sa part ou un échec de communication du centre, entre le ministère des Affaires étrangères et ses ambassadeurs du monde entier ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Mme Grosomanidou se trouve à Athènes, elle se rendra à Skopje d’ici la fin du mois pour remettre ses fonctions et le nouveau chef du bureau de liaison à Skopje devrait prendre ses fonctions dans la première quinzaine d'août.
M. GILSON : Vous me dîtes donc que c'est une incompétence de sa part ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je n’ai rien dit de tel. J’ai répété mot pour mot le communiqué du ministère des Affaires étrangères, et si j’ai omis une virgule ou un « et » veuillez me corriger.
M. PAPATHANASSIOU : Monsieur le porte-parole, une question concernant le texte du Parlement européen et les rapports sur la séparation de la procédure du nom et de l’adhésion du pays aux institutions euro-atlantiques. Dans quelle mesure, cela engendre-t-il des problèmes pour la position de négociation d’Athènes? Autrement dit, pensez-vous qu’à un moment donné cela constituera un problème ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Le gouvernement grec a défini une politique bien précise. Il l’a définie sur la base d'une évaluation réaliste de la situation diplomatique existante s'agissant de cette question. Et bien entendu, il l’a définie sur la base des possibilités qu’il a en tant que membre de l'Union européenne et de l'OTAN dans ses efforts en vue de parvenir à un règlement mutuellement acceptable à la question du nom.
Hier au conseil des ministres, la ministre grecque des Affaires étrangères - ce que vous savez sans doute par vos propres sources - s'est clairement référée à la façon dont le gouvernement grec prendra sa décision finale s'agissant de cette question sur la base de trois critères, ou si vous voulez, trois groupes de critères.
Premièrement, l’application de la politique de bon voisinage de la part de Skopje, sans références ou actions de logique irrédentiste.
Deuxièment, le critère de la position du pays voisin dans le processus en cours de l’Organisation des Nations Unies en vue d'atteindre une solution mutuellement acceptable.
Et troisièmement, en évaluant combien le pays voisin répond à une série de critères et conditions préalables qui s’ajoutent au cadre défini par les Nations Unies.
Elle a également ajouté que la Grèce ne peut accepter que l’Accord intermédiaire fasse l’objet d’une application sélective et fragmentaire. Cela signifie que la Grèce ne peut être liée par des références de l’Accord intermédiaire, lorsque le pays voisin ne s’acquitte pas des autres obligations de l’Accord intermédiaire..
Mme KEFALA : Mme Bakoyannis accompagnera-t-elle M. Karamanlis à Paris, le 30 juillet ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Oui.
M. GILSON : Pouvez-vous nous donner plus de détails sur la visite de Mme Merkel ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Non. Je crois que le porte-parole du gouvernement a donné, il y a quelques jours, un aperçu des principaux dossiers qui devraient être abordés. Je n’ai rien d'autre à ajouter à ce sujet. Comme vous le savez, selon la pratique courante, s’agissant de rencontres du Premier ministre avec des personnalités étrangères, la communication d'informations n'est pas faite par le ministère des Affaires étrangères.
M. GILSON : Le ministre des Affaires étrangères viendra-t-il aussi?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je ne le sais pas. Avez-vous une autre question ? Oui, s’il vous plait.
M. TSAKAS : Pour ce qui est du Kosovo. Nous sommes en présence de différents conflits, c’est-à-dire d’un côté un désaccord de la Russie et de la Serbie, tandis que d’un autre côté nous voyons que l’Union européenne insiste pour que la question soit résolue, de quelque manière que ce soit. D’ailleurs, M. Rehn a dit que l’Union européenne paiera un prix très lourd si une solution n'est pas rapidement trouvée. Quel sera l’impact sur l’Union européenne et sur la région en général si cette solution n'est pas trouvée?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Vous me demandez d’évaluer d’éventuelles évolutions. Je ne ferais pas une évaluation d’éventuelles évolutions. Ce qui prime à l’heure actuelle est que nous puissions, en tant que communauté internationale, tous ensemble, trouver un moyen de sortir de la stagnation actuelle et parvenir au meilleur résultat possible.
Pour la Grèce, le meilleur résultat possible est un résultat susceptible de garantir la stabilité régionale. Nous continuons de penser que nous avons plus de chances d’y parvenir si une solution, quelle qu’elle soit, est le fruit d’un consensus et d’un processus de compromis de la part des deux parties.
M. TSAKAS : Mme Pak a dit que la question du Kosovo ne concerne nullement la Russie, ni les Etats-Unis, mais l’Europe et les Balkans. M. Ceku a dit que si des décisions ne sont pas prises sur la question du statut du Kosovo, alors la décision sera prise de manière unilatérale…
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je n’ai pas l'intention d'entrer dans le fond de la question, ni de commenter les déclarations de Mme Pak ou autres personnes. Je constate seulement que cette question concerne la communauté internationale et quoi qu'il en soit, étant donné le stade actuel où se trouve cette question au Conseil de sécurité, il est logique qu'elle concerne tous les membres du Conseil de sécurité.
Merci beaucoup.