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                                                                                                                                                                                Athènes, le 12 décembre 2006


Journaliste  :    La ministre des Affaires étrangères, Mme Bakoyannis est avec nous, au lendemain du Conseil « Affaires générales » pour une première évaluation. Bonjour madame la ministre.

 

Mme Bakoyannis: Bonjour.

 

Journaliste : Nous essayons de déchiffrer et de faire une deuxième et troisième lecture des accords d’hier, si cela est possible.


Mme Bakoyannis :   La négociation dans le cadre des 25 Etats membres étant très difficile, notre pays  a toutes les raisons d’être satisfait des conclusions d’hier.

 

 

Notre objectif initial a été d’atteindre une position commune au sein de l’Europe, ce qui peut paraître facile aujourd’hui. Toutefois, cela était très difficile car les Etats membres partaient de points de départ différents.

 

Journaliste : Et il y avait deux camps bien définis…

 

Mme Bakoyannis :   Deux camps bien définis et des positions totalement divergentes. C’est-à-dire, la quasi-majorité des pays étaient en faveur du gel de trois chapitres relatifs au protocole d’Ankara et soutenaient que cela  était un message suffisant pour la Turquie. Notre opinion était de geler 8 chapitres et de transmettre à la Turquie les messages restants. Nous devions atteindre une position qui tiendrait compte tous les points de vue, ce qui était très difficile dans le sens où  nous voulions en même temps transmettre un message à la Turquie, lui faire savoir qu’elle devait obligatoirement changer de politique, s’adapter à l’acquis communautaire et honorer ses obligations. D’un autre côté, nous voulions aussi lui laisser la porte ouverte. Car si l’on interrompait les négociations d’adhésion de la Turquie, nous n’aurions pas la possibilité d’exercer sur elle des pressions afin qu’elle procède aux reformes nécessaires à son adhésion. Par conséquent, on devait en quelque sorte trouver un juste milieu. Je crois que nous l’avons trouvé après 10 heures de consultations. C’est une décision bien claire qui d’une manière ou d’une autre satisfait tous les Etats membres.

 

Journaliste :   En ce qui concerne le calendrier qu’Athènes et Nicosie ont demandé avec insistance, il a été convenu de suivre les progrès d’Ankara en matière de satisfaction des critères jusqu'en 2009, chaque année…

 

Mme Bakoyannis :   Il y a eu un accord ; le mot review qui signifie réexamen était un mot tabou que personne ne voulait entendre. Ce mot a été donc introduit pour une seule et unique raison, avoir un cadre permettant de suivre le progrès d’Ankara. Par la suite, nous avons décidé de procéder à ce réexamen sur une base annuelle car la politique s’inscrit dans des conditions bien précises… L’année 2007 étant une période préélectorale pour la Turquie, nous ne pensons pas que cette dernière enregistrera des résultats spectaculaires au niveau des reformes.  Car les élections se dérouleront en mars et en novembre surtout. Par conséquent, nous mettrons l’accent sur 2008 et 2009.

  

Journaliste : Le fait qu’aucune date contraignante ou encore date butoir n’a été fixée confère-t-il une certaine élasticité, souplesse au processus ou encore une ambiguïté à un moment donné ? Autrement dit, supposons que nous arrivons en 2009 et que la Turquie n’a pas encore respecté ses obligations, que se passera-t-il ?

 

Mme Bakoyannis :   En 2009, lors de la Conférence intergouvernementale, tous les Etat membres prendront leurs décisions définitives. Ils  discuteront sur la base du progrès réalisé par la Turquie. Personne n’aurait cru que la Turquie deviendrait un pays européen en l’espace de deux, trois ans. Toutefois, nous souhaitons tous que des reformes aient lieu dans le pays voisin de sorte que ce dernier se rapproche de plus en plus de l’Union. Car cela nous permettra - par exemple nous avons un paragraphe spécial dans les conclusions portant sur nos relations bilatérales, des questions s’intérêt particulier pour la Grèce. Dans mon discours, j’ai affirmé que la question du patriarcat nous intéresse non seulement parce qu’il s’agit d’une question bilatérale, mais aussi parce que c’est une question d’intérêt particulier pour la Grèce. Cela dit, il y aussi les droits des minorités. Nous avons nous aussi des minorités à Istanbul et nous nous intéressons à ces minorités. Quoi qu’il en soit, ce sont des obligations européennes que la Turquie doit reconnaître et intégrer dans sa législation.

 

Journaliste :   Ce qui, comme vous l’avez vous-même signalé, ne peut se faire en deux ou trois ans.

 

 

Mme Bakoyannis :   Non, la politique et la politique étrangère ont un certain degré de réalisme, mais ce qui est très important est d’avoir une position bien claire. Je crois que la Grèce est sortie gagnante de ce processus car elle avait une position bien définie, car nous n’avons jamais joué sur les deux tableaux. Dès le premier moment, nous nous sommes prononcés en faveur de la pleine adhésion de la Turquie à condition que cette dernière s’acquitte pleinement de ses obligations. Cela signifie que si la Turquie accepte l’acquis communautaire, elle deviendra un pays européen et par conséquent elle sera un Etat membre de plein droit. Et c’est là que résident notre différence et notre puissance par rapport aux autres pays européens. Car les autres pays européens ne sont pas surs de ce qu’ils veulent exactement. Nous savons ce que nous voulons. Nous avons dit que la pleine satisfaction signifie pleine adhésion et cela nous a permis d’éviter des positions ambiguës.

 

Journaliste :   Le calendrier et la dissociation de la question chypriote du processus constituent pour nous les deux éléments les plus importants. Pourriez-vous nous parler de ces pressions très fortes – selon les affirmations de nos correspondants- exercées en coulisses ?

 

Mme Bakoyannis :   Non, ces pressions ne sont pas exercées en coulisses mais de manière officielle.

 

Journaliste : Jusqu’où ces pressions peuvent-elles aller? Pensez-vous qu’il y aura davantage de pressions ?

 

Mme Bakoyannis :  Je crois que nous entrons dans une période où des efforts coordonnés seront consentis en faveur du règlement de la question chypriote – ne nous berçons pas donc pas d’illusions- ce qui est un élément bien positif. Tant la partie chypriote que la partie grecque le souhaitent… En dernier lieu, ce que nous voulons est le règlement de la question chypriote. Nous affirmons et nous l’avons déclaré à plusieurs reprises sur tous les tons que nous ne voulons pas que ces questions soient liées entre elles. Les obligations de la Turquie sont un sujet et la question chypriote un autre. Nous ne pouvons pas mettre toutes les questions sur le même pied d’égalité. Nous ne pouvons pas mettre sur le même pied d’égalité un Etat membre et un pays candidat. Quant au reste, nous n’avons aucune objection. De toute façon, le gouvernement chypriote a déjà entamé un dialogue avec la partie chypriote turque afin de créer le cadre qui nous permettra d’entreprendre de nouveaux efforts dans ce sens.

 

Journaliste :   Pensez-vous que les pressions en faveur d’une association des deux questions s’intensifieront?

 

Mme Bakoyannis : Oui, je pense qu’elles s’intensifieront.

 

Journaliste : Et qu’envisagent de faire Athènes et Nicosie ?

 

Mme Bakoyannis : Je vous ai dit qu’Athènes et Nicosie ne voient en principe aucune objection. Nous ne voulons pas l’association et nous n’avons pas d’association. Cet objectif a été atteint. Point final.

 

Journaliste :   Craignez-vous que ces pressions s’intensifient si Athènes et Nicosie restent seules ?

 

Mme Bakoyannis :   Il n’est pas question que les pressions s’intensifient au point de nous mettre dans une position difficile. La seule chose que l’UE puisse faire est de souhaiter que la négociation soit couronnée de succès. C’est ce que nous souhaitons également, bien avant l’UE.

 





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