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Athènes, le 4 mars 2007

Journaliste :   Quand vous avez pris vos fonctions de ministre des Affaires étrangères, la presse a souvent fait état de frictions entre vous et le Président de la République chypriote, M. Tassos Papadopoulos, de mauvaises relations, voire de froideur entre Athènes et Nicosie. Il est vrai que vos points de vue ne convergent pas toujours et cela peut être interprété de plusieurs manières. Finalement, quelle est la vérité pour ce qui est de vos relations avec M. Papadopoulos ? Vos points de vue convergent-ils ?

 Mme Bakoyannis : Je ne me fatiguerai pas à répéter que nos relations avec les dirigeants chypriotes demeurent excellentes et notre coopération étroite. Cela a été de nouveau confirmé lors de la visite récente du Président chypriote M. Papadopoulos et de son homologue M. Lillikas à Athènes la semaine dernière. Par ailleurs, les aspirations de la Grèce et de Chypre convergent et en réalité les deux gouvernements oeuvrent inlassablement pour la réunification pacifique de l’île.

Journaliste:   Mme Bakoyannis, de l’avis de certains, ceux qui souhaitent la résolution du dossier chypriote ne sont plus si nombreux, soutenant l’idée que « finalement on n’est pas si mal comme ça ». Et d’autres de se demander : «Chypre est un pays membre de l’Union européenne, il a des gisements de pétrole et est un pays riche. Pourquoi donc régler la question chypriote, qui ne pourrait que générer des problèmes à l’avenir ? » Que répondriez-vous à cela ?

Mme Bakoyannis: Nous ne pouvons nous faire à l’idée que Chypre sera sous occupation pendant une génération encore. Nous continuons de lutter de toutes nos forces. La position ferme de la Grèce est l’atteinte d’une solution juste, viable et fonctionnelle à la question chypriote sur la base des résolutions du Conseil de sécurité, du droit international, des principes et valeurs européens et du droit communautaire. Il est vrai qu’il s’agit d’un processus difficile qui s’est souvent heurté à l’intransigeance de la partie turque. A l’heure actuelle, un effort essentiel est en cours en vue d’appliquer l’accord du juillet dernier. Nous espérons avoir de bons résultats.

Journaliste: Pensez-vous que nous sommes prêts- la Grèce et Chypre- à faire des concessions qui ne seront pas agréables afin que la question soit réglée ?

Mme Bakoyannis: Toute négociation présuppose l’existence d’un terrain commun. Il s’agit d’un processus difficile et douloureux que nous connaissons tous et auquel nous sommes prêts à faire face. Ce qui est important est, dans le cas présent, l’enjeu qui est très grand. La cohabitation pacifique de deux communautés sur une île, deux communautés qui, jusque très récemment vivaient harmonieusement ensemble. La perspective d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne constitue l’ultime occasion de trouver une solution définitive s’agissant de Chypre, une île qui demeure divisée et sous occupation militaire depuis plus de trois décennies. C’est dans ce sens que nous continuons de soutenir fermement les efforts en faveur d’un processus de règlement bien préparé de la question. Un règlement qui permettra à tous les habitants de l’île, Chypriotes grecs et turcs de vivre ensemble leur avenir européen commun.

Journaliste :   Après le naufrage du plan Annan, doit-on bientôt nous attendre à un nouvel effort entrepris par le nouveau Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon ?

Mme Bakoyannis : Les Nations Unies et le nouveau Sécretaire général M. Ban Ki-moon sont bien conscients de la nature critique et complexe de la question et font tout ce qui est en leur pouvoir afin que le nouveau plan n’ait pas la même destinée que le plan Annan. Dans ce cadre, nos actions sont fermes et minutieuses afin de préparer au mieux le processus de règlement de la question. Ce processus exige du temps, une approche méthodique ainsi qu’une volonté politique de la part des parties impliquées. Je suis sûre que grâce à ces efforts, nous aurons des évolutions dans ce sens.

Journaliste : La question des pétroles à Chypre pourrait-elle dans un avenir proche engendrer des problèmes avec la Turquie ?

Mme D. Bakoyannis : La Turquie doit bien comprendre que le droit de conclure des accords interétatiques est un droit souverain et évident de Chypre, comme de tout autre pays indépendant. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les accords signés entre la République de Chypre et l’Egypte et le Liban, respectivement. La remise en question de ce droit fondamental du droit international est une tactique qui ne mène nulle part.

Journaliste : Madame Bakoyannis pensez-vous que la visite d’Abdullah Gul à Athènes et en Thrace, que les questions d’intérêt bilatéral restées ouvertes, mais aussi les développements la question des pétroles à Chypre favorisent en ce moment les relations bilatérales ?

Mme Bakoyannis : Bien sûr. M. Gul devrait nous rendre visite dans le cadre des contacts fréquents qui ont lieu en vue de la normalisation pleine et entière de nos relations bilatérales. Il est clair qu’une partie des sujets qui figuraient à l’ordre du jour des questions gréco-turques est passée en ordre du jour des questions euro-turques. Cela signifie que tout progrès, quel qu’il soit, réalisé par la Turquie dans sa marche vers l’Union européenne contribue par ailleurs à l’amélioration ultérieure du climat de nos relations. Au niveau bilatéral, avec M. Gul nous avons entrepris des actions bien précises visant à réduire la tension en Mer Egée, tandis que des efforts concertés sont entrepris en vue de renforcer le climat de confiance et de coopération des deux pays. Les rencontres entre les deux ministres ne sont pas des événements qui changeront le cours de l’Histoire, mais s’inscrivent dans le cadre de la pratique actuelle de la diplomatie.

Journaliste : Récemment, les Turcs ont, pour la première fois, soulevé la question de la démilitarisation de l’île d’Agios Efstratios. Pensez-vous que de telles actions favorisent la Turquie dans sa marche vers l’Europe, mais aussi ceux qui aujourd’hui soutiennent cette marche ?

Mme Bakoyannis : Le gouvernement grec a entrepris de suite toutes les actions nécessaires et appropriées en vue de défendre les intérêts et les positions grecs. Des actions comme celle de l’île d’Agios Efstratios ne vont pas de pair avec la nécessité d’alignement de la Turquie sur l’acquis communautaire et les relations de bon voisinage qui sont définies par les principes fondamentaux et les valeurs de l’Union européenne. Les dirigeants turcs doivent bien comprendre que de telles actions ne peuvent rester sans réponse.

Journaliste : L’ironie du sort veut que la question de Skopje, sujet qui est directement associé aux événements qui ont abouti à la chute du gouvernement de la Nouvelle Démocratie en 1993, soit à nouveau envisagée par votre gouvernement après tant d’années. A l’heure où le monde entier – ne nous leurrons pas – appelle le pays voisin « Macédoine » êtes-vous optimiste quant à l’atteinte d’une solution mutuellement acceptable par les deux pays ?

Mme Bakoyannis : Lorsqu’une question n’est pas résolue à temps et qu’elle est torpillée en permanence, sa solution semble de plus en plus douloureuse. Cela étant, afin de trouver la solution mutuellement acceptable, le gouvernement de Skopje doit comprendre qu’il est dans son intérêt de normaliser pleinement ses relations avec la Grèce. La position claire de la partie grecque, qui est comprise par la communauté internationale, est qu’une normalisation pleine et entière ne pourra être atteinte que par le biais d’un accord sur la question du nom qui demeure certes un problème épineux dans  nos relations avec l’ARYM. Il ne faut pas oublier que les capitaux grecs soutiennent l’économie, le développement et la stabilité du pays de Skopje. Par ailleurs, la perspective d’adhésion de Skopje à l’Union européenne et l’OTAN constitue une occasion unique pour ce petit pays de contribuer davantage à la consolidation de la stabilité dans les Balkans. La Grèce est en mesure de soutenir concrètement cet effort, comme elle l’a fait avec la Bulgarie et la Roumanie. Cet effort implique toutefois des engagements, des obligations et des adaptations et plus particulièrement pour Skopje le respect de ce qui a été convenu dans le passé. A savoir le respect du droit international et des traités, l'attachement aux relations de bon voisinage et le non recours à des actions visant à provoquer des tensions et des frictions. C’est seulement ainsi que nous pourrons avancer avec le gouvernement de Skopje vers une solution mutuellement acceptable qui nous permettra de bâtir ensemble un avenir européen commun.

 





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