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Athènes, le 1er décembre 2007

 

- Le parcours d'adhésion de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine à l'OTAN passe par un accord avec la Grèce sur la question du nom. Ne pensez-vous pas que ce genre de déclarations dénonce un certain chantage, à savoir que la Grèce entrave l'intégration de la région à laquelle mon pays appartient?

Tout d’abord, je suis heureuse de pouvoir m’adresser aux citoyens de votre pays par le biais de votre journal. La Grèce poursuit avec constance une politique en faveur du soutien de la perspective européenne de tous ses pays voisins. Sans aucune exception. Telle est notre choix stratégique pour la région. L’amitié se nourrit d’actes et non de paroles. Et la Grèce a prouvé qu'elle est une vraie amie. Elle respecte votre indépendance et votre souveraineté. Elle ne souhaite le moins du monde s’immiscer dans vos affaires. Les hommes d’affaires grecs sont venus ici les premiers et ont fait confiance à notre pays voisin et à son peuple lorsque d'autres faisaient de grands discours sur la nécessité de développer votre pays. Nous sommes heureux que les hommes d'affaires grecs aient investi plus de 1 milliard d'euros et que des milliers de vos concitoyens aient trouvé un emploi grâce à ces investissements. Nous sommes tout aussi heureux que le gouvernement grec soutienne les travaux d'infrastructure dans ce pays voisin, avec lequel notre peuple souhaite entretenir de bonnes, pour ne pas dire d’excellentes relations.  Voire des relations privilégiées.  Il n’y a qu’un seul différend, celui portant sur le nom. Nous vivons dans une région particulièrement sensible. Nous avons un objectif commun : vivre ensemble dans une maison européenne, en bons voisins, en laissant derrière nous les différends du passé. Dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies, nos deux pays ont pris un engagement commun : nous avons accepté de nous accorder sur une solution mutuellement acceptable sur la question du nom. La Macédoine est une grande région géographique, dont des parties appartiennent à quatre pays. La Grèce compte deux millions et demi de Grecs Macédoniens. Notre premier ministre en est un. Il faut préciser quelle est la partie appartient à chaque pays et faire comprendre que personne ne peut revendiquer toute la Macédoine. Un pays qui a pris l’engagement de trouver une solution mutuellement acceptable, doit honorer sa signature. La Grèce l’a fait. En d’autres termes, il n'est en aucun cas question de chantage, mais de tenir les engagements que nous avons pris en commun en vue de trouver une solution commune à un problème commun. Lorsque ce problème sera réglé, je pense que les deux peuples seront surpris de voir combien ils ont été gagnants.

- Néanmoins, si la Grèce entrave l’adhésion de mon pays à l’Alliance atlantique et plus tard à l’Union européenne, une crise régionale à long terme pourrait être provoquée. Est-ce que la Grèce veut l’instabilité dans les Balkans ?

Personne ne peut affirmer que la résolution des problèmes basée sur le consensus peut générer des crises. La participation à l’organisme de défense, qu’est l’OTAN, tout comme à l’Union européenne implique d’établir des relations de bon voisinage, de respect mutuel, de résoudre les problèmes qui peuvent empoisonner ces relations. Car si l'on ne résout pas les problèmes, nous ne contribuerons ni à améliorer les relations entre nos deux pays, ni à réaliser les objectifs de l’OTAN et de l’UE. La Grèce tient à souligner ce simple fait, rien de plus. La perspective européenne et atlantique va de pair avec la satisfaction d’une série de critères. Le critère du bon voisinage, tout comme les autres critères, à savoir l’instauration de la démocratie ou le respect des droits de l’homme en vue d’une adhésion à l’OTAN ou à l’UE, ne valent pas seulement pour votre pays, mais pour tous les pays candidats. Nous sommes soucieux de la stabilité dans les Balkans, mais cela implique la volonté franche de résoudre les questions demeurées en suspens. En fait, c’est dans cet esprit que la Grèce a soumis une proposition au récent Conseil Affaires générales de Bruxelles portant sur une initiative visant à revitaliser et accélérer le parcours européen des pays des Balkans occidentaux.

- Nombreux sont ceux [dans mon pays] qui ont le sentiment que mon pays sera le dernier à adhérer à l'Union européenne à cause de la Grèce. Êtes-vous prêts à assumer une telle responsabilité en raison de la question du nom ?

Les amis parlent ouvertement et franchement. Et la vérité est que – comme le soulignent d'ailleurs tous nos interlocuteurs internationaux et comme vos concitoyens le savent – les réformes nécessaires pour adhérer à l'OTAN n'ont pas lieu à un rythme satisfaisant. Les relations de bon voisinage étaient, pour tous les pays ayant adhéré à l’OTAN, un critère important, qui attestait de leur volonté politique d’embrasser les principes et les valeurs de l’Organisation. La Grèce, en tant que plus ancien membre de l’OTAN et de l’UE dans la région, sait très bien que la voie de la convergence passe par des politiques de consensus. Pour ce qui est de la question du nom, il est à mon avis faux de penser en terme de vainqueurs et de vaincus. Une solution mutuellement acceptable fera de nous tous des vainqueurs. Nous prouverons, en bons amis que nous sommes, qu’aucun de nous deux n'éprouve de la méfiance à l'égard de l'autre. En adoptant cette position simple et claire, nos deux pays pourront libérer ces forces créatrices qui mèneront nos peuples à une relation encore plus étroite en vue du développement et de la prospérité.

- A un moment, vous avez dit que pour trouver une solution mutuellement acceptable, les deux parties devront d’abord parvenir à un accord. En quoi consiste un tel accord ? Probablement une volonté déclarée publiquement de la part des deux pays d'abandonner leurs positions «arrêtées» ?

La Grèce n’a pas de positions « arrêtées ». C’est avec un grand sentiment de responsabilité que nous recherchons une solution mutuellement acceptable, en tenant compte du fait que celle-ci sera basée sur une appellation composée. J’ai du mal à comprendre, après ce pas très important pour la Grèce, le refus de votre gouvernement de faire un pas en avant similaire.

- Vous critiquez en permanence les autorités de mon pays, en disant que celles-ci font preuve d'intransigeance, malgré le fait qu'elles ont proposé la «double formule» (la possibilité pour la Grèce de choisir un nom pour les relations bilatérales), qu’elles ont retiré le drapeau en 1995 et ont changé certaines dispositions de la Constitution. Dans un même temps, il n'est pas clair pour nous si la Grèce refuse l'usage du mot « Macédoine » dans l’appellation de son pays voisin.

Non, nous ne le refusons pas. C’est pourquoi nous aspirons à une appellation composée distincte.  Nous n’avons pas été à  l’ONU pour trouver un nom qui soit utilisé par nous deux seulement. Nous devons trouver un nom qui soit simple, clair, facile d’usage et valable pour tous. Si nous ne choisissons pas un nom de ce genre, nous aggraverons les problèmes au lieu de les atténuer. Nous deux pays ne vivent pas seuls dans ce monde. Tous les jours, nous entrons en contact avec le reste du monde, nous voyageons, nous avons des produits. Le nom doit être clair pour tous afin d’éviter les problèmes au quotidien. Des problèmes qui – je le souligne à nouveau – sont apparus à d'autres époques, avec d'autres objectifs. Des problèmes qui, aujourd'hui, n'ont aucune incidence sur nos peuples, qui veulent vivre en paix, main dans la main, dans un environnement de stabilité et de prospérité.

- M. Matthew Nimetz qui se rendra à Skopje et à Athènes la semaine prochaine a épuisé toutes les propositions, qui ont été rejetées par Athènes ou Skopje. Pour quelle raison n’avez-vous pas accepté la dernière proposition ? Et pensez-vous qu’il y a des marges de manœuvre pour M. Nimetz ?

Si nous pensions qu’il n’y a plus de marge de manœuvre, nous ne participerions pas aux négociations. Nous soutenons les efforts des Nations Unies et de M. Nimetz. Je voudrais clarifier qu’il s’agit du règlement de la question du nom demeurée en suspens. Je vous rappelle les résolutions  817 et 845 qui soulignent que cette question doit être réglée pour éviter l’éventuel impact négatif sur la stabilité régionale. Par conséquent, des solutions bien claires  et compréhensibles par tous les peuples de la région et du monde sont nécessaires. C’est le moment de le faire.

- Mon pays s’appelle toujours ARYM car en raison du principe de la solidarité communautaire, aucun pays européen ne reconnaît le nom constitutionnel. Comment commentez-vous le fait que 120 pays ont reconnu notre nom ? Sont-ils dans le faux ou bien mon pays exerce-t-il une plus grande influence que la Grèce ?

L’Europe - dont  tous les deux partageons la perspective - a  une expérience historique s’agissant du règlement de questions de ce genre ou similaires. Tout a été réglé avec du courage politique, une bonne hiérarchisation des objectifs et un esprit constructif à un moment donné. Cela dit, comme vous le savez, tous les pays, même les plus lointains, se sont engagés à reconnaître le résultat des négociations car ils comprennent combien il est important de parvenir à une solution mutuellement acceptable.  Quoi qu’il en soit, vous faites partie de l’Europe. L’Europe est votre présent et votre avenir. Les relations de bon voisinage sont également importantes.  Car nous vivons ensemble ici. L’avenir de la région est conçu au sein de l’Europe. L’avenir de nos peuples est conçu dans la région.   

- Les autorités de mon pays ont déclaré que si elles se trouvaient en position de devoir choisir entre l’OTAN et le nom, elles préféreraient renoncer à leur adhésion à l’OTAN. Qu’en pensez-vous ?

Dans les Etats démocratiques, les gouvernements ont la responsabilité d’offrir à leurs peuples un meilleur avenir. Ces décisions leur incombent toujours et c’est à leurs peuples de les juger, comme c’est le cas dans toutes les démocraties. Et ces décisions sont toujours dictées par le même critère : les intérêts réels d’un peuple et d’un pays.

-  Le journal « Kathimerini » a récemment publié un article consacré au pop star Tose Proeski, récemment décédé. Dans l’article il est dit que la Grèce a fait de Skopje un ennemi au lieu d’un satellite et d’un partenaire. Etes-vous d’accord avec ce commentaire ?

Permettez-moi tout d’abord d’exprimer ma tristesse pour le décès d’un jeune artiste jeune exceptionnel, dont les chansons parlaient de ce qui nous unit et non de ce qui nous divise.   Notre ambassadrice, Mme Alexandra Papadopoulou a transmis nos condoléances à sa famille. Vous avez parlé de « satellites ». Je ne me souviens pas de cet article. Toutefois, je dois clarifier, une fois pour toutes, que la Grèce – qui a beaucoup souffert des interventions  de plus grandes puissances – souhaite voir dans les Balkans l’établissement d’une communauté d’amis, de partenaires et d’Etats alliés égaux. Nous devons renoncer aux politiques, aux stratégies et aux objectifs du passé. La Grèce n’a jamais accepté ces mentalités. Nous demeurons fidèles à la politique des relations honnêtes et égales de coopération et d’amitié entre les peuples.

- Que pensez-vous des activités du parti grec « Ouranio toxo » qui est consacré à la reconnaissance de la langue et des droits culturels des minorités en Grèce ?

Dans une démocratie européenne moderne où les élections se déroulent en toute liberté,  comme c’est le cas de la Grèce, les opinions politiques sont jugées par les citoyens.  Dans ce cas, le jugement a été rendu.

- Il n’existe pas de dialogue entre les hommes politiques des deux pays mais les hommes d’affaires ont une bonne coopération. Normalement, c’est le contraire qui se passe…Pourriez-vous expliquer ce phénomène ?

Tout d’abord,  il n’est pas vrai qu’il n’y a pas eu de dialogue. Pour nous, les paroles de M. Kennedy sont toujours valables : « Ne négocions jamais avec nos peurs. Mais n’ayons jamais peur de négocier ».  Hormis les rencontres qui ont eu lieu dans le passé entre les hommes politiques de nos deux pays, j’ai moi-même rencontré votre ministre des Affaires étrangères qui a assumé ses fonctions en septembre dernier en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. J’ai eu l’occasion de lui faire part -en privé mais aussi en public- de la volonté de notre pays  d’œuvrer de manière constructive en vue de parvenir à une solution mutuellement acceptable à la question du nom. Malheureusement, toute une série d’actions regrettables de la part du gouvernement de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine ont entravé la poursuite des contacts directs. Malgré cela, la Grèce n’a jamais cessé d’encourager les acteurs économiques de notre pays à investir et à créer des emplois dans votre pays. Car nous pensons que le développement économique, les relations commerciales, l’échange de visites de nos citoyens et en général les conditions de prospérité constituent la meilleure réponse au nationalisme extrême et le meilleur moyen pour la consolidation des relations d’amitié et de coopération.

- Votre dernière initiative « Thessalonique 2 », ou « une approche plus courageuse à l’égard des Balkans occidentaux », n’a même pas été commentée à Bruxelles. Il est bien évident que les pays européens n’ont pas la volonté réelle de donner à la région une deuxième chance pour un rapprochement rapide. Qu’en attendez-vous et êtes-vous optimiste ?

L’initiative grecque vient confirmer que notre pays aspire de manière ferme au plus grand rapprochement possible de nos voisins balkaniques de l’Union européenne. C’est pourquoi, nos partenaires écoutent avec une attention et un intérêt particuliers nos propositions. Tel a été le cas s’agissant de notre proposition qui a été abordée de manière détaillée au sein du Conseil de l’Union européenne. Bien entendu, des propositions de cette portée ont besoin de temps pour venir à maturité. Toutefois, la présidence portugaise a ajouté cette question à l’ordre du jour du mois de décembre. Et en décembre nous allons avec nos partenaires aborder de manière détaillée l’ensemble de 5 propositions grecques. La Grèce poursuivra sa lutte en ayant à ses côtés - je dois le dire- beaucoup d’alliés. Je suis certaine que l’ensemble de nos partenaires européens seront persuadés que la perspective européenne des Balkans occidentaux, et bien entendu de votre pays, apporte une valeur ajoutée. La stabilité et le règlement des questions dans la région sans peuples blessés, ni humiliés qui aspirent à un meilleur avenir, constituent une force pour l’Union européenne.

 

 





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