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Athènes, le 30 décembre  2006
 

JOURNALISTE: Mesdames et messieurs, nous avons en ligne le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Stylianidis. Bonjour M. Styianidis. Mes meilleurs vœux pour le Nouvel An.

M. STYLIANIDIS:   Bonjour et bonne année à tous.

JOURNALISTE: Comme vous le savez, la pendaison de Saddam Hussein domine depuis quelques heures l’actualité.  C’est un évènement qui, du moins d’après les médias, suscitera des nouvelles tensions et réactions en Irak. Que pensez-vous de ce développement ?

M. STYLIANIDIS: D’une part, en tant que citoyen européen, je peux vous dire que la Grèce et l’Europe ne sont pas habituées à ces images car elles ont depuis longtemps aboli la peine de mort.

D’autre part, j’essaye de comprendre la psychologie des Américains qui dans le passé ont été victimes d’une attaque terroriste directe dans leur pays et chaque jour ils payent un lourd tribut de sang à cause de la politique suivie dans la région de l’Irak et appliquée maintenant - selon toujours leur propre mentalité – à l’encontre de l’auteur des massacres commis dans cette région dans le passé.

C’est le seul commentaire que je peux faire sur cette question. Je pense que la communauté internationale doit coopérer de manière systématique afin que les affrontements cessent et que la paix, la sécurité et la démocratie dominent dans le monde entier.

Plus particulièrement, ces jours de fête constituent une grande opportunité pour réexaminer et réadapter notre politique internationale de sorte que les droits de l’homme soient respectés et que la sécurité et la paix ne soient pas menacés.

JOURNALISTE:   Quoi qu’il en soit, normalement le recours à des représailles extrêmes ne peut pas apporter les résultats escomptés.

M. STYLIANIDIS: Bien sûr, mais je voudrais également signaler qu’il n’est pas bon de « diviniser » les victimes car dans le passé, eux aussi ont commis des crimes massifs.

JOURNALISTE: Monsieur le ministre adjoint, abordons maintenant les questions grecques en matière de politique étrangère internationale. Je voudrais qu’on discute des événements importants de cette année. Quel est, à votre opinion, l’événement le plus important pour notre pays dans le domaine de la politique étrangère ?

M. STYLIANIDIS: Je pense qu’une des réussites de notre politique étrangère a été le fait que nous avons pu  éviter les conséquences négatives du rejet du plan Annan, maintenir vivante la mémoire de la communauté internationale pour ce qui est de l’invasion illégale et de l’occupation à Chypre sans porter atteinte aux relations gréco-turques, ni influencer le rôle de la Grèce en tant que médiateur et protagoniste en premier lieu dans le règlement de la question, à savoir la réunification de l’île,  en deuxième lieu dans la perspective européenne de la Turquie et en troisième leu dans la stabilisation de la région élargie de l’Europe du Sud Est. Cette manœuvre a été la plus intelligente et la plus efficace de la politique étrangère grecque.

Au même titre, je voudrais signaler le succès de notre diplomatie économique – et permettez-moi de remercier mes collègues du service diplomatique ainsi que ceux du service des attachés commerciaux et économiques - qui a atteint deux objectifs au cours de l’année dernière.

Premièrement, nous nous sommes lancés sur de nouveaux marchés, nous avons visité 48 Etats, nous avons ouvert dix nouveaux marchés et avons augmenté le taux de nos exportations d’environ 20% après de nombreuses années de tendances à la baisse.

Deuxièmement, en concertation avec le ministère du Développement nous avons atteint un objectif stratégique lancé en 2004, à savoir nous avons transformé notre pays d’un pays de consommation à un pays de transit et de production d’énergie à travers la mise en place des deux grands projets, la construction du gazoduc Karacabey-Komotini  et de l’oléoduc Burgas-Alexandroupolis qu’après 13 ans acquièrent des perspectives sérieuses de s’accomplir dans l’avenir proche.

JOURNALISTE: Vous parlez donc des deux outils de base, à savoir la diplomatie énergétique et économique.

M. STYLIANIDIS: Je pense qu’à l’époque de la mondialisation, ce sont les armes les plus puissantes d’un pays afin que ce dernier satisfasse à ses intérêts nationaux. 

JOURNALISTE: 2006 a été caractérisé par une forte mobilité dans le domaine des négociations d’adhésion de la Turquie avec l’Union européenne. Nous avons traversé plusieurs étapes et la question demeure ouverte comme elle l’a été dès le premier moment, n’est-ce pas ?

M. STYLIANIDIS: L’Europe a fait preuve de compréhension à l’égard de la Turquie, car cette dernière traverse à l’heure actuelle une période préélectorale et on comprend qu’il est très difficile pour les forces réformatrices  d’imposer une politique qui respectera pleinement les droits de l’homme et des minorités et réadaptera l’attitude de la Turquie vis-à-vis de ses voisins.

Par ailleurs, les textes européens convenus font absolument preuve de sévérité et la Turquie comprend désormais que l’Europe ne peut pas faire de réductions. Par conséquent la Turquie est obligée d’ouvrir ses ports et ses aéroports aux avions et aux navires chypriotes et de changer également son attitude vis-à-vis de ses voisins, des minorités, du Patriarcat oeucuménique et de tous ceux qui aspirent à un Etat plus démocratique.  

Je pense que la Grèce  a joué un rôle très constructif dans ce sens, ce qui est reconnu également par la communauté internationale.

JOURNALISTE: Et comme à travers cette discussion sur la Turquie, nous nous référons  indirectement à l’Union européenne, pensez-vous M. Stylianidis que l’an 2006 a apporté des changements au sein de l’Union pour ce qui est de notre avenir en tant que citoyens européens et a resserré les relations entre les Etats membres ?

M. STYLIANIDIS: Notre aspiration est que la présidence allemande donne un nouvel élan à la question de la constitution européenne. Car l’Europe a été conçue pour fonctionner avec 15 Etats membres et maintenant, depuis le 1er janvier 2007, l’Union comptera 27 Etats membres et dans l’avenir ce nombre pourrait augmenter davantage. Par conséquent, il est impossible qu’une construction plus grande opère sur la base d’une ancienne structure.

Je pense que la présidence allemande donnera un nouvel élan à la constitution européenne en la rendant plus fonctionnelle. Et à travers ses initiatives, la présidence allemande surmontera les obstacles qui ont surgi après les référendums en France et en Hollande.

Dans ce contexte, la présidence allemande jouira de notre plein soutien, car nous pensons que l’Europe pourra jouer un rôle international et diffuser ses valeurs et ses principes étroitement liés à la qualité de la démocratie internationale seulement si elle considère elle-même comme une union politique, économique et monétaire à la fois.

JOURNALISTE: À l’heure actuelle, monsieur le ministre adjoint, nous sommes devenus 27 Etats membres. Les deux nouveaux pays de l’Union européenne, sont deux pays voisins de notre pays, à savoir la Bulgarie et la Roumanie. Est-ce que cela signifie quelque chose pour notre pays, étant donné que la Grèce est un Etat membre plus ancien de l’Union européenne, par rapport à ces deux pays et elle a éventuellement de plus grands avantages ?

M. STYLIANIDIS: Cela a une grande signification car pour la première fois la Grèce n’est pas une île européenne de la région des Balkans mais une partie intégrale de l’espace européen unique. C’est-à-dire la Grèce est dotée désormais d’un arrière pays économique.

Et puisque je me trouve actuellement à Komotini, je suis en position de vous transmettre la satisfaction de la société de Thrace pour le développement  des infrastructures qui permettront aux entreprises de la Grèce du Nord de valoriser l’arrière pays.

Il y a quelques jours, un appel d’offres a été lancé pour le plus grand axe vertical réliant Komotini et Nimfaia (Kashkovo),  Makaza et Kardjali en Bulgarie, créant ainsi une voie de passage transfrontalière vers la Bulgarie, un pays désormais européen. Nous espérons que ce projet favorisera le développement touristique de Thrace, le commerce transfrontalier ainsi que d’autres formes de coopération.

Nous aspirons que ce nouveau développement apporte de nombreux bénéfices économiques.  Les entreprises grecques occupent déjà la deuxième s’agissant de leur nombre  et du volume des capitaux en Bulgarie et la troisième place en Roumanie. Le secteur bancaire grec est le premier dans la région des Balkans doté d’un réseau très fiable et dynamique qui s’étend de plus en plus aux Balkans occidentaux mais aussi à la Turquie.

Et cela peut garantir que la Grèce pourra jouer le rôle que nous avons envisagé pour la période après les Jeux Olympiques 2004, à savoir devenir une porte d’accès mais aussi un centre d’investissements dans le marché régional entier et non seulement dans son marché intérieur.

JOURNALISTE: Monsieur Stylianidis, nous finirons ce tour d’horizon avec la question suivante : L’an 2006  a été également marqué par le fait qu’une femme a assumé  la direction du ministère des Affaires étrangères, Mme Dora Bakoyannis.

M. STYLIANIDIS: Tout d’abord, force est de signaler que non seulement nous avons une femme très dynamique en la première ligne de notre politique étrangère mais aussi notre politique étrangère s’est dotée d’un nouveau style.

Comme vous le savez, au cours des deux dernières années j’ai coopéré avec M. Molyviatis qui a une grande expérience en la matière et durant la période actuelle avec Mme Dora Bakoyannis et je peux affirmer qu’il existe deux « écoles complémentaires de pensée» qui contribuent véritablement à la modernisation et à l’amélioration de l’efficacité  de notre politique étrangère.

Mme Bakoyannis a donné un nouveau style  à la politique étrangère. Je pense que cette mobilité ainsi que la présidence réussie du Conseil de sécurité ont fait de la Grèce un point de référence non seulement local ou national mais aussi mondial et nous aspirons à ce qu’en 2007 l’accent se mette sur les deux autres dimensions de notre politique étrangère, hormis la diplomatie politique, à savoir la diplomatie économique et du développement, ce qui nous donnera l’opportunité de faire évoluer davantage les intérêts économiques de notre pays et en même temps de mettre en avant la compassion grecque dans le monde entier étant donné qu’à travers Hellenic AID  nous faisons un travail très important qui ne  trouve pas toujours d’écho à l’intérieur du pays.

Je pense que le fait que ce travail porte l’empreinte d’une femme politique moderne, donne plus d’avantages à ce pays qui est le berceau de la démocratie et qui constitue un exemple brillant dans la région élargie.

JOURNALISTE: Monsieur Stylianidis, ministre adjoint des Affaires étrangères, je vous remercie et je vous souhaite une bonne année.

M. STYLIANIDIS: Je vous remercie également et je vous souhaite une bonne année.





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