Titre : « Nous vous saluons de manière fraternelle et vous souhaitons la bienvenue dans la famille européenne ».
- Madame la ministre, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue en Bulgarie, au moment historique de notre adhésion à l’UE. Que motive votre venue ici et votre volonté de faire la fête avec nous ?
Il m’est difficile d’exprimer le bonheur que je ressens de me trouver ici en ce jour si important pour l’Europe. La Bulgarie est désormais officiellement membre de l’UE et je souhaiterais saisir cette occasion pour vous souhaiter officiellement la bienvenue dans notre famille. Comme vous le savez, la Grèce a toujours soutenu l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’UE et nous sommes pleinement satisfaits que ce jour soit enfin venu. La Bulgarie constitue un excellent exemple pour les pays qui aspirent à adhérer à l’UE : lorsque les réformes nécessaires sont réalisées et les conditions préalables remplies, les portes de l’Europe s’ouvrent de façon hospitalière. Permettez-moi de dire, au nom du peuple grec, le plus honnête et le plus chaleureux mot de bienvenue à la Bulgarie. Nous sommes prêts à vous soutenir et à construire l’Union européenne dont nous rêvons. Je suis convaincue que l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie constitue un pas important de plus vers la construction du voisinage européen, de la paix, de la démocratie, du développement économique et de la prospérité.
- Je soulèverais une question très douloureuse pour les Bulgares : Que pensez-vous de la condamnation à mort des infirmières bulgares en Libye ?
Pour nous, les motifs des accusations sur lesquels le tribunal libyen s’est appuyé et a prononcé les peines de mort le 19 décembre ne sont pas du tout convaincants. En outre, la Grèce est opposée à la peine capitale. Aussi avons-nous dénoncé les condamnations à mort à l’encontre des infirmières bulgares et du médecin palestinien, qui purgent une peine de prison depuis plus de sept ans. Nous appelons instamment les autorités judiciaires compétentes à résoudre cette question à caractère humanitaire de la façon la plus honnête qui soit, dans le respect des principes de l’égalité devant la loi et du procès équitable.
- Considérez-vous que la Grèce et la Bulgarie ont des intérêts communs dans le dialogue sur la réforme des institutions européennes qui font partie de la Constitution européenne ?
Les deux pays sont membres de l’UE. Autrement dit, nous avons de nombreux intérêts en commun que nous devons défendre et l’avenir de l’Europe en est un. L’UE est entrée dans une période de réflexion qui devrait s’achever en juin prochain. L’avenir du traité constitutionnel européen est une question particulièrement cruciale pour l’avenir même de l’Europe. Avec l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union, les pays à avoir ratifié la Constitution comptent désormais au nombre de 18, soit 2/3 de ces pays, ce qui représente la majorité de la population européenne. D’un autre côté, le Non français et néerlandais ne peut nous laisser indifférent.
Nous nous trouvons devant un carrefour et sommes invités à trouver un juste équilibre entre l’élargissement et notre propre fonctionnement interne. Il va de soi que les décisions seront prises de concert. Nous devons examiner la nécessité et l’utilité du traité constitutionnel européen et aussi l’adapter à la nouvelle réalité. La Grèce est d’avis que l’élargissement et l’approfondissement vont de pair. Nous sommes en faveur de l’Europe élargie et considérons que l’élargissement doit constituer une réussite historique. C’est pourquoi, nous devons parvenir à garantir la cohésion et le fonctionnement efficace de l’Union.
- Quelle est la position grecque concernant l’élargissement futur de l’UE et la candidature de l’ARYM ?
La position grecque est claire. Nous voulons une Union européenne élargie forte. A condition, certes, que l’UE intègre les pays qui s’acquittent de leurs engagements et de leurs obligations. Pour nous, cela constitue le moyen le plus sûr de réaliser un objectif qui est double : Premièrement, garantir le fonctionnement efficace futur de l’Union et deuxièmement, permettre à l’UE de rester ouverte aux pays qui remplissent les conditions de participation et souhaitent y adhérer. De cette façon, nous les aidons à atteindre les standards les plus élevés, qui caractérisent, à juste titre selon nous, notre Union. Et cela, nous le devons à nos citoyens, qui mettent souvent en doute, voire sont prêts à punir leurs gouvernements chaque fois que ceux-ci les sous-estiment, pour ce qui est des principes et des valeurs dont ils jouissaient au sein de l’UE jusqu’à présent.
Nous pensons que la perspective européenne constitue la principale force motrice pour de nombreux pays. Elle constitue une motivation leur permettant d’entreprendre les changements et les réformes nécessaires en vue d’une plus grande stabilité, de la sécurité, du développement économique et de l’amélioration globale du niveau de vie des citoyens. Cela est très important et mérite d’être souligné. Dans un même temps, l’Union poursuit son obligation de s’élargir aux pays qui ont entrepris les réformes nécessaires et ont prouvé qu’ils étaient prêts à adhérer à l’UE. Lorsqu’un pays, quel qu’il soit, est prêt à adhérer à l’Unin, il doit y adhérer et y adhèrera.
En ce qui concerne l’Ex-République Yougoslave de Macédoine, notre position est bien claire. Dès lors que nous soutenons la perspective européenne des pays de l’Europe du Sud-Est, nous soutenons aussi la perspective de l’ARYM. Dans un même temps, toutefois, il existe certaines conditions qu’elle doit satisfaire, comme c’est le cas pour tout autre pays candidat à l’adhésion. Plus spécifiquement, en ce qui concerne l’ARYM, il existe une question ouverte qui doit être examinée et résolue et cette question est celle de son appellation. Pour le moment, des pourparlers sont en cours dans le cadre de l’ONU. Nous espérons qu’une solution mutuellement acceptable sera trouvée. Nous mettons tout en œuvre afin que l’ARYM demeure un pays stable et prospère du point de vue économique. Pour que ce pays continue d’être un Etat de droit avec des institutions auxquels les citoyens – indépendamment de leur origine ethnique – font confiance.
De la même façon, nous avons soutenu la Roumanie et la Bulgarie, ce qui a été une réussite. Personnellement, je suis sure que si une solution mutuellement acceptable est trouvée s’agissant du nom de l’ARYM, le parlement grec sera le premier à ratifier son adhésion à l’OTAN et à l’UE.
- Que pensez-vous de la partie restante de la région ? Quel statut devra être donné au Kosovo ?
Nous sommes en faveur du voisinage européen et le Kosovo fait partie de ce voisinage. La question du Kosovo est une question complexe. La position grecque est claire, constante et a été exprimée à plusieurs reprises. Nous pensons qu’il est important de trouver une solution européenne à ce problème. Autrement dit, une telle solution devra être conforme aux principes et aux valeurs de l’UE et apporter les garanties nécessaires à la stabilité de la région. Nous devons travailler de concert avec les autres pays dans le cadre de l’Union européenne, en vue de trouver une solution durable. Une solution durable à même de favoriser la stabilité et la sécurité dans le respect des droits des minorités.
La Grèce pense fermement que pour que cette solution européenne soit atteinte, deux critères devront être respectés. Premièrement, le futur statut du Kosovo devra être le résultat du dialogue et de pourparlers. Deuxièmement, nous estimons qu’un délai supplémentaire est nécessaire – même si nous ne voulons pas que la période d’ambiguïté sur cette question se prolonge – afin que toutes les parties s’accordent à trouver la bonne solution Ainsi, nous devrons faire preuve de souplesse pour ce qui est de cette question.
- Comment la Grèce garantit-elle son indépendance énergétique ?
Malheureusement, l’indépendance énergétique est une utopie. Dans le monde contemporain, tout est global et étroitement lié, ce que nous ne pouvons ignorer. Notre pays n’est pas seulement membre de l’UE, il est un fervent partisan de l’Union et nous aspirons à développer cette Union de concert avec nos partenaires européens. Dans ce sens, nous faisons partie de la politique européenne énergétique. Dans le cadre de cette politique, nos pays se transforment en centres énergétiques, plus particulièrement grâce à l’oléoduc Bourgas – Alexandroupolis et au gazoduc qui relie la Turquie à l’Italie en passant par la Grèce.
-Quelles sont les bonnes pratiques européennes que la Grèce pourrait partager avec la Bulgarie qui vient d’adhérer à l’Union européenne ?
Je pense que les bonnes pratiques européennes consistent à respecter les règles de base et les valeurs sur lesquelles l’Union a été instituée. Nous soutenons la démocratie, l’Etat de droit, la bonne gouvernance et les hommes politiques doivent au quotidien garantir le respect de ces principes dans l’intérêt des citoyens. Ainsi, nos paroles doivent se transformer en actes.
L’Union européenne représente un espoir pour bon nombre de pays qui n’en font pas partie. Cela n’est pas dû au hasard. Ainsi, nous assimilons les valeurs européennes pour les autres pays également qui ne font pas partie de l’Union et comptent sur nous. Cela est primordial et reflète l’importance de la responsabilité des bonnes pratiques européennes.
Permettez-moi de conclure par un message franc et fraternel de bienvenue dans la famille européenne adressé au peuple bulgare par le peuple grec. Nous sommes particulièrement heureux que la Bulgarie soit désormais membre de l’UE et espérons coopérer étroitement en vue d’une meilleure Union européenne, plus glorieuse.