Athènes, le 2 février 2007
M. STAVROPOULOS : Monsieur le ministre, j’ai lu dans la presse que les pourparlers avec la Bulgarie relatifs à l’oléoduc étaient bloqués. Et Poutine de dire aujourd’hui : « avançons, nous, car il y a d’autres voies que les vôtres ».
M. STYLIANIDIS: En regardant de plus près la déclaration de M. Poutine, la première chose que je retiens est une forte volonté manifestée pour la première fois de manière aussi vive par la partie russe – nous connaissions cette volonté qui avait été exprimée lors des pourparlers, mais c’est la première fois que la Russie manifeste aussi fortement sa volonté - en faveur de la mise en œuvre de cet oléoduc Burgas- Alexandroupolis. Telle est la première conclusion.
La deuxième conclusion est que cela constitue une forme de pression qui est exercée sur les deux Etats et cela ne concerne certes pas la Grèce, car elle aussi essaye de faire son travail au mieux, mais plutôt la Bulgarie qui doit surmonter plus rapidement les difficultés techniques et juridiques qui ont surgit lors de l’étape actuelle des négociations. Je pense que la Bulgarie avance dans le bon sens et commence à accélérer la mise en œuvre de ce projet.
M. STAVROPOULOS : Êtes-vous préoccupé de la mise en œuvre de ce grand projet qui contribuera aussi bien au développement de notre pays qu’à celui de la Bulgarie en général ?
M. STYLIANIDIS : Je suis préoccupé par tous les projets internationaux jusqu’à ce qu’ils soient achevés. Pour le projet en question, je ne peux m’exprimer qu’en termes comparatifs. Nous avons commencé ce projet en coopération avec le ministère du Développement qui est en le principal responsable et nous, en tant que ministère des Affaires étrangères, y contribuons du point de vue diplomatique dans le domaine de l’énergie et essayons d’être utiles à ce niveau. Ce projet ayant été bloqué pendant 13 ans, il a maintenant repris. Après de nombreux efforts, la Grèce qui était en arrière plan s’agissant de la carte énergétique mondiale, revient actuellement sur le devant de la scène. Il faut être attentif, travailler systématiquement et ne pas faire de déclarations pompeuses.
Hier, j’ai lu la critique du PASOK, de l’opposition, et cela m'a laissé perplexe. Cette histoire avait été oubliée pendant 13 ans et maintenant j’entends des déclarations pompeuses, des critiques et je ne sais pas dans quel esprit tout cela est dit.
M. VERIKIOS : Vous avez bien entendu de la chance et les conjonctures étaient favorables, à savoir l’expansion de la Russie, un Poutine omnipotent qui fait confiance à la Grèce et développe des relations personnelles avec M. Karamanlis. Toutes ces conjonctures favorables vous ont beaucoup aidé.
M. STYLIANIDIS : Mais, ce ne sont pas les conjonctures qui ont facilité les choses. Derrière ce projet, il y a tout un travail systématique qui a été effectué en silence ces deux dernières années, et ce, aussi bien dans le cadre de l’Organisation de coopération économique qu’au niveau bilatéral. Je vous rappelle les premières rencontres de M. Karamanlis lorsque la question de l’oléoduc n’était pas encore inscrite sur l’agenda et toutes les actions étaient ciblées sur les transactions commerciales. Je vous rappelle également l’augmentation spectaculaire de nos exportations vers ce marché, le développement des réseaux de ventes grecs sur le marché russe, la valorisation de la diaspora grecque en Russie ainsi que d’autres évolutions.
M. VERIKIOS : Que signifie concrètement la construction de cet oléoduc pour la région ?
M. STYLIANIDIS : Ce projet devrait générer plus de 1.100 emplois, aussi bien pendant la phase de construction, qu’après son accomplissement. Je pense que des activités connexes seront créées. Deuxièmement, si la société internationale de construction qui sera chargée de ce projet coopère avec d’autres sociétés d’intérêts russes ou autres, probablement américains ou britanniques, le nord de la Grèce, et notamment la région de Thrace - qui sera ainsi protégée- sera valorisée du point de vue géostratégique. Il s’agit donc d’un projet qui constitue un point de rencontre des intérêts économiques internationaux et qui contribuera à la fois à la protection et à la sécurité de la région.